L’année qui vient de s’écouler est suffisamment particulière pour qu’on ait eu envie de prendre le temps d’un rapide bilan. Il n’est pas certain qu’il ait d’utilité autre que pour nous, mais nous avons plaisir à le partager, inspirés en cela par ce qu’avaient fait 15marches (ici) et le Sens de la Ville (). Si par hasard vous lisez ce billet, et que vous avez des questions ou remarques, n’hésitez pas à nous en faire part (par mail à : isabelle@ibicity.fr).

 

A l’articulation entre l’appui opérationnel et la recherche-action : le conseil en stratégie

Depuis la création d’ibicity, en 2009, nous avions tendance à tenir deux postures simultanément : une posture très opérationnelle, avec des missions d’appui au montage de projets urbains (notamment pour des aménageurs ou ensembliers urbains), et une posture de recherche-action, axée notamment sur les modèles économiques urbains et les recompositions du jeu d’acteurs. Nous tenions ces deux postures simultanément, mais de manière disjointe, avec, pour chacune d’elles, des clients et des sujets distincts.

2020 a confirmé une tendance qui frémissait depuis quelques années : ce que nos clients viennent désormais de plus en plus rechercher, c’est la capacité à tenir ces deux postures de front et à intervenir sous une forme qui relève davantage de missions d’appui à des démarches stratégiques. A cela rien d’étonnant : dans un contexte de forte incertitude, la question des finalités et du sens de l'action est essentielle, tandis que l'approche prospective permet d'éclairer un peu l'horizon d'action. De plus, avec la crise écologique et économique, la question de l'allocation des ressources rares que sont notamment les ressources naturelles, le foncier, ou l'argent public, se pose de manière plus aigüe, aussi bien pour les acteurs publics que privés.

Cette approche a été par exemple au cœur de nos missions pour Léonard, la plate-forme de prospective et d’innovation de Vinci, pour une passionnante mission sur le « as-a-service » (avec Partie Prenante), ou encore de La Poste (avec Le Sens de la Ville) autour du nouveau métier d’opérateur de la proximité.

 

Nos sujets : la ville toujours, mais avec deux glissements

Depuis son origine, les missions d’ibicity ne portent que sur un seul et même objet : la ville. Toutefois, 2020 a marqué deux glissements qui correspondent plus largement nous semble-t-il à un certain déplacement des enjeux de la fabrique urbaine.

Le premier glissement, c’est que la question du fonctionnement (ou des usages) de la ville, devient aussi importante, sinon plus, que sa fabrication. Ce sujet a ainsi été au cœur de nos missions pour Léonard et La Poste, mais aussi pour l’EPA Euroméditerranée sur le projet des Fabriques à Marseille, Bouygues Immobilier ou Grand Paris Aménagement. Nous avons formalisé certains des enseignements que nous avons tirés de ces missions dans une note sur « les aménageurs au défi du fonctionnement des quartiers » (avec Une autre ville) pour le Réseau National des Aménageurs. Ce sujet est aussi au cœur du travail réalisé avec Le Sens de la Ville, Gingko Avocats et l’Etude Cheuvreux pour l’Union Sociale de l’Habitat sur l’articulation entre la maille de fabrication et la maille de gestion des immeubles de logements sociaux (Etude à paraître en 2021).

Le second glissement est le fait que nous travaillons désormais autant sur le non-bâti de la ville que sur le bâti, en lien avec l'émergence de nouveaux enjeux liés aux espaces publics. Dans le prolongement de notre interpellation sur le trottoir comme actif urbain stratégique (cf. nos articles dans Futuribles), nous avons en 2020 beaucoup travaillé sur les espaces publics et l’économie de la rue. Nous l’avons fait à la demande de collectivités locales, notamment dans le cadre d’un travail prospectif sur les "rues de demain" pour la Direction de la Prospective du Grand Lyon (publication prévue au premier trimestre 2021 - avec Benjamin Pradel et Nicolas Nova), de réseau d’aménageurs (cf. notre note sur la nouvelle fabrique des espaces publics pour le RNA) mais aussi à la demande d’opérateurs dont la diversité (il s’agissait d’un opérateur de mobilité urbaine, d'un opérateur de stationnement, et d'un opérateur de logistique urbaine) témoigne que beaucoup d’opérateurs sont aujourd’hui fortement interpellés sur leur positionnement stratégique, que ce soit de manière offensive ou défensive. Assurément, la nouvelle économie de la rue devrait nous réserver quelques surprises dans les prochaines années. Et pas que concernant le « baiser du trottoir » !

