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mercredi, 19 juillet 2017

Le charme des cartes IGN

Extraits de l'interview de "l'écrivain et aventurier" Sylvain Tesson, dans le Monde.

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Quel est l’objet de cette « critique en mouvement » qu’est, selon vous, la marche ?

Elle porte sur le verrouillage qui découle du technicisme, de la révolution numérique et de la mondialisation. Ces phénomènes déclarent la guerre au mystère, à l’imprévu, à ce qui fait la substance de la vie. Aujourd’hui, chaque petit geste est régi par la révolution numérique. Pour prendre un train ou aller voir un tableau de Rembrandt, on doit passer par l’ordinateur. Et, à partir du moment où nous confions le moindre détail de notre existence à ce processeur et ce processus, on cimente la possibilité d’un imprévu. Alexis de Tocqueville a une formule géniale dans De la démocratie en Amérique, il parle de « la liberté de détails ». Une vie, c’est plus que le discours superbe de Lamartine au balcon du peuple. C’est aussi le fait d’allumer une clope et de boire un verre de rouge de plus. Aujourd’hui, ces libertés de détails tocquevilliennes, le « jaillissement perpétuel d’imprévisible nouveauté » de Bergson sont canalisés par le numérique. Or, quand on n’a pas la légitimité d’établir et d’exposer un discours critique sur ce sujet, il y a la marche. Elle offre la possibilité d’échapper au dispositif, comme dit le philosophe Giorgio Agamben. On se glisse dans un interstice et on marche, on revient à cette liberté de détails en prenant la fuite.

Est-il encore possible de se soustraire au dispositif ou bien vivons-nous à l’ère de l’impossible voyage et des improbables pas de côté ?

On assiste à un balisage général de l’existence, de la pensée et du verbe. En 2017, même les chemins sont aménagés. Donc, c’est de plus en plus difficile, mais c’est encore possible. Surtout en France, parce que nous avons la chance d’avoir accès, pour dix ou douze euros, à la représentation de la totalité de notre territoire au vingt-cinq millièmes (1 centimètre pour 250 mètres). Ces cartes rendent possible l’échappée dans les interstices. L’échelle de l’état-major, le vingt-cinq millièmes, correspond parfaitement aux marcheurs. Je ne suis pas un être de la flânerie, j’ai besoin de chercher les issues de secours, d’identifier le bon chemin à prendre. Et la carte au vingt-cinq millièmes me rend possible cette recherche.

D’où vient le charme des cartes IGN que tous les marcheurs et les soldats connaissent bien ?

Elles sont très belles. Il y a les ombrages. Chaque pli, chaque relief en possède un. La convention veut que la lumière provienne du nord-ouest. C’est amusant de penser qu’un jour, dans un bureau, un fonctionnaire d’Etat a décrété que le soleil des cartes brillerait au nord-ouest. Et puis, il y a les à-plats de couleur, les verts des broussailles, les camaïeux de bleus pour les zones aquatiques. Il y a tout un protocole graphique de représentation du territoire, selon que le chemin est goudronné, maîtrisé par l’Etat, ou abandonné.

Comment y repérer les « chemins noirs » ?

Ce que je cherchais quand j’ai fait ce voyage, c’était la représentation qui indiquait les chemins perdus, embroussaillés, représentés soit par un liseré aussi fin qu’un cheveu, soit par des pointillés. Dans les légendes de ces cartes, on trouve une expression superbe pour les caractériser : « chemins à la praticabilité aléatoire ». C’est une formule qui pourrait définir l’existence. Un trait de poésie administrative.

Pourquoi ne cherchez-vous pas à épouser ce « bel aujourd’hui » des aéroports et des raffineries, dont Jacques Lacarrière percevait l’attrait, le charme et, d’une certaine manière, le mystère ?

Tout ce qui se dévoile est beau. La phrase est de Priam sur les remparts de Troie. On peut s’émerveiller d’un dimanche après-midi à Monoprix. L’objet du dévoilement est sujet de poésie et Jacques Lacarrière avait, dans sa chimie psychique, dans sa personnalité et sa nature, quelque chose qui lui faisait tout accepter. Il transformait tout en aliments qui nourrissaient sa curiosité et sa tolérance. Mais chaque être humain n’est pas constitué psychiquement de la même manière. Quand j’ai entrepris ce voyage, j’étais dans des dispositions très sombres. J’ai fait correspondre un itinéraire géographique à ma noirceur intérieure. Je ne voulais pas voir de semblables, je ne voulais même pas croiser de miroir, je recherchais des bêtes, du silence, de l’obscurité forestière et des affleurements géologiques. Je suis un homme du calcaire, des pierres, de l’histoire. Je crois préférer les paysages aux visages. Le nouveau ne m’intéresse guère. Le « bel aujourd’hui » peut-être, mais le « beau demain » pas du tout. C’est sans doute pour cela que je préfère la géologie.

En quel sens votre marche a-t-elle été une action thérapeutique ?

Physiquement, physiologiquement et moralement, la marche m’a soigné. Je ne suis pas très versé dans la psychologie, donc pour réparer un corps fracassé, j’ai préféré la marche. Je suis parti boitant, je suis revenu debout. Je me suis détaché de toute cette noirceur qui était sur la ligne de départ avec moi. Je me suis déshabillé de ces scories, de cette mélancolie, qui était la conséquence de mon hospitalisation. Au cours de mon voyage, j’ai eu l’idée de finir cette marche dans le Cotentin, au bord de la mer. Il y a, dans la Normandie que j’ai traversée, une douceur et une évidence qui tranchent avec la Provence. Derrière l’image de carte postale, la Provence est terrible. C’est la mort, la cruauté. Le peintre Pierre Bonnard l’a expliqué dans une lettre. Quand il est arrivé en Provence, il a écrit : « Les arbres sont cannibales. » La Normandie, c’est le beurre, un décor de train électrique, alors qu’en Provence, on se fait piquer par la nature. Ce voyage n’a-t-il pas également été un chemin de croix ? Je ne crois pas à une vie après la mort, à la suprématie de l’homme dans l’édifice du vivant, je crois que le ciel s’arrête aux nuages. Je suis contre le christianisme, le tripatouillage politique de la parole évangélique et le dogme, j’aime la chrétienté comme espace culturel et je me sens avec le Christ, le seul anarchiste qui a réussi, selon la formule d’André Malraux. Je n’ai pas marché pour expier quoi que ce soit, pour assurer ma rédemption ou faire un acte de contrition. J’ai ressenti de la souffrance au bout de laquelle je suis allé parce que j’ai un immense goût pour l’effort radical. Un goût qui me vient probablement de l’alpinisme. Dans l’escalade, on grimpe pour éprouver la jouissance de l’instant où tout s’arrête. C’est un moment extraordinaire.

A rebours des discours sur l’unité de la nation, vous écrivez que ce qui caractérise l’identité de la France, c’est au contraire la fragmentation…

C’est l’historien Fernand Braudel qui, le premier, l’a formulé. Il emploie l’expression d’« effroyable morcellement ». Il fait correspondre ce morcellement géographique à l’accumulation inédite de strates historiques et politiques qui fait la France. On a réussi à construire quelque chose de superbe à partir de ces deux axes : une croisée de transept. J’avais une grande expérience des territoires et des géographies de l’uniformité : la steppe d’Asie centrale, la forêt russe. Vous marchez dix jours dans des paysages et des structures humaines qui ne varient pas. Mais, pendant mon voyage sur les chemins noirs, j’ai ressenti cet effroyable morcellement de Braudel : chaque territoire coexiste dans une marqueterie disparate.

La confrérie des chemins noirs existe-t-elle ?

Je l’ai inventée, j’ai fait une analogie entre l’idée du chemin noir de la carte et du chemin noir de l’existence. Toute existence a tendance à succomber au désir d’aménagement, de domestication par le mariage, le travail… C’est un aménagement du territoire existentiel. Alors, pour y échapper, on a recours aux forêts, au silence. Walt Whitman a une phrase fabuleuse dans son recueil de poèmes Feuilles d’herbe : « Je n’ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m’y opposer. » On ne va pas essayer de dynamiter les citadelles (c’est-à-dire l’Etat), puisque, quand on casse l’appareil, on légitime les forces de la répression. Il vaut mieux chercher à s’attaquer à un point d’appui extérieur. Souvenez-vous de la phrase d’Archimède : « Donnez-moi un point de levier et je lève le monde. » Or, si l’on disparaît, on ôte à la puissance publique ce point de levier. La fuite est un formidable acte de critique. C’est ce que j’appelle le chemin noir existentiel. On peut trouver partout ces interstices, ces échappées, ces issues de secours et ces chemins buissonniers : dans une bibliothèque, sous une voûte, une forêt, sur une paroi – en soi surtout.

Source : "La marche est une critique en mouvement" - Entretien avec Sylvain Tesson - Le Monde - 18 juillet 2017



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mardi, 18 juillet 2017

Révéler la valeur cachée des villes (Il était une fois Copenhague)

Passionnant exercice que nous a demandé de faire la Fabrique de la Cité : discuter le modèle européen de régénération des villes, proposé par Bruce Katz (Brookings Institution) et Luise Noring (Copenhagen Business School et Brookings Institution) à partir des exemples de Copenhague, Helsinki, Hambourg et Lyon. C'était le 6 juillet dernier, lors du séminaire international de la Fabrique à Lyon.

En attendant la publication des travaux sur le site de la Fabrique de la Cité, on trouvera ci-dessous une présentation de leur modèle et le texte de notre intervention.

Le modèle de Bruce Katz et Luise Noring

copenhagen_norvhaben_920_580_80.jpg (Credit: COBE, SLETH and Rambøll)

Thirty years ago, the city of Copenhagen was experiencing 17.5 percent unemployment, an out-migration of population, the loss of manufacturing, the decline of taxing capacity, and an annual budget deficit of $750 million. Today, the city has been transformed into one of the wealthiest (and happiest) in the world.

A little known publicly owned corporation — the Copenhagen City & Port Development Corporation (or By & Havn in Danish) — is one of the main reasons for this remarkable turnaround. While cities around world rightly celebrate Copenhagen for its cycling culture and climate change commitments, the real focus should be on institutional innovation, explored here in this first in depth case study.

Like many innovations, the genesis of the Copenhagen model was a product of crisis. The mayor of Copenhagen at the time, Jens Kramer Mikkelsen, put it as follows: “We knew the city was in a desperate situation and we needed to make large-scale infrastructure inv... to address this situation. However, to pay for the grand infrastructure project we needed serious money. We could not raise taxes. Also, we needed agility and flexibility to operate.”

The solution: transfer vast amounts of public land to a new publicly owned, privately managed corporation. Rezone the land — primarily in the old harbor and an undeveloped area between the airport and the downtown — for residential and commercial use. Then use the revenues projected by smart zoning and asset management — not taxes — to finance cross-city transit infrastructure, thereby spurring the regeneration of core areas of the city.

The results of this institutional model have been nothing short of transformative. A vibrant, multi-purpose waterfront. A world-class transit system. Thousands of housing units built for market and social purposes in accordance with energy-efficient standards.

(...)

The Copenhagen model works because the public sector participates for the long term, reaping enormous benefits as value naturally appreciates from smart public investments. It combines the efficiency of market discipline and mechanisms with the benefits of public direction, legitimacy and low-cost finance.

(...)

The upshot of the Copenhagen story is that smart city institutions matters as much as innovative urban techniques and tactics. There is a better way to grow, govern and finance our cities that will require a burst of institutional and operational innovation not seen in decades. Shakespeare was wrong. There is something replicable in Denmark and we need to pay close attention.

