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Dans une stimulante tribune dans Le Monde, la directrice générale déléguée de Nexity propose d'ouvrir le débat sur la gestion de l'espace public.

Elle écrit notamment :

Qui va gagner dans cette nouvelle conquête de l’espace urbain ? Rien n’est écrit, mais la période s’annonce passionnante. L’autre question, c’est : qui fait quoi ? Car concevoir, financer, entretenir et sécuriser ces nouveaux espaces publics ne sera pas une mince affaire. Par exemple, planter et entretenir des arbres est autrement plus compliqué que couler du bitume. Il faudra de l’argent pour transformer l’espace public, et il faudra des compétences pour le gérer et l’entretenir. Dans ce nouvel agencement, les acteurs privés seront sans doute mis à contribution.

Avant, c’était simple : les propriétaires (particuliers ou entreprises) s’occupaient de leurs immeubles, et les pouvoirs publics s’occupaient du reste. Désormais les lignes sont plus floues : qui sera demain le syndic de quartier ? D’ores et déjà, aucun grand projet de logements ou de bureaux ne peut voir le jour sans penser à son environnement immédiat, sans proposer au quartier des solutions en matière de commerces, services, paysages et mobilités.

Ma conviction est que, pour les professionnels de l’immobilier, ce changement d’échelle du bâtiment au quartier va se poursuivre. Demain, les décideurs publics continueront à décider mais, après avoir inventé la délégation de service public, ils inventeront une forme de délégation de l’espace public. Les opérateurs d’immeubles deviendront opérateurs de quartiers, portés par de nouveaux dispositifs juridiques et financiers.

Le triptyque citoyen-décideur public-acteur privé va donc se mettre au travail pour une œuvre historique : imaginer ensemble une refonte de l’espace public urbain. C’est une belle perspective ; mon vœu est que nous en fassions un espace de recomposition sociale pacifiée.

 

Cette question des nouveaux modes de gestion de la rue est notamment au coeur de nos travaux sur les "rues de demain", réalisés avec Benjamin Pradel et Nicolas Nova pour la Direction de la Prospective du Grand Lyon.

Nous y posons directement la question des futurs modes de gestion de la rue, en faisant le constat de quatre facteurs de "disruption" :

Premier facteur de disruption : un foisonnement d’opérateurs de la rue difficile à gouverner

Deuxième facteur de disruption : une gestion de la rue éclatée au sein de la collectivité

Troisième facteur de disruption : la rue comme ressource rare dont il faut gérer l’allocation

Quatrième facteur de disruption : la rue comme gisement de valeur dans un contexte financier tendu.

 

En attendant la publication de ces travaux, on pourra trouver quelques premières pistes de réflexion dans notre article de l'été dernier pour la revue de l'Agence d'urbanisme de l'agglomération toulousaine consacré à la rue : ici.

Extrait :

Sous l’effet de ces trois changements, la fabrique (production et fonctionnement) des trottoirs est immanquablement appelée à évoluer, avec plusieurs chemins, ou scénarios, possibles. Le premier scénario serait la poursuite du mode de fabrique actuel, mais il risque de conduire à d’importants conflits d’usage dans les cœurs de métropoles où nous faisons l’hypothèse que la rareté de la bordure de trottoir devrait se poursuivre (que les mesures de distanciation physique perdurent ou non), à moins de limiter autoritairement et drastiquement son encombrement (interdiction ou forte limitation des trottinettes, de la logistique, du stationnement, etc.).

Dans le deuxième scénario, de nouveaux modes de fabrication (notamment de gestion) des trottoirs se mettraient en place, suite à la réunion de trois facteurs : la contraction prévisible des budgets locaux ; la prise de conscience par les opérateurs privés de l’existence d’un nouveau gisement de valeur ; la multiplicité des opérateurs à agréger pour « opérer » les trois couches du trottoir alors même que les collectivités ne sont pas habituées à piloter des écosystèmes urbains. Des groupements de plusieurs opérateurs privés se mettraient ainsi en place, avec une relation à la collectivité qui pourrait être d’intensité variable : de quasi inexistante (exemple : Coord) à relativement forte (comme le contrat On Dijon). Avec aussi de nouveaux modèles de rémunération auprès des opérateurs qui utilisent la bordure de trottoir comme ressource-clef et, possiblement, l’instauration de nouveaux indicateurs de performance (comme la diminution du taux d’encombrement des trottoirs). Peut-être verra-t-on très bientôt des concessions de gestion du trottoir, ou des déclinaisons françaises des « Business Improvment Districts » anglais ?

Le troisième scénario constitue une réponse des collectivités locales au deuxième scénario. Prenant acte du fait que le trottoir est à la fois une source de valeur et un levier pour réguler de nombreux opérateurs dans la ville, elles décident de le piloter comme un actif stratégique. D’abord, en réunissant tout ce qui concerne le trottoir (le stationnement, la propreté, les redevances d’occupation, le mobilier urbain, la mobilité, etc.) au sein d’une même direction. Ensuite, en énonçant de vrais choix stratégiques, d’une part sur les finalités assignées à cette bordure de trottoir, d’autre part sur ses modalités de financement. Enfin, en activant les leviers dont elles disposent pour gouverner les nombreux opérateurs du trottoir.

Egalement : notre note pour le Réseau National des Aménageurs sur : "La nouvelle fabrique des espaces publics".

Egalement, notre note : "L'aménageur au défi du fonctionnement du quartier", co-signée avec Une autre ville.

Ou encore, notre article "le prix du trottoir" pour le Moniteur et notre interview dans Urbis Le Mag, le magazine de l'Agence d'urbanisme de Dunkerque : "Pour lire l'avenir des villes, regardez le trottoir !".

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