 A l’articulation entre l'espace public et l'immobilier, on trouve la question du « rez-de-ville », pour reprendre l’expression de David Mangin et Rémi Ferrand dans le cadre d’un passionnant séminaire sur le sujet qu’ils ont organisé à l’Ecole d’Architecture de Marne-la-Vallée en février 2020. Cette question du rez-de-ville, et plus largement des socles actifs, est au cœur de la fabrique d’une ville plus mixte et plus juste. C’était le sens d’une tribune dans LeMonde.fr initiée par Plateau Urbain, que nous avons eu le plaisir de co-signer : « Les espaces d’inventivité et de solidarité, nouveaux communs urbains, doivent pouvoir accéder à l’immobilier ». Cette question des communs urbains et des mécanismes pour rendre « abordables » certains lieux ou espaces sera essentielle en 2021. 

 

Enjeu : outiller les transformations numérique et écologique 

Comment repenser son action au regard des deux grandes transformations actuelles : la transition écologique et la transition numérique ? Il nous semble que c’est bien ainsi qu’on doit résumer le principal défi qui s’impose aux acteurs de la ville en 2021 (et au-delà, une année n’y suffira pas).

La question de la transition numérique est fortement présente dans nos travaux depuis quelques années, qu’il s’agisse de notre étude sur les nouveaux modèles économiques urbains (Suite aux ateliers organisés en 2019 avec les métropoles de Nantes, Rennes et Lyon, nous avons publié en mars 2020 notre rapport « orange » sur la gouvernance d’écosystèmes urbains, grâce aux financements de l’ADEME, de la Banque des Territoires et du PUCA, et en collaboration avec Partie Prenante et Espelia), ou encore notre décryptage de la manière dont le gratuit dans la ville change de nature (cf. notre note pour le RNA sur "la gratuité de la ville"). Parmi nos publications de 2020, on se permet également de signaler notre article sur « les maires au défi des plateformes numériques » dans l’Economie Politique, avec Partie Prenante et Espelia toujours, et une infographie sur la nécessité que des plateformes du e-commerce et des nouvelles mobilités payent pour les infrastructures urbaines qu’elles utilisent, réalisée pour l’AIMF dans le cadre de son Partenariat avec l’Union Européenne. Alors que le numérique est porteur de menaces autant que d’opportunités, la question est : « comment mettre le numérique au service de la ville ? ».

La question de la transition écologique était présente dans nos travaux (cf. cette année le chapitre « Financer la ville durable » que nous avons rédigé dans l’ouvrage du Moniteur « Fabriquer la ville durable »), mais plus en arrière-plan et assurément de manière insuffisante. En 2021, nous prévoyons de renforcer cette dimension, en mobilisant les outils de l’analyse stratégique, de manière à outiller les opérateurs publics et privés de la ville dans la transition écologique, notamment autour des sujets de transition énergétique, d’économie circulaire, et de la ville de la proximité et des circuits-courts. A l’heure du risque de montée des inégalités, nous incluons aussi dedans les enjeux d'une ville plus juste (où on retrouve les enjeux de péréquations entre payeurs finaux de la ville, et plus largement la question de l’équation économique des projets ou services urbains).

 

Un quadruple élargissement

ibicity continue donc à travailler sur un même objet, la ville, mais avec deux glissements : plus d’usages, plus d’espaces publics. 2020 a également confirmé deux élargissements (les deux premiers ci-dessous), et en a provoqué deux autres.