(Source : "The secret Copenhagen model for regenerating cities" - Bruce Katz et Luise Noring - Next City - June 23, 2017 - consultable ici)



Un modèle complémentaire (notre intervention)

Dans leur rapport sur « le modèle européen de régénération des villes – Leçons de Copenhague, Hambourg, Helsinki et Lyon », Bruce Katz et Luise Noring conduisent une réflexion autour de la valeur dans la fabrication des projets urbains et proposent la formalisation d’un modèle qui peut se résumer autour de trois mots clefs : activation / de la valeur cachée / des actifs publics. Le but de la présente note est de discuter ce modèle, en montrant comment il peut être décliné en un modèle complémentaire qui garde le même principe-clef - activation de la valeur cachée - mais selon des modalités renouvelées.

Un modèle ne peut s’appliquer que si les conditions de sa mise en œuvre sont réunies. Dans le cas du modèle de Bruce Katz et Luise Noring, cinq conditions principales doivent être réunies. Il faut d’abord qu’il y ait des investissements publics pour activer la valeur, notamment des investissements sous forme d’infrastructures de transport, comme le métro à Copenhague. Il faut ensuite que le projet : se trouve dans une zone qui puisse changer de destination - pour qu’il y ait création de valeur ; soit un projet de grande échelle, de manière à amortir les investissements qui ont été réalisés ; soit situé dans un territoire en croissance démographique de telle sorte qu’il y ait une demande. Enfin le foncier doit être public pour permettre à la puissance publique de capter la valeur créée et financer les infrastructures. Ces cinq caractéristiques se retrouvent fréquemment dans les villes européennes matures, ce qui rejoint l’idée d’un modèle européen.

Néanmoins, même dans les villes européennes, plusieurs limites à ce modèle existent. La première est la contrainte financière. Elle restreint les capacités de l’Etat et des collectivités à investir dans les infrastructures publiques et à acquérir le foncier. La deuxième limite tient au fait que le contexte de fabrication des projets urbains a changé. Ceux-ci consistent de moins en moins en de l’aménagement sur champs de betteraves et de plus en plus en la transformation de friches, voire de tissus vivants, ce qui, d’un strict point de vue financier, a un coût très élevé.

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Si le modèle de Bruce Katz et Luise Noring ne peut donc pas toujours s’appliquer, l’hypothèse que nous formulons est qu’il existe un modèle complémentaire, qui s’appuie sur le même principe clef – la révélation des actifs sous-utilisés – mais en l’adaptant au nouveau fonctionnement de l’économie. Car force est de constater que les projets examinés ont été mis en œuvre pour l’essentiel au début des années 2000 – il y a donc près de 20 ans.

Or une transformation radicale a eu lieu depuis : la révolution numérique. S’il faut la dater, 2007 semble une date intéressante. En effet, c’est à la fois le début de la crise financière, mais aussi, en France, le Grenelle de l’environnement, et, de manière plus décisive encore, la naissance de l’iphone. Cette conjonction rejoint l’idée que la révolution numérique est une révolution totale, qui a certes un substrat technologique, mais découle aussi d’une évolution des mentalités, et de la montée des contraintes financières et environnementales. Elle conduit à un changement radical dans la manière dont on travaille, dont on habite, dont on apprend, dont on se finance, etc.

Plus précisément, comme l’affirme Rachel Botsman, la « papesse » de l’économie du partage : « Les nouvelles technologies nous permettent de révéler les capacités inexploitées (…) d’actifs sous-utilisés. Ces capacités inexploitées sont partout, même si ce n’est pas toujours facile de les identifier : sièges vides dans une voiture, maisons de vacances inutilisées ou chambres d’amis, wi-fi sous-utilisé, espaces tertiaires non utilisés, capital et talents disponibles, et bien-sûr biens de consommation sous-utilisés. ... C’est une source de “richesse” inutilisée massive et les bénéfices sont importants ». Ainsi, on retrouve bien l’idée d’une valeur cachée ou sous-évaluée, comme dans le modèle de Bruce Katz et Luise Noring, mais une valeur qui réside ailleurs.

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Si on reprend leur raisonnement, la question est alors de savoir ce qui va permettre d’activer cette nouvelle valeur cachée. Il nous semble que la réponse est dans la capacité à tirer parti des quatre ruptures que permet la révolution numérique. La première rupture est l’émergence de la multitude, c’est-à-dire la capacité de chaque individu à devenir producteur, de données, d’énergie, de places libres dans sa voiture ou son logement, de financement. La deuxième rupture est l’individualisation de l’individu, ou la généralisation du sur-mesure : les spécificités de chaque individu peuvent désormais être saisies au plus près à travers le big data. Cette industrialisation du sur-mesure à grande échelle porte à la fois sur l’individualisation du produit et/ou du service et sur son ajustement en temps réel. Enfin, le basculement de la propriété à l’usage s’accentue.

Ainsi, c’est la capacité à activer ces quatre leviers qui va créer de la valeur. L’exemple de Zen Park, dans le domaine du stationnement, est une bonne illustration : cette société permet d’utiliser les places de stationnement temporairement inutilisées, dans les parcs de stationnement publics comme privés, et permet ainsi de limiter le nombre de places de stationnement nécessaires. Zen Park est ce qu’on appelle une plateforme, ou un agrégateur. Un autre exemple d’agrégateur est Google, qui avec son offre de mobilité Flow, est capable d’intégrer toutes les formes de mobilité, et permet notamment de tirer parti du fait que la somme des voitures individuelles partagées devient une nouvelle infrastructure de transport. Ainsi, de plus en plus, ce sont les agrégateurs qui permettent de créer de la valeur.

Le modèle complémentaire d’activation de la valeur découle donc du fait que la ville est saisie par la révolution numérique. Ce saisissement modifie radicalement l’économie de la ville, avec deux grands basculements.

Le premier basculement est le passage de la ville des infrastructures à la ville des usages. Historiquement, depuis le 19ème siècle, ce qui était clef pour fournir les services urbains, c’étaient les infrastructures d’eau, d’énergie, de transport. Désormais, ce qui devient clef, c’est la capacité à embarquer les usagers - les quatre ruptures de la révolution numérique se traduisent toutes par un primat de l’usager. De manière générale, on assiste ainsi à un glissement serviciel des services urbains. Le meilleur exemple est certainement celui de la mobilité. Déjà le passage du transport à la mobilité traduisait l’idée de se centrer sur la demande plutôt que sur l’offre. Mais surtout l’exemple de Maas, à Helsinki, traduit l’idée d’assembler toutes les formes de mobilité (y compris via l’activation de la multitude à un instant t) et de les proposer sous forme d’abonnement.

La mobilité est donc l’exemple le plus évident, mais si on regarde attentivement, on s’aperçoit que l’immobilier commence lui aussi à connaître cette évolution. Si on reprend l’analogie avec la mobilité comme service, le « logement comme un service » aurait lui aussi deux axes : un axe évolutivité dans le logement, qui permet à un individu d’aller d’un temps A à un temps B en bénéficiant à tout instant du logement adapté à son besoin. Le métier de « producteur de logement comme un service » consisterait alors moins à produire des mètres carrés qu’à offrir à l’individu une agrégation, dans la durée, entre des fonctions que, jusqu’à présent, il prenait en charge directement : recherche logement, revente ancien logement, négociation avec les banques, agent immobilier, notaire, etc. De même que, dans la mobilité, ce qui change, ce n’est pas le trajet que l’on fait, mais le service d’intégration de tous les modes que l’on utilise. La deuxième dimension correspond davantage à un élargissement de l’offre « logement » par la composition d’un « bouquet de services » : il s’agirait de permettre à l’habitant d’avoir une intégration de fonctions : la connexion internet, l’abonnement au chauffage, la possibilité de se déplacer avec l’abonnement à un pass transport. On peut même aller plus loin en considérant que le bouquet de services liés au logement intègre un droit d’entrée à des équipements sportifs ou scolaires ou culturels. Là encore, ces fonctions ne sont pas nouvelles, mais l’idée est que la nouveauté réside dans leur agrégation par un opérateur, qui peut les proposer via un abonnement, avec une offre qui évolue selon ses besoins dans le temps.

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Le deuxième basculement est la recomposition des rôles entre public et privé. Prenons l’exemple de l’immobilier. Traditionnellement, le jeu d’acteurs était très séquentiel, avec, d’abord, la collectivité, puis l’aménageur, puis le promoteur puis l’habitant. Ensuite, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la révolution numérique mais plus avec les contraintes foncières et financières, des promoteurs et investisseurs sont remontés en amont, en achetant du foncier ou en participant à la conception des projets urbains, par exemple dans le cadre de partenariats amont. Dans le même temps, on l’oublie souvent, les acteurs de l’amont sont descendus en aval, par exemple en contrôlant les prix de sortie des logements.

Aujourd’hui, avec la révolution numérique, on assiste à une nouvelle évolution. Il y a d’abord de nouvelles étapes qui apparaissent liées à des évolutions technologiques, comme l’éclairage intelligent ou l’impression 3D dans le bâtiment. Il y a ensuite de nouvelles étapes qui sont liées au glissement serviciel, comme le métier d’agrégateur, qu’on a déjà évoqué, ou celui de gestionnaire de quartiers, car les problématiques de gestion prennent une place de plus en plus importante. Via ces nouvelles étapes, de nouveaux entrants font leur apparition, qui peuvent demain se positionner en amont ou en aval.

Le principal enjeu est là : le processus de la fabrique urbaine se fragmente et s’élargit, et la question est : qui va être l’acteur à même de maîtriser ce processus de fabrication des projets devenu devenu beaucoup plus complexe ? Un match se dessine potentiellement entre quatre prétendants : les fameux agrégateurs, qui, contrôlant l’aval, peuvent asservir l’ensemble de la chaîne, les maîtres d’un chaînon, les opérateurs-ensembliers qui peuvent devenir les nouveaux ensembliers, comme on le voit sur les consultations de type Réinventer Paris. Et enfin les collectivités, dont on peut espérer qu’elles n’ont pas dit leur dernier mot.

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En conclusion, la présentation de ce matin nous invite à réfléchir à la manière de financer la ville lorsque la valeur se déplace. Initialement, à l’époque des champs de betterave, la valeur était liée à la production : l’aménageur et le promoteur vendaient leur production à un prix plus élevé que leur prix de revient. Avec le nouveau contexte de fabrication des projets, et le fait que le droit européen est très favorable au propriétaire, la valeur s’est déplacée en amont, dans la détention du foncier. C’est là qu’intervient le modèle de Bruce Katz et Luise Noring. Néanmoins, lorsque ce modèle n’est pas applicable, la solution peut consister alors à aller chercher la valeur qui s’est déplacée en aval, en jouant notamment sur les actifs détenus par la multitude. L’acteur clef change : c’est l’agrégateur, qui peut être public ou privé, mais qui surtout peut n’être ni la collectivité, ni un grand groupe, mais un nouvel entrant du numérique.


Nota bene :

Parmi les différentes questions et remarques dans la salle, on notera celle de Dominique Boullier, qui s’élève contre l’idée qu’il y aurait une valeur cachée. Faisant référence aux travaux d’André Orléan sur l’économie de l’opinion, il considère que la valeur n’apparaît que parce que les plateformes créent les conditions de la place de marché. C’est donc une valeur éminemment friable.

