« Dans un voyage qui nous mènera sur les trottoirs de Dakar et Luanda en passant par Yangon, nous verrons comment les habitants de ces villes réclament et reprennent, de manière temporaire ou plus permanente, ces portions d’espace public à travers diverses formes d’appropriation.

Dans ces lieux de passage, Dakarois, Yangonites et Luandais improvisent des marchés, des cafés, des lieux de culte, ou encore des librairies à ciel ouvert. Par le biais de ces différentes formes d’occupations des trottoirs, les habitants mettent en mouvement et redessinent en permanence leur ville. Ils répondent à des besoins ponctuels ou changeants et pallient à des manques et des impensés, avec des solutions souples, rapides et inventives. Ces initiatives habitantes d’investissement de l’espace public permettent à ceux qui vivent la ville de participer à sa fabrique, pour en faire un lieu des possibles.

Parmi ces habitants devenus acteurs, qui façonnent spontanément l’environnement urbain, se trouvent des individus issus de toutes les classes sociales et venant de tous les horizons, mais notamment ceux qui sont rarement invités autour des tables où se prennent les décisions concernant la ville. Pour ces habitants marginalisés, l’occupation spontanée est une manière de revendiquer un droit de participation au processus de création de l’espace urbain et de proposer leurs idées et leurs visions de la ville.

Investir le trottoir c’est aussi un acte qui permet à tous d’habiter, même temporairement, des espaces de la ville où ils ne peuvent résider, notamment les centres-villes si convoités, que des loyers élevés rendent élitistes. Le trottoir devient alors un des rares lieux où vendeurs ambulants, hommes d’affaires, intellectuels et ministres sont amenés à se côtoyer. Reprendre le trottoir, notamment ceux des beaux quartiers devient alors un geste symbolique, presque politique.

Le temps d’une journée, nous arpenterons les rues de Dakar, Yangon et Luanda, en effectuant quinze haltes, pour observer autant de situations d’appropriation de l’espace public. Nous verrons ainsi comment des hommes et des femmes « font le trottoir », et font du trottoir un espace habité et pas juste traversé ».

Ce texte (avec les illustrations de l'auteur) est la jolie introduction d'un très intéressant article de Romana Naga que publie la Revue Sur-Mesure : "Faire le trottoir : ces formes d’appropriation qui redessinent la ville", qui nous emmène au Sénégal, en Birmanie et en Angola. Le texte intégral de l'article est disponible : ici.

Avantage de la flannerie qu'ils permettent, ces trottoirs nous ont emmenés sur une autre publication, absolument magnifique, du même auteur : "Le mystère de Kilamba", du nom de cette ville-fantôme construite en Angola, à 30 kilomètres de la capitale Luanda.

Ce court livre magnifiquement illustré est consultable : ici.

 

Pour nous promener sur les trottoirs d'Ho-Chi-Minh-Ville, il nous faut partir cette fois en compagnie de Annette Miae Kim, auteur du livre "Sidewalk City - Remapping Public Space in Ho Chin Minh City".

Dans ce livre très riche et stimulant, l’auteur s’intéresse notamment aux droits de propriété liés au trottoir.

« Mais l'argument de la productivité pour les droits de propriété pourrait être déployé de plusieurs façons. Par exemple, l'une des raisons invoquées pour réserver de précieux terrains urbains aux trottoirs est qu'ils favorisent une circulation piétonne efficace dans la ville, générant des externalités économiques positives. En outre, le secteur public conserve le droit de surveiller cet espace car il peut produire un système plus efficace que ce que les propriétaires individuels peuvent bricoler ensemble. Cependant, les vendeurs de trottoirs qui pourraient entraver la circulation des piétons soutiennent qu'ils ont droit à un espace de trottoir parce qu'ils sont des entrepreneurs qui vivent et fournissent les biens et services demandés au lieu de dépendre d'un système de protection sociale formel. En d'autres termes, alors que les institutions de droits de propriété font baisser les coûts de transaction pour les titulaires de droits, l'établissement des droits est essentiellement une question politique sur la productivité économique à évaluer »*.

Et revient de fait sur sa dimension #temps-réel :

 

Pour aller plus loin (et dans d'autres pays) : il était déjà question de trottoirs dans les pays du Sud dans le dossier "Rez-de-ville" de la revue Urbanisme : ici.

 

Sources :

Romana Nanga, « Faire le trottoir : ces formes d’appropriation qui redessinent la ville », Revue Sur-Mesure [En ligne], 5| 2020, mis en ligne le 09/04/2020, URL : http://www.revuesurmesure.fr/issues/reprendre-la-ville/faireletrottoir

"Sidewalk City : Remapping Public Space in Ho Chi Minh City" - Annette Miae Kim - University of Chicago Press (5 juin 2015)

*« But the productivity argument for property rights could be deployed in a number of ways. For example, one reason given for reserving precious urban land for sidewalks is that they promote efficient pedestrian movement in the city, generating positive economic externalities. Furthermore, the public sector retains the right to oversee this space because it can produce a system that is more efficient than what individual property owners can cobble together. However, sidewalk vendors who might obstruct pedestrian flow argue that they have a right to sidewalk space because they are entrepreneurs making a living and providing demanded goods and services instead of depending on a formal social welfare system. In other words, while property rights institutions do lower transaction costs for rights holder, the establishment of rights is essentially a political issue about whose economic productivity to value”. (Traduction de l'anglais vers le français via Google Translate).

Syllabus intéressant citant ce livre : "Hacking the urban experience"

 


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