Un peu plus d’approche dé-silotée : cette approche était notamment celle que nous avions retenue lorsque, dans notre étude sur les nouveaux modèles économiques urbains, le constat de l’hybridation des secteurs nous avait conduits à embrasser simultanément plusieurs services urbains (mobilité, immobilier, déchets…). Elle nous oblige à reconnaître que, sur chacun des secteurs considérés, il y a des spécialistes bien plus pointus que nous, mais elle nous paraît nécessaire quand le jeu des acteurs de la ville n'est plus un jeu d'échecs (où le mouvement des pièces est déterminé par le nom de la pièce : la tour avance tout droit, le fou avance en diagonale, le promoteur achète des charges foncières…) mais un jeu de go (chaque opérateur a la même liberté de mouvement, désormais c’est le mouvement relatif des pièces qui compte). Comment, dans ce nouveau contexte, les collectivités locales peuvent-elles garder la maîtrise de leurs projets ? Comment les opérateurs, public et privés, de la ville peuvent-ils créer de la valeur ?

Un peu plus d’international : après Singapour et Toronto avec La Fabrique de la Cité, et Phnom Penh avec l’AIMF en 2019, ibicity s’est rendue en janvier 2020 à Dakar et Abidjan, dans le cadre d’une mission pour l’UEMOA (Union Economique et Monétaire de l’Ouest de l’Afrique) et la Banque Mondiale, sur l’appui au montage financier et opérationnel de deux vastes opérations d’aménagement, dans un contexte de forte pression urbaine. Cette mission, conduite en co-traitance d’Espelia, se poursuit depuis, avec un prochain déplacement prévu (normalement !) fin janvier 2021. Cette année, nous avons eu également la chance d’intervenir en sous-traitance de 15marches pour l’Agence de Mobilité Durable de Montréal. Outre l’ouverture qu’elles offrent, ces missions permettent de prendre du recul sur nos manières de faire, et de constituer un benchmark des bonnes (ou moins bonnes) pratiques (sur le financement de la ville, la fabrique et la gestion des espaces publics, le fonctionnement des quartiers, etc.).

Un peu plus de diversité territoriale : quand nous avons été invités à intervenir lors du colloque de l’EPFIF-LesEchos-LeParisien sur le périurbain en décembre, nous avions commencé par décliner, considérant que nous n’étions pas des spécialistes des territoires non métropolitains. Il nous a été répondu que, peu importe le territoire, l’important est les grilles de lecture mobilisées. L’exercice s’est effectivement révélé stimulant.

Enfin, un peu (beaucoup) plus de virtuel : le cours que nous dispensons aux étudiants du Master Stratégies Territoriales et Urbaines de Sciences Po se déroule normalement en douze séances. Virus oblige, deux séances seulement ont eu lieu en amphi, les dix autres sur « Zoom ». Dans ce cadre, nous avons testé les « capsules », petites vidéos de 30 minutes maximum, qui, si elles ne remplacement évidemment pas le « présentiel », se sont néanmoins révélées un format très percutant. A suivre en 2021 !

 

Et l’impact du virus ?

Au final, sur un strict plan professionnel, le virus a eu un impact certain sur notre manière de travailler, mais plutôt mesuré sur nos sujets d’intervention. Il a même été a contrario l’occasion de passionnants échanges. Et il nous a notamment permis de consolider nos liens avec la revue de prospective du Grand Lyon Millénaire 3 (interview sur les effets de la pandémie), la Fabrique de la Cité (vidéo « A travers les villes en crise »), Claire Juillard (travail en cours sur valeur et immobilier) ou encore Michaël Silly et le Club Ville Hybride (« Do-tank villes post-crises »).

A voir ce qu’il en sera en 2021 ! Mais il est certain que ce virus est une invitation à se reposer collectivement le sens de nos actions. Et à penser à ceux pour qui il s’est révélé ou se révélera bien plus tragique.

 

Merci à tous !

 

(Convictions ibicity - Extrait de notre plaquette)


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