Le modèle complémentaire que nous avons présenté comporte plusieurs limites. D’abord, en termes d’applicabilité : selon les secteurs et les territoires, les capacités à activer la valeur par la maîtrise de l’aval sont différentes. Ensuite, en termes d’enjeux financiers, notamment pour les collectivités locales. Car si les grands réseaux techniques ne sont plus suffisants pour la production du service urbain, ils restent nécessaires. Car la multitude ne suffit pas à elle seule : pas de covoiturage sans voirie, pas de smart grid sans réseau ! Ceci pose ainsi la question du financement même de l’infrastructure, i.e. du support physique qui permet le déploiement d’une offre de service. Dans le modèle classique de la ville des réseaux, l’infrastructure était financée par son utilisation, dans une logique d’économie d’échelles consistant à faire supporter les coûts fixes par le maximum d’usagers. Dans le modèle de la ville des plateformes, ce n’est pas que l’infrastructure (les voitures du tramway, les rails, les tuyaux d’eau…) n’est pas nécessaire, mais il n’est pas nécessaire d’en être propriétaire ou de la contrôler puisqu’elle est facilement mobilisable, soit parce qu’elle est distribuée, soit parce qu’elle est mise à disposition gratuitement – comme la voirie. Ainsi, l’offre de services reste dépendante de l’infrastructure mais ne la rémunère pas. L’offre scalable et non régulée risque de concurrencer l’offre non scalable mais régulée.

Notre présentation s’appuie largement sur l’étude que nous avons conduite avec Nicolas Rio (Acadie) et Clément Fourchy (Espelia) sur les nouveaux modèles économiques urbains (financement ADEME et AMF avec le soutien du PUCA). Elle est consultable sur le site www.modeleseconomiquesurbains.com.



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lundi, 17 juillet 2017

"Conférence nationale des territoires et élus locaux" : pas de panique !

Alors que l'exécutif a réuni ce lundi les collectivités pour négocier les baisses de leurs dépenses, de nombreux élus sont méfiants et craignent pour leurs finances.

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Pour les rassurer, on se permettra de leur adresser la tribune que nous avions publiée à leur adresse lors du Salon des Maires en mai 2016. Elle reste plus que jamais d'actualité. image_tribune.jpg Cette tribune est consultable ici. Quelques extraits ci-dessous :

Une nouvelle fois en 2016, la baisse des dotations d'Etat promet d'être au coeur des débats lors du Salon des Maires. (...) (La formulation du débat) conduit à considérer la baisse des ressources publiques comme une contrainte exogène et intangible. Or la crise des finances publiques locales n'est pas une fatalité ! Son dépassement dépendra, notamment, de la capacité des collectivités à renouveler et à diversifier leur modèle économique pour tirer parti des mutations à l'oeuvre.

(...)

A l'image de nombreux autres secteurs de l'économie, le monde des services urbains connaît de très fortes mutations. Dans plusieurs domaines, la puissance publique a ainsi perdu le monopole de la production des services urbains. Que ce soit pour les transports ou pour l'énergie, cette dernière a longtemps été le fournisseur exclusif des services collectifs, y compris lorsqu'elle en déléguait la mise en oeuvre à un opérateur privé. Aujourd'hui, l'offre se démultiplie. Elle devient à la fois plus complète et plus complexe. Les services de mobilité ne se limitent plus aux infrastructures de transport. Ils intègrent aussi l'aide à la navigation en temps réel, l'insertion du covoiturage dans la chaîne de mobilité, l'enrichissement du temps passé dans les transports, etc.

(...)

Cette évolution provoque un brouillage de la frontière public-privé et des découpages sectoriels. Elle vient surtout bouleverser le rôle des collectivités et leur équilibre financier.



Pour aller plus loin, on pourra lire également l'article publié dans le numéro de juin de la Revue Esprit : "Financer la ville à l'heure de la révolution numérique", également consultable en ligne ici.



A lire également nos précédents billets, notamment : "Monsieur le Maire, quel est votre modèle économique ? et Qui paiera la ville (de) demain ?

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mardi, 4 juillet 2017

Quel tarif pour l'électricité à l'heure de la multitude ?

A lire dans les Echos du 2 juillet la tribune de Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l'énergie.


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Extraits :

Le monde de l'énergie change. L'arrivée des nouvelles technologies ouvre de nouvelles possibilités aux fournisseurs, aux gestionnaires de réseaux, certes, mais aussi aux consommateurs. 14.000 d'entre eux, soit 0,04 % des 37 millions de clients raccordés, consomment l'électricité qu'ils produisent. C'est encore peu, mais l'effet du développement de l'autoconsommation dans les prochaines décennies est en marche et modifiera profondément notre paysage énergétique.

Signe avant-coureur d'un développement massif : la baisse des coûts de production de l'électricité photovoltaïque. Elle rend envisageable ce qu'on appelle la « parité réseaux », c'est-à-dire le moment où le coût de la production renouvelable devient inférieur au prix de l'électricité qui arrive au consommateur par le réseau. Elle représente l'étape ultime d'un modèle centralisé, avec peu de centrales de production puissantes, vers un modèle décentralisé où chacun produirait l'électricité qu'il consomme.

Précurseur, le cadre législatif se met déjà en place ; la loi du 24 février 2017 donne un statut juridique aux autocon-sommateurs. Un arsenal de soutiens est déjà annoncé : tarif d'achat, appel d'offres, aide aux raccordements. Mais ce foisonnement futur d'initiatives mérite un point d'alerte. Attention aux effets d'aubaine, qui conduiraient à un communautarisme énergétique nuisible à notre système électrique. Sous le prétexte de transition énergétique et de promotion de valeurs environnementales, ne détricotons pas le maillage de nos réseaux d'électricité qui garantissent la sécurité d'approvisionnement à un prix unique sur l'ensemble du territoire.

Cet avenir frappe à notre porte, il nous faut le construire ensemble. Il faut bâtir un socle stable à ce nouvel édifice pour guider la participation citoyenne à la production d'énergie. Toute la question est donc d'anticiper puis d'accompagner le développement de l'autoconsommation et ses répercussions tarifaires et technologiques face aux contraintes démographiques et sociologiques du territoire. C'est la tâche que nous confie la loi. C'est à la Commision de régulation de l'énergie d'établir les tarifs des réseaux publics de distribution d'électricité pour les consommateurs participant à des opérations d'autoconsommation.

L'exercice s'annonce difficile, les attentes des uns et des autres sont contradictoires. Les acteurs de la filière attendent un tarif réduit de réseau pour encourager le développement de l'autoconsommation. De leur côté, les opérateurs de réseau craignent que des acteurs échappent au tarif et demandent un tarif avec une forte part fixe, ce qui augmenterait le tarif des autoconsommateurs rapporté à la consommation réalisée.

Dans ce débat, la CRE est devant une page blanche : il lui faut définir un tarif de réseau qui reflète les coûts engendrés par les autoconsommateurs comprenant aussi les coûts liés à la solidarité entre tous les utilisateurs. Tout cela pourrait dépendre du profil d'utilisation des réseaux. Par exemple, l'autoconsommateur équipé d'une installation de stockage a la possibilité d'utiliser son électricité aux heures creuses. Cet avantage devra-il être pris en compte pour bénéficier d'un tarif moins élevé ?

Autre interrogation : sur le plan juridique, quel modèle adopter ? Les autoconsommateurs ont aujourd'hui trois contrats : un pour l'approvisionnement avec un fournisseur, un pour la vente des surplus de production et un avec le gestionnaire de réseau. Ne faut-il pas simplifier et passer au contrat unique ?

Tout le dispositif des aides est également à reconsidérer pour empêcher des effets d'aubaine massifs qui pèseraient au final sur la facture de chacun, et diminuer les assiettes fiscales possibles. Il faut donner à ce véritable sujet de société naissant toute l'importance qu'il mérite. Il s'agit de réfléchir ensemble si le développement inéluctable de l'autoconsommation peut être maîtrisé au profit de tous, ou s'il nous conduira, au contraire, à mettre en cause les valeurs d'équité et de solidarité qui fondent heureusement notre modèle énergétique depuis 1946.

Source : "L'autoconsommation ne doit pas nuire à nos réseaux d'électricité". Les Echos - 2 juillet 2017


A lire également nos précédents billets :
- Financer la ville à l'heure de la révolution numérique
- La transition énergétique vue par le prisme du CAC 40
- Black out



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lundi, 19 juin 2017

Il fait chaud...

C'est le moment de relire la tribune de Bruno Latour : "un bel et épouvantable été" : ici.


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mercredi, 14 juin 2017

Hausse de la part des logements sociaux construits par des promoteurs privés

A lire la dernière note de conjoncture de la Caisse des Dépôts sur la part croissante des VEFA dans la production des logements sociaux (ici).

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Extrait :

Alors qu’elle représentait seulement 1 % de la production de logements sociaux en 2007, la part de la VEFA s’élève désormais à 39 % (graphique 1). L’essor de la VEFA dans la production de logements sociaux est assez récent et lié à des assouplissements législatifs successifs. Le décret du 8 février 2000 modifiant le code de la construction et de l’habitation (CCH) a notamment ouvert la voie au financement de la VEFA par des prêts de la Caisse des Dépôts. Ce décret précise cependant que la VEFA doit rester accessoire dans la constitution du patrimoine des personnes publiques, ce qui oblige les bailleurs sociaux à n’acquérir que quelques logements à l’intérieur d’une même opération. Cette restriction visait à ne pas faire du promoteur privé un simple prestataire et à assurer une véritable mixité sociale en maintenant côte-à-côte, dans un même immeuble ou un ensemble immobilier, des logements privés et sociaux. Finalement, la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion du 29 mars 2009 a levé les ultimes obstacles et a autorisé l’acquisition de plus de 50 % d’une opération en VEFA. Dès lors, la VEFA a pris une part de plus en plus importante dans la production de logements sociaux (construction en maîtrise d’ouvrage directe, construction en VEFA et acquisition-amélioration).



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samedi, 10 juin 2017

La maison obèse

En attendant (peut-être) d'aller à Vienne voir l'exposition consacrée jusqu'à septembre à l'artiste Erwin Wurm, voici une photo d'une de ses oeuvres fétiches, la "Fat House", de 2003.

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Selon la galerie 21er Haus, qui l'expose, "with his Fat Sculptures – ‘fatty’ middle-class status symbols like cars or single-family homes – the sculptor delivers snappy and striking commentary on today’s consumer society".

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Certains l'auront sans doute reconnu : Erwin Wurm est aussi l'auteur d'une des oeuvres phares de la manifestation Estuaire en 2007, devenue pérenne depuis : "Misconceivable", un voilier déformé, prêt à se jeter dans la Loire, sur le bord de l’écluse du canal de la Martinière au Pellerin (entre Nantes et Saint-Nazaire).

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vendredi, 9 juin 2017

Métamines#1 ou la fabrique de l'imaginaire urbain

Riches échanges organisés par le collectif MU à la gare des Mines à Paris dans le cadre de la première édition de Métamines.

METAMINES-affiche.jpg

ibicity participait cette après-midi à la table-ronde 3, modérée par Ewen Chardronnet (Makery), avec Maryne Buffat (revue Sur-Mesure), Julie Colin (Ciwicwise et Fab City Grand Paris), Francesco CIngolani (Design by Data et Fab City Grand Paris) et Julien Paris (Dataviz).


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jeudi, 8 juin 2017

Une carte des voies romaines

Juste parce qu'on la trouve très réussie, cette carte de Sacha Trubetskoy (ici).

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NB : il s'agit donc des routes de 2ème génération.
Première génération : chemin muletier.
Puis voie romaine.
Puis macadam.
Puis autoroute.
Désormais : routes de cinquième génération : ici.

