Ce sera certainement un petit exercice que nous donnerons à nos étudiants de Sciences Po lors du trimestre prochain. Le voici : "commentez l'image* suivante".

CAC40.jpg

Merci, Philippe Escande**, d'avoir répondu à l'exercice !

Par les temps qui courent, il vaut mieux vendre des sacs en cuir que des centrales nucléaires. Evénement historique à la Bourse de Paris. Longtemps dominé par les géants de l'industrie lourde ou de la banque, l'indice CAC 40 des plus grandes entreprises cotées françaises a vu, mercredi 3 mai, un spécialiste des produits de luxe conquérir la première marche du podium en termes de valorisation boursière. Avec plus de 117 milliards d'euros, LVMH est devenue l'entreprise la plus chère de France. Elle a détrôné Total, première société par le chiffre d'affaires et habituée à dominer ce classement par nature éphémère et fragile, puisqu'il dépend d'un cours de Bourse susceptible de varier à chaque instant. Désormais, le quarté de tête comprend, dans l'ordre, LVMH, Total, Sanofi et L'Oréal.

Au printemps 2007, la photographie était bien différente. Le sommet était occupé par le groupe public le plus célèbre de France, EDF. Introduite en Bourse au forceps deux ans auparavant, en dépit de l'opposition des syndicats, la société se posait en champion mondial de l'électricité, assis sur un parc nucléaire français considérable et dont il vendait l'expertise dans le monde entier. Pas loin, GDF Suez, devenu Engie, était dévoré d'ambition. En 2010, il faisait l'acquisition du britannique International Power et revendiquait le titre de " leader mondial dans la production d'électricité indépendante ".

En moins d'une décennie, le paysage de l'énergie a été totalement bouleversé par la conjonction de l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, la montée en puissance des renouvelables et l'effondrement des prix du pétroleavec l'exploitation des gaz et pétroles de schiste américain. Une transition énergétique qui a touché de plein fouet les groupes français, l'un parce qu'il avait tout misé sur le nucléaire, l'autre parce qu'il n'avait pas vu venir la chute des prix du gaz. Le 21 décembre 2015, EDF sortait piteusement du CAC 40, remplacé par une société de promotion immobilière… Entre-temps, sa valeur boursière a été divisée par sept. Engie est resté, mais sa valeur a été divisée par trois.

Dans le courant des années 1980 et 1990, les plus grandes entreprises françaises étaient industrielles et souvent proches de la commande publique, comme la Compagnie générale d'électricité, maison mère d'Alstom et d'Alcatel, la Compagnie générale des eaux ou Thomson, sans oublier les banques et les constructeurs automobiles. Aujourd'hui, ce sont les entreprises de biens de consommation, souvent contrôlées par des familles, qui s'imposent, comme LVMH, L'Oréal, Kering ou Pernod Ricard, et dont la puissance s'est construite sur l'exportation.

Une évolution qui met en lumière le point fort français dans le luxe, mais révèle aussi sa grande faiblesse. Les cinq premières entreprises américaines cotées sont, dans l'ordre, Apple, Google, Microsoft, Amazon et Facebook. La France, elle, n'a aucun champion du numérique dans le CAC 40.


En complément, pour illustrer la conclusion, voici la composition de l'indice Dow Jones*** :

dow_jones.jpg


Sources :


(*) « LVMH détrône Total en tête du CAC 40 » - Les Echos – 4 mai 2017 L'article précise également que "Si LVMH est le porte-drapeau d’un secteur du luxe gagné par l’euphorie boursière (l’indice BI Europe Luxury Goods bondit de 27 % en 2017), Total est, lui, le symbole d’un secteur énergétique déclassé en Bourse. Il y a sept ans, Total, EDF et Engie faisaient partie du Top 5 des capitalisations du CAC 40. Aujourd’hui, Engie est tombé à la dix-neuvième place entre Safran et Nokia (avec une capitalisation de 32 milliards), alors qu’EDF a perdu sa place dans l’indice en 2015 et ne vaut plus que 21,5 milliards d’euros".

(**) "Transition énergétique" - Philippe Escande - Le Monde - 5 mai 2017

(***) "Companies - The rise of the superstars" - The Economist - September 17th, 2016

A lire également nos précédents billets sur la transition énergétique :
- Le XXIème siècle sera électrique pour Total
- L'actuelle révolution industrielle s'annonce plus équitable que la précédente

Et nos précédents "jeux" :
- Qui pilote la ville résiliente ? (jeu des 5 différences à la fin du billet)
- Combien de poissons d'avril ?
- Avec qui ferons-nous la ville demain ?
- Commentaire d'affiche - Marketer le Grand Paris



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