Juste un regret : qu'il n'y figure pas Avaricum (ici).



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vendredi, 2 juin 2017

Financer la ville à l'heure de la révolution numérique (suite)

Après avoir été publié sur le site de la revue en février (ici), notre article dans la revue Esprit vient de paraître dans l'édition papier (numéro de juin 2017).

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Extraits :

Les débats récurrents sur la crise des finances locales sont trop souvent réduits à une question de dépenses (Comment dépenser moins ?) ou de recettes (Comment préserver les dotations de l’État ? Faut-il augmenter les impôts locaux ?).

Raisonner ainsi, c’est oublier que dépenses et recettes sont avant tout fonction de ce qui dans le domaine de l’entreprise s’appelle la « proposition de valeur » et qui, dans le domaine de l’action publique locale, correspond à l’offre de services urbains.

C’est également ne pas tenir compte que la révolution numérique modifie de manière radicale le fonctionnement de l’économie, favorisant, à travers l’extension du champ du technologiquement possible, l’émergence de modèles économiques innovants.

Or, placée au cœur de l’action publique, la créativité en matière de modèle économique offre aux collectivités des opportunités très fortes pour repenser leur offre de services à moindre coût. En matière de mobilité, la somme des voitures individuelles partagées devient une nouvelle « infrastructure », qui, dans certains cas, peut s’avérer une alternative économique et efficace à la mise en place de nouvelles lignes de transport en commun. Dans le domaine de l’énergie, la capacité des consommateurs à devenir producteurs (via leurs ordinateurs, leurs panneaux photovoltaïques, leurs bâtiments à énergie positive, etc.) et à moduler leur consommation en temps réel permet de limiter les coûteux pics de consommation électrique.

Ainsi, les collectivités peuvent fortement augmenter l’efficience de leur offre de services urbains… à certaines conditions.

(...)

Les évolutions décrites ci-dessus témoignent que c’est en aval que se situe désormais l’essentiel de la création de valeur. La maîtrise de l’aval devient ainsi décisive pour optimiser l’offre de services urbains à moindre coût.

Elle permet d’abord de s’assurer que la collectivité qui organise le service atteint bien ses objectifs. D’une obligation de moyens, on passe en effet à une obligation de résultats : « Performance énergétique » et « économie circulaire » visent la réduction effective des consommations des ressources naturelles. De même, la réalisation d’espaces publics n’est n’a d’intérêt que si ceux-ci sont effectivement appropriés par les habitants.

La maîtrise de l’aval permet également à ceux qui vendent des services de proposer des offres plus adaptées aux attentes des consommateurs et à la demande. C’est vrai des entreprises comme des collectivités : elles peuvent avoir une connaissance plus fine des différents « clients » de leurs services (habitants, entreprises, touristes…). Elles peuvent connaître précisément leurs besoins, à l’instant t, comme leur capacité à contribuer financièrement au coût du service. L’optimisation des parcours de collecte de déchets en est un exemple : les dispositifs de télérelève des bacs rendent possible une planification optimisée des trajets des véhicules de collecte qui permet à la fois une meilleure rentabilité du service pour l’opérateur et une meilleure qualité du service pour l’usager.

L’activation de la « multitude », c’est-à-dire la capacité à mobiliser les usagers comme co-producteurs du service, permet quant à elle de jouer sur la structure de coûts en diminuant le besoin d’investissements. Selon l’exemple cité en introduction, les systèmes favorisant le covoiturage permettent de remplacer des bus à moitié vide ou des systèmes de transport à la demande. Il s’agit en quelque sorte d’une forme d’externalisation : la collectivité reporte sur l’individu la propriété du moyen de transport ainsi que sa conduite – à noter qu’à un niveau macro, cette pratique permet également d’intensifier l’usage de véhicules individuels qui sont inutilisés la plupart du temps.

L’activation de la multitude permet également d’ajuster en permanence l’offre et la demande de services urbains. Soit en jouant sur la demande, via le mécanisme de l’effacement. Comme pour l’énergie, et plus largement pour l’ensemble des systèmes de flux, la capacité à limiter les pics de circulation automobile via une meilleure information sur le trafic ou la capacité de report permet d’éviter la construction d’une nouvelle rocade sur un périphérique. Soit, par un mécanisme inverse, en jouant sur l’offre en mettant en vente la partie de l’infrastructure non utilisée – et donc en diminuant le dimensionnement de base et son coût. C’est l’exemple déjà cité de Zenpark qui permet d’utiliser les places de stationnement temporairement inutilisées, dans les parcs de stationnement publics comme privés, et permet ainsi de limiter le nombre de places de stationnement nécessaires. Là encore, le numérique n’est pas indispensable – le décalage du début des cours proposé par l’Université de Rennes est une forme d’effacement qui a permis de limiter la saturation de la nouvelle ligne de métro – mais il accentue ces possibilités d’ajustement entre offre et demande par cette capacité à produire des informations descendantes et remontantes, à la fois en temps réel et à grande échelle, et par les technologies qui facilitent l’utilisation partagée d’un même bien (par exemple l’ouverture des portes d’une voiture ou des barrières un parking par smartphone).


Lire également ici.


A lire aussi, notre précédent article dans la revue Esprit, sur "la nouvelle privatisation des villes", paru dans le numéro de mars-avril 2011, numéro historique s'il en est puisqu'il publiait également un article signé Emmanuel Macron : ici.

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jeudi, 1 juin 2017

Bus gratuit à Dunkerque : pour ou contre ?

Très intéressant article de Henri Briche et Maxime Huré à lire dans Métropolitiques (ici) sur la gratuité totale des transports publics prévue à Dunkerque pour 2018.


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Extrait :

En France, malgré une diffusion importante du dispositif, l’initiative de Dunkerque s’inscrit dans un contexte institutionnel très critique vis-à-vis de la gratuité des transports. (...). Ces organismes s’accordent sur les défis financiers que pose la gratuité, son manque d’impact sur la répartition modale, la dévalorisation symbolique et physique du service public qu’elle entraîne, ainsi que l’inadéquation avec la préoccupation principale des usagers, plus concernés par la qualité de l’offre que par son coût. Cette hostilité théorique à l’égard de la gratuité ne doit, cependant, pas éclipser le déficit d’enquêtes scientifiques récentes pouvant attester des effets d’une telle politique.

Les premiers éléments de l’enquête menée à Dunkerque sur l’impact de la gratuité les week-ends tendent à déconstruire certaines idées largement partagées par les acteurs des transports urbains.

D’abord, l’incivilité n’a pas augmenté dans les bus dunkerquois. On observe même une diminution des actes de vandalisme durant les week-ends malgré l’augmentation de la fréquentation : un nombre plus important de voyageurs aurait pu engendrer mécaniquement une recrudescence des dégradations.

Ensuite, et même s’il faudra avoir plus de recul pour évaluer ces données sur le long terme, la gratuité ne semble pas poser un risque financier important pour la CUD : les recettes commerciales ne couvraient que 12 % des dépenses de fonctionnement – soit 4,5 millions d’euros. La prise en charge de cette perte de revenus relève surtout d’un choix politique en matière d’allocation des ressources publiques de la CUD et ne s’apparente pas à une mise en péril des finances locales. En d’autres termes, la gratuité est rendue possible par le transfert de fonds publics prélevés sur les administrés ou sur le budget de la collectivité : elle résulte donc d’une volonté politique d’investir dans les transports en commun. Dans le cas de Dunkerque, la gratuité est techniquement et financièrement réalisable pour une agglomération de 200 000 habitants, battant en brèche l’hypothèse selon laquelle cette mesure ne serait applicable qu’aux réseaux de villes moyennes.

Enfin, l’attractivité du centre-ville dunkerquois semble sortir renforcée de cette initiative : nombreux sont les enquêtés affirmant profiter davantage des aménités commerciales et récréatives du centre-ville durant le week-end du fait de la gratuité. La décision de délaisser la voiture au profit du bus gratuit permet notamment de déambuler dans les rues sans aucune appréhension de la contrainte horaire qu’implique le stationnement automobile.


Pour aller plus loin ce sujet, lire également notre article de 2015 dans Futuribles sur "la ville restera-t-elle gratuite ?" (ici) et nos précédents billets, notamment :
- Toulouse supprime la gratuité (des cantines)
- La ville au défi de la gratuité, suite
- La ville au défi de la gratuité
- La compétitivité des trottoirs, ou la privatisation de la ville saisie par le roman



Ci-dessous une image trouvée sur un site militant pour la gratuité des transports publics (ici).

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lundi, 29 mai 2017

Une nouvelle revue... sur-mesure

C'est un bien joli premier numéro qui vient de sortir : celui de la revue Sur-Mesure, qui combine publications internes et revue papier.

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Thème de ce numéro : "Villes, usages et numérique", avec notamment des articles d'Antoine Picon, Francis Pisani, Jean-François Gleyze (qui dessine la "ville bavarde"), François Meunier et... votre blogeuse (lire ici).

La revue est disponible en ligne (ici) et à la librairie-bien-connue-des-urbanistes, Volume, 47 rue Notre-Dame de Nazareth à Paris.

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lundi, 15 mai 2017

"Remettre le concepteur urbain dans une position de stratège"

Belle interview dans Cadre de ville de Mathieu Delorme, cofondateur de l'Atelier Georges, avec qui nous préparons un "Manuel d'économie urbaine illustré" (et à qui nous empruntons l'image ci-dessous).

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Extraits (c'est nous qui soulignons) :

Cadre de Ville : Quand et comment a été créé l’Atelier Georges ?

Mathieu Delorme : Nous-nous sommes faits connaître lors de la onzième session du concours Europan, en 2011, pour lequel nous avons été retenus comme urbanistes sur le projet de Savenay, à côté de Nantes. Deux ans plus tard, nous sommes lauréats de nouveau du concours Europan, cette fois à Saclay, avec notre projet « lieu(x) de négociation(s). Dès la première année, nous avons précisé nos idées et méthodes de conception, notre vision d’un urbanisme plus économe et ingénieux. C’est ce qui a été distingué au palmarès 2014 des jeunes urbanistes. On aime les sujets complexes, parce qu’on pense qu’il faut autant être créatif sur l’espace que sur le montage opérationnel du projet, c’est-à-dire sur la stratégie d’acteurs et sur l’économie du projet. On est convaincu que le “beau dessin” ou la “belle image” vit ses derniers jours, même si cela ne se fera pas du jour au lendemain.
 En fait, on cherche à être aussi bon dans le montage du projet que dans le projet lui-même. Nous travaillons en deux étapes : la première l’"écologie de projet" explore, enquête et relie les énergies locales et territoriales. La seconde, “l’économie de projet” consiste à associer de manière simultanée la faisabilité de ce que nous dessinons, aussi bien techniquement, économiquement que politiquement.

(…)

CdV : Qu’est-ce que vous attendez des promoteurs avec qui vous travaillez ?

M. Delorme : Nous parlons directement montage, programmation, équilibres économiques, stratégie d’acteurs et gouvernance avec eux en étant force de proposition : on essaie de voir avec eux en quoi la mécanique opérationnelle peut s’adapter au projet, et non pas comment le projet peut s'adapter au projet économique. Donc on ne travaille pas avec tous les promoteurs. Seulement avec ceux qui acceptent de s'engager dans des démarches exploratoires où la valeur n’est pas que financière. La posture derrière, c’est de dire qu’il ne faut pas laisser aux promoteurs l’exclusivité de la pensée du montage de projets. On aimerait remettre le concepteur dans une position de stratège, de pilote qu’il ne se cantonne pas seulement à une tâche de conception spatiale à laquelle il a été réduite ces dernières années. C’est pour cette raison que nous travaillons à un ouvrage, avec Isabelle Baraud-Serfaty, qui sera consacré à la montée en compétence des concepteurs urbains sur la mécanique économique à l’œuvre aujourd'hui. Il est pensé comme un “manuel illustré de l’économie urbaine” qui fait le constat que le vieux modèle hérité de l'extension urbaine sur les terres agricoles est inopérant. Construire la ville sur la ville nécessite d’autres outils et une bonne connaissance des acteurs de la fabrique urbaine (puissance publique, propriétaires, aménageurs, promoteurs, investisseurs, usagers permanents, usagers temporaires...). On assiste également à une mutation du métier des promoteurs, symbolisée par l’apparition de groupements dans la réponse à la commande publique : tout se mélange, et c’est ça que nous appelons l’urbanisme inclusif, auquel nous avons donné corps sur le site de Montreuil à la dernière session du concours Europan.

(…)

CdV : Y a-t-il encore une place pour les aménageurs dans cette économie de projet urbain ?

M. Delorme : Toute la fabrique de la ville est en recomposition. Nous faisons le constat que l’aménagement de la ville ne peut plus se réduire à une chaîne de valeur linéaire où chaque maillon se rémunère sur la plus-value créée à chaque étape en fonction du marché. Et pourtant c’est cette répartition de la valeur qui est encore convoquée (et enseignée) face à des situations urbaines de plus en plus complexes (friches urbaines, délaissés, milieux habités, pollution des sols...) sans avoir les moyens d’en gérer les aléas, les risques et les temporalités. De nombreuses situations de projets sont en “souffrance” par manque d’outils et de méthodes. Nous devons passer de la chaîne à la constellation d’acteurs. Et les aménageurs ont leur rôle à jouer dans les combinaisons d’acteurs les plus pertinentes.

(…)

L’aménageur doit être plus créatif dans la formalisation du cadre de commande : de la gestion inventive du temps long du projet urbain ainsi que dans le partage du choix où concentrer les énergies / moyens. Nous pensons qu’il serait judicieux aujourd’hui de limiter le nombre de transactions financières qui caractérisent la fabrique de la ville, pour mettre de l’argent dans la qualité urbaine. L’aménageur pourrait être un acteur clé de la montée en compétence des parties prenantes au projet urbain : des habitants aux élus et techniciens.

(…)


A lire également nos précédents billets :
- L'habitant, l'urbaniste et les nouveaux modèles économiques urbains
- Alejandra Aravena - construire 200 demi-bonnes maisons
- De l'architecte-artiste à l'architecte-homme-de-synthèse
- Ville intelligente : où sont passés les architectes ?
- Alexandre Chemetoff ou le budget comme programme
- Argent, en parler ou pas ?



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jeudi, 11 mai 2017

Avec qui ferons-nous le Grand Paris demain ?

Le Club Ville Hybride du Grand Paris organisait hier une conférence sur les évolutions attendues pour le Grand Paris à l'aube du nouveau quinquennat, autour notamment de Patrick Braouzec (Président Plaine Commune), Jean-Louis Missika (adjoint ville de Paris) et Julien Sage (adjoint ville de Nanterre).

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Le lieu valait le détour, et les échanges furent très chaleureux et variés.

Michaël Silly nous avait demandé d'interpeller les élus, ce que nous avons fait bien volontiers. Voici notre interpellation.

Vous avez beaucoup parlé des acteurs publics du Grand Paris, mais ce ne sont pas les seuls acteurs. Et la question que je voudrais partager, c’est : avec quels grands acteurs privés ferons-nous le Grand Paris demain ?

Il me semble qu’il y a deux grandes hypothèses.

Une première hypothèse c’est de dire que ce dont on a prioritairement besoin pour faire le Grand Paris c’est d’argent, et notamment d’argent qui puisse être investi sur du long terme. On se souvient qu’il y a pile deux ans, la création de Business France avait pour but d’attirer les fonds souverains étrangers pour venir financer les projets du Grand Paris. Est-ce que cette piste est appelée selon vous à se développer ? Et, si c’est le cas, avec quelles conséquences en matière de réorganisation du jeu d’acteurs. Est-ce qu’en particulier ces investisseurs, qui investissent sur des tickets de plusieurs centaines de millions d’euros, peuvent se substituer à d’autres acteurs comme les aménageurs publics ?

Une deuxième hypothèse prend acte du fait que la révolution numérique a eu lieu, et que le moteur de l’économie a changé. Et ce qui serait clef alors, ce n’est plus l’argent, mais la capacité à optimiser le fonctionnement de la ville et à améliorer les usages de la ville, en jouant de 3 leviers principaux qui sont : 1) la capacité à activer la multitude (cf. toutes les initiatives d’économie du partage que l’on vient de citer, ou encore en tenant compte que la somme des voitures individuelles partagées devient une nouvelle infrastructure de transport) ; 2) la capacité à intervenir en temps réel, pour limiter par exemple les pics de consommation d’énergie ou d’embouteillage 3) la capacité à faire du sur-mesure à grande échelle (en proposant un parcours adapté à chacun).

Multitude, sur-mesure, temps réel : qui est capable aujourd’hui de les activer ? Ce sont des agrégateurs, des plateformes, qui sont capables de se placer au plus près de l’usager-habitant et d’agréger plein d’offres éclatées. L’exemple type, c’est Google, par exemple avec son offre Flow, qui rassemble toutes les options de transport - bus, trains, VTC, vélos, autopartage... -, ainsi que les places de parking disponibles, avec une solution de paiement mobile intégrée. Et l’on voit bien que potentiellement ce type d’acteurs est en train de concurrencer les collectivités locales dans ce qui était leur fonction première, le rôle d’autorité organisatrice.

Et donc, ma question est : comment vous vous positionnez par rapport à ces deux hypothèses ? Quel rôle vous aurez à jouer par rapport à ces nouveaux acteurs ? Qui pilotera le Grand Paris demain ?


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Jean-Louis Missika et Patrick Braouzec se sont bien volontiers pliés à l'exercice. On trouvera ci-après quelques éléments saillants de leurs réponses.

Pour Jean-Louis Missika, la vraie question est de savoir ce que les villes peuvent laisser à la main des opérateurs de plateforme et ce qu'elles doivent conserver dans leur main (voir notamment son interview sur la donnée ici). Concernant la question des acteurs privés du futur, il note qu'on est aujourd'hui dans une situation intéressante où les grands opérateurs de réseaux urbains (Engie, Enedis, GRDF, les compagnies d'eau...) ont senti passer le vent du boulet de l'intermédiation (avec des spécialistes qui ont essayé de se faufiler dans la relation directe entre ces acteurs et les usagers) et doivent désormais faire leur mue, alors même qu'ils sont souvent fragiles financièrement. Un autre sujet émerge : les grandes structures type Syctom ont besoin de se métropoliser, et ces sujets-là ne pourront être traités qu'au niveau de la métropole.

De son côté, entre l'hypothèse 1 et l'hypothèse 2, Patrick Braouzec choisit sans hésiter l'hypothèse 2. Avec un vrai risque de dérive, celui d'une privatisation de la ville au sens de : jusqu'où va-t-on dans l'individualisation et comment crée-t-on du commun même dans l'individualisation. Le communisme n'a pas pu articuler individu et commun. Et la question qui nous est posée c'est celle du commun.



A lire également nos précédents billets :
- La collectivité doit redéfinir sa place d'agrégateur d'intérêt général
- Financer la ville à l'heure de la révolution numérique
- Qui paiera la ville demain ?
- Faut-il encore subventionner les transports publics ?
- Les fonds souverains moyen-orientaux : d'Uber jusqu'au Grand Paris
- Avec qui ferons-nous la ville demain ?



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samedi, 6 mai 2017

Lorsque la donnée est le nouveau pétrole de l'économie.... et de la ville

Comme le pétrole au siècle précédent, l'information est désormais en train de façonner une nouvelle économie. The Economist file la métaphore et consacre plusieurs articles à ces évolutions radicales.

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Extraits de l'article "The world's most valuable resource" :

A new commodity spawns a lucrative, fast-growing industry, prompting antitrust regulators to step in to restrain those who control its flow. A century ago, the resource in question was oil. Now similar concerns are being raised by the giants that deal in data, the oil of the digital era.

(...)

The nature of data makes the antitrust remedies of the past less useful. Breaking up a firm like Google into five Googlets would not stop network effects from reasserting themselves: in time, one of them would become dominant again. A radical rethink is required - and as the outlines of a new approach start to become apparent, two ideas stand out. The first is that antitrust authorities need to move from the industrial era into the 21st century. When considering a merger, for example, they have traditionnaly used size to determine when to intervene. They now need to take into account the extent of firms' data assets when assessing the impact of deals.

Extraits de l'article "Fuel of the future" :

An oil refinery is an industrial cathedral, a place of power, drama and dark recesses:ornate cracking towers its gothic pinnacles, flaring gas its stained glass, the stench of hydrocarbons its heady incense. Data centres, in contrast, offer a less obvious spectacle: windowless grey buildings that boast no height or ornament, they seem to stretch to infinity.

Yet the two have much in common. For one thing, both are stuffed with pipes. In refineries these collect petrol, propane and other components of crude oil, which have been separated by heat. In big data centres they transport air to cool tens of thousands of computers which extract value—patterns, predictions and other insights—from raw digital information.

Both also fulfil the same role: producing crucial feedstocks for the world economy. Whether cars, plastics or many drugs—without the components of crude, much of modern life would not exist. The distillations of data centres, for their part, power all kinds of online services and, increasingly, the real world as devices become more and more connected.

Data are to this century what oil was to the last one: a driver of growth and change. Flows of data have created new infrastructure, new businesses, new monopolies, new politics and—crucially—new economics. Digital information is unlike any previous resource; it is extracted, refined, valued, bought and sold in different ways. It changes the rules for markets and it demands new approaches from regulators. Many a battle will be fought over who should own, and benefit from, data.

(...)

Most important, the value of data is increasing. Facebook and Google initially used the data they collected from users to target advertising better. But in recent years they have discovered that data can be turned into any number of artificial-intelligence (AI) or “cognitive” services, some of which will generate new sources of revenue. These services include translation, visual recognition and assessing someone’s personality by sifting through their writings—all of which can be sold to other firms to use in their own products.

Although signs of the data economy are everywhere, its shape is only now becoming clear. And it would look pretty familiar to J.R. Ewing. There are the data majors, a growing number of wildcatters and plenty of other firms trying to get a piece of the action. All are out to exploit a powerful economic engine called the “data-network effect”—using data to attract more users, who then generate more data, which help to improve services, which attracts more users.

(...)

Researchers have only just begun to develop pricing methodologies, something Gartner, a consultancy, calls “infonomics”. One of its pioneers, Jim Short of the University of California in San Diego, studies cases where a decision has been made about how much data are worth.

(...)

The fact that digital information, unlike oil, is also “non-rivalrous”, meaning that it can be copied and used by more than one person (or algorithm) at a time, creates further complications. It means that data can easily be used for other purposes than those agreed. And it adds to the confusion about who owns data (in the case of an autonomous car, it could be the carmaker, the supplier of the sensors, the passenger and, in time, if self-driving cars become self-owning ones, the vehicle itself).

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Extraits de l'article "Algorithms and antitrust" :

The way online markets work calls for new tools and unfamiliar tactics. But remedies have to be carefully tested and calibrated—a fix for one problem might give rise to new ones. For instance, the more consumers are pushed to deal directly with price-bots (to thwart the transparency that allows rival sellers to collude), the more the algorithms will learn about the characteristics of individual customers. That opens the door to prices tailored to each customer’s willingness to pay, a profitable strategy for sellers.



A lire également nos précédents billets :
- La transition énergétique vue par le prisme du CAC40
- La collectivité doit redéfinir sa place d'agrégateur d'intérêt général
- Financer la ville à l'heure de la révolution numérique
- Data-driven cities
- Le prix doit-il être fonction du mode de vie ?

Sources :
- The world's most valuable resource - The Economist - May 6th 2017
- Fuel of the future - The Economist - May 6th 2017
- Algorithms and antitrust - The Economist - May 6th 2017



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vendredi, 5 mai 2017

Immobilier : de la production de mètres carrés à l'activation des usages


C’est une double bonne nouvelle !

D’une part, ibicity est ravie de faire partie du groupement (conduit par le Sens de la Ville, avec Une autre ville et Nova 7) lauréat de l’appel d’offre que vient de lancer la SAMOA sur « les nouveaux usages dans les opérations immobilières de l’Ile-de-Nantes ».

D’autre part, l’existence même de cette mission confirme nos analyses selon lesquelles la valeur de l’immobilier glisse de plus en plus vers l’aval (ici).

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Extrait de l’article que Cadre de ville vient de consacrer à cette mission :

Gadget ou véritable outil de prise en compte des mutations des manières d'habiter ? Les outils d'accompagnement des nouveaux usages - conciergeries, parkings mutualisés, chambres d'ami partagées -, font désormais partie des réponses des opérateurs aux consultations des aménageurs. La SAMOA, a décidé d'ouvrir la boîte noire de ces nouveaux outils, et de s'assurer, entre autres, de leur pérennité. Elle a choisi un groupement mené par la jeune agence Le Sens de la Ville pour l'accompagner dans cette démarche inédite.

La question des usages semble être la clé de voûte de l'attractivité résidentielle. C'est en tout cas ce qui ressort d'une réflexion menée par la SAMOA pour dynamiser l'attractivité des réalisations sur l'île de Nantes. Retour sur la réflexion qui a mené au lancement d'une étude sur l'accompagnement des opérateurs sur la gestion des usages, encore inédite.

(…)

La première mission sera donc de réaliser une évaluation chemin faisant de ces espaces et usages partagés sur les projets qui vont sortir de terre. Dans un deuxième temps, et après évaluation des premiers projets, le groupement devra évaluer comment les usages qui ont été promis sont mis en œuvre, afin de proposer un guide de bonnes pratiques pour les promoteurs des prochains projets, encore dans les cartons.


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Ci-dessus : Le projet îlink (22 000 m² de programmation mixte porté par Vinci Immobilier, Quartus Résidentiel, et Adim développement immobilier) est une des opérations majeures intégrant des usages innovants.

De manière plus générale, cette évolution s'inscrit dans le cadre d'un glissement serviciel des services urbains, avec une finalité qui évolue.

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Voir notamment notre Etude sur les nouveaux modèles économiques urbains : ici et ici.

A lire également nos précédents billets :
- Veille sur les nouveaux entrants de l'immobilier
- La ville servicielle à tout prix ?
- Quand la valeur de l'immobilier glisse vers l'aval
- Et si la révolution de l'automobile préfigurait la révolution du logement ?
- Les deux bâtiments de la ville demain : l'immeuble-services et l'immeuble-ressources
- Vers la ville intelligente ou comment Sequano anticipe sa pratique d'aménageur
- Repenser le métier d'aménageur à l'ère de la ville intelligente



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jeudi, 4 mai 2017

La transition énergétique vue par le prisme du CAC 40 (commentaire d'image)

Ce sera certainement un petit exercice que nous donnerons à nos étudiants de Sciences Po lors du trimestre prochain. Le voici : "commentez l'image* suivante".

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Merci, Philippe Escande**, d'avoir répondu à l'exercice !

Par les temps qui courent, il vaut mieux vendre des sacs en cuir que des centrales nucléaires. Evénement historique à la Bourse de Paris. Longtemps dominé par les géants de l'industrie lourde ou de la banque, l'indice CAC 40 des plus grandes entreprises cotées françaises a vu, mercredi 3 mai, un spécialiste des produits de luxe conquérir la première marche du podium en termes de valorisation boursière. Avec plus de 117 milliards d'euros, LVMH est devenue l'entreprise la plus chère de France. Elle a détrôné Total, première société par le chiffre d'affaires et habituée à dominer ce classement par nature éphémère et fragile, puisqu'il dépend d'un cours de Bourse susceptible de varier à chaque instant. Désormais, le quarté de tête comprend, dans l'ordre, LVMH, Total, Sanofi et L'Oréal.

Au printemps 2007, la photographie était bien différente. Le sommet était occupé par le groupe public le plus célèbre de France, EDF. Introduite en Bourse au forceps deux ans auparavant, en dépit de l'opposition des syndicats, la société se posait en champion mondial de l'électricité, assis sur un parc nucléaire français considérable et dont il vendait l'expertise dans le monde entier. Pas loin, GDF Suez, devenu Engie, était dévoré d'ambition. En 2010, il faisait l'acquisition du britannique International Power et revendiquait le titre de " leader mondial dans la production d'électricité indépendante ".

En moins d'une décennie, le paysage de l'énergie a été totalement bouleversé par la conjonction de l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, la montée en puissance des renouvelables et l'effondrement des prix du pétroleavec l'exploitation des gaz et pétroles de schiste américain. Une transition énergétique qui a touché de plein fouet les groupes français, l'un parce qu'il avait tout misé sur le nucléaire, l'autre parce qu'il n'avait pas vu venir la chute des prix du gaz. Le 21 décembre 2015, EDF sortait piteusement du CAC 40, remplacé par une société de promotion immobilière… Entre-temps, sa valeur boursière a été divisée par sept. Engie est resté, mais sa valeur a été divisée par trois.

Dans le courant des années 1980 et 1990, les plus grandes entreprises françaises étaient industrielles et souvent proches de la commande publique, comme la Compagnie générale d'électricité, maison mère d'Alstom et d'Alcatel, la Compagnie générale des eaux ou Thomson, sans oublier les banques et les constructeurs automobiles. Aujourd'hui, ce sont les entreprises de biens de consommation, souvent contrôlées par des familles, qui s'imposent, comme LVMH, L'Oréal, Kering ou Pernod Ricard, et dont la puissance s'est construite sur l'exportation.

Une évolution qui met en lumière le point fort français dans le luxe, mais révèle aussi sa grande faiblesse. Les cinq premières entreprises américaines cotées sont, dans l'ordre, Apple, Google, Microsoft, Amazon et Facebook. La France, elle, n'a aucun champion du numérique dans le CAC 40.


En complément, pour illustrer la conclusion, voici la composition de l'indice Dow Jones*** :

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Sources :


(*) « LVMH détrône Total en tête du CAC 40 » - Les Echos – 4 mai 2017 L'article précise également que "Si LVMH est le porte-drapeau d’un secteur du luxe gagné par l’euphorie boursière (l’indice BI Europe Luxury Goods bondit de 27 % en 2017), Total est, lui, le symbole d’un secteur énergétique déclassé en Bourse. Il y a sept ans, Total, EDF et Engie faisaient partie du Top 5 des capitalisations du CAC 40. Aujourd’hui, Engie est tombé à la dix-neuvième place entre Safran et Nokia (avec une capitalisation de 32 milliards), alors qu’EDF a perdu sa place dans l’indice en 2015 et ne vaut plus que 21,5 milliards d’euros".

(**) "Transition énergétique" - Philippe Escande - Le Monde - 5 mai 2017

(***) "Companies - The rise of the superstars" - The Economist - September 17th, 2016

A lire également nos précédents billets sur la transition énergétique :
- Le XXIème siècle sera électrique pour Total
- L'actuelle révolution industrielle s'annonce plus équitable que la précédente

Et nos précédents "jeux" :
- Qui pilote la ville résiliente ? (jeu des 5 différences à la fin du billet)
- Combien de poissons d'avril ?
- Avec qui ferons-nous la ville demain ?
- Commentaire d'affiche - Marketer le Grand Paris



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mardi, 11 avril 2017

Maires des grandes villes du monde, ne laissez pas les habitants se garer gratuitement dans la rue !

Le magazine The Economist n'est pas à proprement parler ce qu'on pourrait appeler une revue d'urbanisme... Et pourtant, il consacre quatre pages d'analyse très fouillée à l'enjeu du stationnement dans les grandes villes du monde... que tous les urbanistes devraient s'empresser de lire.


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Il insiste d'abord sur le fait que les règles de stationnement déterminent la physionomie des villes, bien plus que le transport public, les pistes cyclables, ou l'élégante architecture. Souvent très généreuses, comme les "parkings minimums" aux Etats-Unis, elles créent des déserts d'asphalte.

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Surtout, l'article fait le constat que le stationnement sur voirie est quasiment gratuit pour les résidents dans la plupart des villes du monde, et insiste sur l'ineptie que cela constitue. "Don’t let people park for free !", exhorte l'article. Avec 5 arguments :

- le stationnement gratuit aggrave le trafic automobile. Le décalage entre le prix (très faible) du stationnement sur voirie et le prix (prix de marché) du stationnement dans un garage incite les gens à rechercher une place. Et cette recherche de place est une cause majeure du trafic automobile. Le record serait détenu par la ville de Fribourg, en Allemagne, où 74% des voitures en circulation seraient à la recherche d'une place où se garer.

- le stationnement gratuit freine l'innovation dans les transports : "une autre raison de faire payer pleinement le parking est que cela accélèrera la révolution du transport. (...) Un autre avantage des voitures autonomes est qu'elles n'ont pas besoin de se garer - mais ce n'est une opportunité que là où se garer coûte". (*)

- le stationnement gratuit renchérit le coût de l'immobilier. Par exemple, il contribue à augmenter des deux-tiers le coût d'un centre-commercial à Los Angeles - et presque du double s'il s'agit de parking en ouvrage.

- le stationnement gratuit est injuste : "Le stationnement gratuit, bien-sûr, n'est pas réellement gratuit. Le coût de construction des parcs de stationnement, ainsi que leur entretien, éclairage, maintenance et mise en sécurité sont transférés aux utilisateurs des bâtiments auxquels ils sont rattachés. Les prix des repas dans les restaurants ou des tickets de cinéma sont plus élevés ; les logements sont plus chers ; les salariés des bureaux sont vraisemblablement moins bien payés. Tout le monde paye, qu'il conduise ou pas. Et ceci a une effet de redistribution indésirable, car les personnes jeunes conduisent un peu moins que les personnes plus âgées et les pauvres moins que les riches. En Amérique 17% des Noirs et 12% des Hispaniques qui vivent dans les grandes villes prenaient régulièrement le transport public pour aller travailler en 2012, alors que 7% des Blancs le faisaient. Le stationnement gratuit représente une subvention pour les personnes âgées qui est payée de manière disproportionnée par les jeunes et une subvention pour les riches par les pauvres".(**)

- le stationnement gratuit prive les villes d'une ressource potentiellement élevée. Dans une zone avec une forte demande, les revenus peuvent être très importants. Les gouvernements locaux pourraient dépenser cet argent comme ils le souhaitent, dans des beaux jardins comme dans des forces de sécurité (***).

Et le journal de conclure que beaucoup de villes occidentales sont déjà façonnées par des parkings, à des prix dérisoires, en nombre excessif, mais que ce n'est pas trop tard pour les villes d'Asie et d'Afrique qui pourraient être les grandes métropoles de ce siècle. Dans la plupart, les conducteurs de voiture n'y dictent pas encore les lois de planification urbaine, et les résidents ne sont pas encore habitués aux parkings gratuits. Aussi, déployez les parcmètres et les pervenches. Les villes doivent être pour les personnes, pas pour des caisses de métal immobiles (****).

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Cet article rejoint plusieurs de nos convictions :

- il faut révéler les péréquations invisibles dans la ville, de même qu'il faut repenser le modèle économique des espaces publics (cf. notre étude sur les nouveaux modèles économiques urbains, ici, et notre article dans Futuribles : "la ville restera-t-elle gratuite ?", ici)

- l'organisation du stationnement présente, en une sorte de condensé, un aperçu de l'ensemble des nouvelles problématiques de l'économie urbaine (lire ici notre article sur "la nouvelle économie du stationnement", paru dans la Revue Foncière en 2014 (ici), téléchargeable ici).


Dans tous les cas, en France, cette réflexion va être d'actualité avec la dépénalisation du stationnement, et les nouvelles libertés de tarification laissées aux maires. A suivre donc !

A lire également nos précédents billets qui traitent du stationnement, notamment :
- Data-driven cities ?
- Polly ou la fée du parking


Sources :
"Aparkalypse now" - The Economist - April 8th 2017
"Sacred spaces" - The Economist - Apri 8th 2017

(*) traduction ibicity. Extrait du texte original : "Another reason to charge fully for parking is that it will speed a welcome transport revolution. If self-driving cars are eventually allowed to trundle around by themselves, picking up and dropping off person after person, they might render many car parks unnecessary. That would be wonderful. But this future will arrive more quickly if governments raise the price of parking. Autonomous vehicles will be nice for everyone, because they will let people get on with something worthwhile as they travel. But another big advantage is that they need not be parked—which is only a boon where parking costs money".

(**) traduction ibicity. Texte original : "Free parking is not, of course, really free. The costs of building the car parks, as well as cleaning, lighting, repairing and securing them, are passed on to the people who use the buildings to which they are attached. Restaurant meals and cinema tickets are more pricey; flats are more expensive; office workers are presumably paid less. Everybody pays, whether or not they drive. And that has an unfortunate distributional effect, because young people drive a little less than the middle-aged and the poor drive less than the rich. In America, 17% of blacks and 12% of Hispanics who lived in big cities usually took public transport to work in 2013, whereas 7% of whites did. Free parking represents a subsidy for older people that is paid disproportionately by the young and a subsidy for the wealthy that is paid by the poor".

(***) traduction ibicity. Extrait du texte original : "Cities should stop trying to increase the supply of parking and rigging the market in favour of homeowners. Instead, they should raise prices until the streets and the car parks are nearly, but not quite, full - and charge everybody. Residents will complain about the loss of their privileges. But if they live in a area of high demand, the revenues from the streets will be enormous. Local governments could spend the money on whatever they like, from beautiful gardens to security guards".

(****) traduction ibicity. Texte original : "Many Western cities have already been bent out of shape by excessive, poorly priced parking. But it is not too late for the African and Asian cities that could be this century’s great metropolises. In most, driving is not yet so widespread that motorists can dictate planning rules, and residents are not used to free parking. So roll out the meters and the wardens. Cities should be for people, not for stationary metal boxes".



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Veille sur les nouveaux entrants de l’immobilier [Extraits de presse janvier à mars 2017]

On trouvera ci-après quelques extraits d'articles de presse sur les mutations de l'immobilier, classés par ordre chronologique. (C'est nous qui soulignons - passages en gras).

Lorsque le frigo devient la star de la maison connectée

Les usages offerts par l’intelligence artificielle vont se tailler la part du lion dans les annonces faites au CES (Consumer Electronic Show). Cette tendance s’est notamment illustrée dès mercredi par les modèles de frigo présentés tour à tour par LG et Samsung Elément central de la vie familiale, le réfrigérateur en devient l’un des interlocuteurs à qui l’on s’adresse pour faire ses courses, avec l’intégration du système Alexa d’Amazon – chez LG – ou pour écouter un morceau de musique, par exemple chez Samsung.

Ces annonces s’inscrivent aussi dans la continuité du développement de l’Internet des objets et de la maison connectée. La tendance se confirme en 2017. LG a présenté son nouvel assistant permettant de contrôler par la voix son aspirateur, ou de modifier la température de l’air conditionné, si le système n’a pas anticipé de lui-même votre besoin. Plusieurs start-up françaises occupent également ce créneau : Sen.se et ses capteurs connectés ont été récompensés d’un CES Innovation Award 2017, Netatmo a noué un partenariat avec Legrand pour interagir avec les prises et les interrupteurs de la maison ; et MyFox, désormais sous l’étendard Somfy, présente une nouvelle caméra de surveillance connectée.

La connectivité, c’est aussi ce qui fait des automobiles les grandes vedettes du CES.

« Voitures et intelligence artificielle, stars de Las Vegas » - Le Monde – 6 janvier 2017


Lorsque la disruption de l’immobilier est nécessaire

La semaine dernière se tenait le Simi, rendez-vous annuel des professionnels de l'immobilier d'entreprise. Avec la part belle faite au futur du secteur, où des nouveaux acteurs (le site Bureaux à partager, par exemple) et des nouveaux usages sont déjà bien installés. Mais si l'immobilier d'entreprise a déjà entamé son aggiornamento, on ne peut vraiment pas dire la même chose du logement. Le prix moyen de l'immobilier a augmenté en France de plus de 150 % en 15 ans quand, dans la même période, il a augmenté de 10 % en Allemagne. Certains économistes y voient d'ailleurs une explication fondamentale de la supériorité économique allemande sur la France.

Et cette crise n'est pas uniquement foncière et financière, elle est aussi celle des usages. Nous pensons à nos grands-parents locataires qui n'ont jamais songé à posséder leur logement. Nos parents pour qui il était impensable de ne pas acheter. Notre génération qui aura emprunté à un taux quasi nul. Dans quelles conditions nos enfants auront-ils un toit sur la tête demain ? Encore aujourd'hui les Parisiens ont toujours une préférence pour le haussmannien et sont plus de la moitié à vivre seuls dans leur logement. Les espaces vides dans les grandes villes se comptent en milliers de mètres carrés.

Au même moment, les jeunes fuyant le syndrome Tanguy sont rappelés à l'ordre par la caution qu'ils doivent obtenir de leurs parents et le prix exorbitant des loyers au mètre carré, en particulier pour les petites surfaces. Les familles se recomposent dans des espaces qui ne sont pas élastiques ; la gentrification enfin, bien qu'elle permette le renouvellement des habitats, ne respecte pas les équilibres urbains… Pendant ce temps-là, le numérique disrupte sans compter. Airbnb, dans l'immobilier de tourisme ou Uber ont démontré que l'usage, le « à-la-demande », l'emportera désormais sur la propriété. C'est que l'immobilier résidentiel peut être le secteur d'une transformation numérique heureuse. Et l'Europe est toujours en mesure d'y créer, sans faire rire, « son Google ».

« Disruption nécessaire pour l’immobilier » - Le point de vue de Stéphane Distinguin, Président de Fabernovel, et John Van Oost, Président de Fluxus – Les Echos – 8 décembre 2016


Lorsque banques et assureurs s’essaient au co-working

Banquiers et clients ne seront plus les seuls à pousser régulièrement la porte des agences bancaires. C'est le pari que font certains établissements en ouvrant leurs points de vente à des autoentrepreneurs et autres salariés en déplacement et en quête d'un bureau de passage. Le principe, porté par la jeune pousse bordelaise Base 10 (voir ci-dessous), est embryonnaire, mais il séduit déjà plusieurs acteurs de poids. Depuis fin 2016, Société Générale propose par exemple de faire du « co-working » dans une vingtaine d'agences de la région Nouvelle-Aquitaine. (…) Facturés quelques dizaines d'euros ou offerts gratuitement à la Banque Populaire du Sud, ces services visent en priorité à animer des points de vente de moins en moins fréquentés par les clients. « L'objet n'est pas de rentabiliser des bureaux vacants mais bien d'accueillir des acteurs économiques de toute sorte pour créer des liens avec eux et générer de nouvelles opportunités commerciales. Nous voulons utiliser cette expérience à titre de laboratoire pour mieux nous connecter avec la vie économique locale », indique Pierre Cordier, directeur général de Groupama Centre-Atlantique. Pour les banques et les assureurs qui se digitalisent, ces nouvelles pratiques permettent aussi d'introduire plus de flexibilité dans l'organisation du travail de leurs collaborateurs : « Le modèle de structures fermées en bocal à vécu ! », atteste, Bruno Goichon, secrétaire général de Groupama Centre-Atlantique.

« Banques et assureurs s'essaient au "co-working" » – Les Echos – 16 janvier 2017


Lorsque les espaces de travail sont partagés

La start-up bordelaise a développé une application mobile de partage et de réservation d'espaces de travail. Une façon pour les entreprises de rentabiliser leurs bureaux vides, mais aussi de communiquer. (…) Avec un modèle économique simple. Pour l'offreur d'espaces de travail, la présence sur la plate-forme est gratuite. Celle-ci se contente de prélever une commission sur les sommes encaissées, avec un tarif calculé à la demi-journée : 15 euros pour un bureau, 9 euros pour une place de travail et 3 euros par personne pour une salle de réunion.

« Base 10 veut devenir le BlaBlaCar des bureaux d'entreprise » – Les Echos – 16 janvier 2017



Lorsque les nouvelles technologies peuvent bouleverser la chaîne de l’immobilier

Au CES 2017 à Las Vegas, l'immobilier - « real estate » en anglais - ne laissait entrevoir que de maigres promesses, se limitant aux objets connectés de la maison intelligente. Alors que le transport est en train de vivre sa mue, que la production d'énergie devient plus soutenable et que l'agriculture va nourrir des milliards d'êtres humains supplémentaires, l'immobilier est toujours plus cher à produire, les conditions de logement ne progressent pas, la montée en gamme des bâtiments existants est lente... Aujourd'hui, une partie des difficultés économiques mondiales résident dans la mauvaise santé de ce secteur, en pleine « maladie des coûts », incapable de générer les gains de productivité attendus. (…) Différentes technologies ont le potentiel de bouleverser toute la chaîne de valeur du secteur immobilier. Un certain nombre d'entre elles sont déjà connues et ont été opérationnellement éprouvées. Il s'agit autant du « crowdfunding » que du Building Information Modeling, de la « blockchain » que des drones, de l'analyse prédictive que des capteurs.

Une myriade de jeunes entreprises est désormais en train de combiner ces briques technologiques pour aboutir à des modèles économiques susceptibles de générer de réels gains de productivité. Le coût du capital apporté par les investisseurs, le coût du travail réalisé par le constructeur, les frais d'intermédiation et de gestion des bâtiments prélevés par les notaires ou les syndics tout comme les charges d'occupation des logements et bureaux versés par les consommateurs vont diminuer et permettre la montée en gamme du secteur. (…) Dans cette révolution, la France a un rôle particulier à jouer. Notre pays a été le pionnier de la première révolution technologique de l'immobilier au XIXe siècle avec des figures comme Louis Vicat inventant le ciment artificiel, Joseph Monier et François Hennebique découvrant le béton armé, le baron Haussmann redessinant Paris, et enfin Eugène Freyssinet brevetant le béton précontraint. Avec Bouygues, Saint-Gobain, Eiffage, Axa Real Estate, Lafarge, Unibail, Vinci, le Mipim, nous avons la chance de conserver de très grands groupes mondiaux, couvons dès aujourd'hui les licornes qui seront leurs égaux demain.

« La France doit fédérer les futures start-up de l’immobilier » - Le point de vue de Vincent Pavanello et de Robin Rivaton – Les Echos – 17-1-2017


Quand une start-up achète et revend des logements grâce au big data

La start-up Opendoor vise les biens dans les villes de taille moyenne et a déjà vendu 4.000 maisons. Après une nouvelle levée de fonds fin 2016, la jeune pousse est valorisée 1,1 milliard de dollars. (…) La société, créée fin 2014, propose aux propriétaires souhaitant vendre leur bien de remplir en ligne un formulaire très détaillé (le plan de travail de la cuisine est-il en granit ou en marbre ? Y a-t-il des taches sur les prises électriques ?). A partir de ces éléments et de ceux d'une douzaine d'autres bases de données (proximité des transports, sécurité du quartier...), leur algorithme établit un prix en quelques heures, sans visite d'un agent.

Si les propriétaires acceptent l'offre, OpenDoor envoie un inspecteur vérifier la conformité de la description à la réalité, puis paie les propriétaires. Le processus peut prendre quelques jours seulement, assure la société. Du côté de l'achat, OpenDoor simplifie également la recherche en permettant des visites 24 heures sur 24 grâce à un dispositif sur la porte permettant de recevoir un code par texto. Elle offre aussi une garantie permettant à l'acheteur d'être remboursé au bout de 30 jours s'il n'est pas satisfait par la maison.

Son business model repose sur la revente du bien à un prix supérieur à celui d'achat. Selon un échantillon de 200 maisons examinées par le « Wall Street Journal », OpenDoor a réalisé un profit de 10.000 à 15.000 dollars sur chacune. Cela lui a permis de réaliser 50 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2016 selon « Forbes », qui indique que la société prévoit de multiplier ce chiffre par 4 en 2017.

La société repose sur le savoir-faire de la Silicon Valley dans le traitement des données mais ne vise pas le marché immobilier de cette région, ni des grandes métropoles, comme New York ou Los Angeles, où le besoin est moindre car les transactions se font rapidement - une trentaine de jours à San Francisco en moyenne. Elles excluent les maisons délabrées, trop coûteuses à retaper, et celles luxueuses, dont le juste prix est plus difficile à évaluer par un algorithme, pour se concentrer sur celles valant entre 125.000 et 500.000 dollars, dans des villes comme Phoenix et Dallas, les deux seules où son service est actuellement disponible. Sa cible est composée de propriétaires souhaitant déménager rapidement, pour commencer un nouvel emploi par exemple, et qui sont prêts à accepter une offre un peu moins avantageuse pour gagner du temps. Car si le prix de revente proposé par OpenDoor avoisine souvent ceux des agences classiques, la société double la commission de 6 % traditionnellement prélevée par les agents immobiliers par une autre entre 1 et 6 %, basée sur le risque de la transaction. (…) Son business model est cependant bien plus risqué que les autres sociétés de la Silicon Valley s'étant déjà attaquées à ce secteur, comme Zillow, une place de marché mettant en relation acheteurs et vendeurs, car Opendoor achète lui-même les maisons, en empruntant massivement. Et si le marché se retourne, les reventes à perte risquent de se multiplier.

« Opendoor la licorne californienne qui supprime les agents immobiliers » – Les Echos – 25 janvier 2017


Lorsqu’un promoteur devient opérateur de services immobiliers

Avec quelque 160 métiers, Nexity couvre à peu près tous les besoins immobiliers d'une personne ou d'un ménage, quels que soient son âge et son milieu social : le promoteur fabrique des logements et des bureaux, les réseaux d'agences immobilières les vendent - y compris à des bailleurs sociaux - ou les mettent en location, les administrateurs de biens les gèrent pour ceux qui les louent, qu'ils soient clients d'un côté, étudiants, familles, personnes âgées ou de l'autre, collectivités, entreprises, investisseurs institutionnels ou particuliers...

Jusqu'alors organisés en silos, par produit (terrains, bureaux, logements, services), les équipes seront désormais regroupées dans une organisation verticale en fonction du client final. « En fait, nous ne sommes pas une société immobilière mais une plate-forme de services à l'immobilier », explique Alain Dinin. « Nous fournissons déjà et fournirons à l'avenir beaucoup plus de réponses en termes d'usages que de produits », ajoute le président du groupe, exemples à l'appui : « Un ménage client chez nous a-t-il besoin de revendre ? De faire estimer un bien ? De louer un studio pour un enfant ? De trouver une maison de retraite pour un parent ? De déménager ? De réserver un bureau pour quelques jours ? Nous devons modifier nos organisations pour qu'un client ait une seule réponse même si plusieurs métiers du groupe ont à intervenir. »

Côté collectivités locales, « face à un élu sur un grand projet urbain, demain, il n'y aura plus qu'un seul interlocuteur Nexity », précise Alain Dinin. Dans l'idée de conquérir de nouveaux marchés et de rentabiliser le plus possible les clients comme les prospects.

« Nexity veut muter en plate-forme de services immobiliers » - Les Echos – 24 janvier 2017


Lorsque le numérique permet d’associer les riverains à la conception de leur futur quartier

Et si on associait les habitants ou les riverains à la conception de leur futur quartier ? C'est l'enjeu d'Immersite, un outil mobile numérique de concertation conçu par Nobatek, un centre de ressources technologiques spécialisé dans le bâtiment. « Les systèmes de réalité virtuelle sont spectaculaires, mais encore coûteux. Nous avons voulu un outil plus abordable », explique Maxime Comminges, chef de projet. L'outil a été développé avec le logiciel Edddison, qui permet d'interagir avec des images 3D. Sur la table qui est devant lui, l'utilisateur déplace une figurine sur un plan. Et, comme s'il se promenait dans son futur quartier, les images de synthèse en 3D correspondant exactement à sa déambulation s'affichent sur l'écran. Utilisable en groupe et par n'importe qui, l'outil se veut également interactif en permettant de proposer des modifications.

« Immersite fait plonger les habitants dans leur futur quartier » - Les Echos – 7 février 2017


Lorsqu’on ne commercialise plus des mètres carrés mais une expérience

WeWork, qui revendique 90 000 membres au niveau mondial, est loin d’être seul sur le créneau. Ces nouveaux lieux adaptés au monde du numérique ont éclos un peu partout, ringardisant les centres d’affaires Regus, les baux rigides, résiliables tous les trois ans et les coûteux dépôts de garantie. On ne commercialise plus des mètres carrés, mais un cadre de vie et des rencontres. « Nous sommes une plate-forme de créateurs et d’entrepreneurs. Nous créons une communauté mondiale, où il y a une véritable émulation collective, comme dans la Silicon Valley. 50 % des membres font du business ensemble », vante Séverin Naudet, le patron France de WeWork.

Même discours chez Nextdoor, la filiale de Bouygues Immobilier, créée en 2014, concurrente de WeWork. « Nos clients viennent chez nous parce que c’est simple et pas cher, c’est un accélérateur de business et surtout ils y trouvent une atmosphère bienveillante », lance son président Philippe Morel, qui compte parmi ses clients Renault, HSBC ou RTE.

Ces services ont un coût. Avec des prix fixés entre 450 et 665 euros par mois par poste de travail, le français et l’américain visent des entreprises déjà confirmées, qu’il s’agisse de PME, ou de grandes institutions. « Dans nos locaux actuels, nous payons moins cher mais nous n’avons pas le niveau de service et les espaces dont nous avons besoin », témoigne Philippe Rodriguez, d’Avolta. « A service équivalent, nous sommes 20 % à 25 % moins chers », assure M. Naudet.

Au-delà de l’ambiance et du réseau, c’est surtout de la flexibilité que viennent chercher les entreprises, qui grandissent et maigrissent régulièrement. Pour un grand groupe, cela évite par exemple de louer un étage supplémentaire pour un projet de quelques mois. « On ne peut pas à la fois faire du business et gérer ses locaux. Il faut choisir », admet M. Rodriguez.

La start-up française Bureaux à partager (BAP), qui ne dispose pas des mêmes moyens que WeWork, rénove à peu de frais des espaces vacants en attente de travaux. La durée d’occupation est forcément courte, mais les prix sont plus compétitifs. « On inaugure les 7 000 mètres carrés d’une école restée vide pendant sept ans avenue Trudaine. Ceux qui viennent savent que ce n’est pas pour très longtemps, mais les entreprises sont de plus en plus mobiles. Déménager leur coûte toujours moins cher qu’un bail longue durée », explique Clément Alteresco, fondateur de BAP.

« WeWork relance la bataille du coworking » – Le Monde – 17 février 2017


Lorsque l’immobilier se met à innover

Enfin du neuf ! Le Salon de l'immobilier d'entreprise, le Mipim, va peut-être prendre un coup de jeune et les jeans baskets mettre un peu de couleur parmi les costumes gris des brokers anglais sur la Croisette, à Cannes, ces prochains jours. Les « PropTechs " ? pour « property and technology » ?, les start-up qui se penchent depuis quelques années sur le monde de la construction et de l'immobilier, font une entrée en force parmi les promoteurs, les banques et les investisseurs.

« La pierre prend un coup de jeune » - Les Echos – 14 mars 2017 – Supplément spécial Mipim : « Immobilier : un secteur enfin prêt à innover ».


Lorsque les locataires bruyants sont détectés à distance

De Paris à Barcelone, le boom de la location touristique courte durée a aussi été celui des troubles de voisinage. La jeune pousse barcelonaise Smart Things & Friends surfe sur la vague. La start-up a inventé un boîtier, Roomonitor, qui permet aux bailleurs de contrôler à distance le niveau sonore dans leur logement occupé. Il s'agit d'un sonomètre (enregistrant le niveau sonore, pas les conversations) rendu communicant par une connexion en wi-fi et combiné à un logiciel développé par l'entreprise. « Le boîtier alerte par SMS et par appel téléphonique le locataire et/ou le bailleur et/ou l'agence de location si un bruit excessif est détecté », explique Dominic Bahmani Fard, responsable du développement international.

Les décibels ne suffisent pas à cerner une situation, car tout dépend de l'épaisseur des murs, de la résonance dans l'appartement, etc. Trois niveaux sonores sont définis et l'alerte est déclenchée par plus de cinq pics de bruit au niveau le plus élevé en sept minutes. « Les algorithmes se raffinent, poursuit-il. Nous en développons encore de nouveaux, pour identifier un bébé qui pleure, par exemple, ou un volet qui claque et éviter les alertes inutiles. » (…)

Pendant que Roomonitor veut conquérir l'Europe, un produit similaire vient d'apparaître aux Etats-Unis, NoiseAware, qui cible pour l'instant le seul marché américain. De son côté, la start-up barcelonaise vient de lancer un second boîtier, Hub A & C, qui démarre fort. Celui-ci permet de détecter quand l'occupant quitte l'appartement et coupe la climatisation s'il ne l'a pas fait. Une source d'économies potentiellement importante pour un bailleur en Espagne.

« Le boîtier qui détecte les locataires bruyants arrive en France » - Les Echos – 20 mars 2017


Lorsqu’on ne commercialise plus des mètres carrés mais une expérience (bis)

WeWork ouvrira son premier immeuble en France le 2 avril, rue La Fayette à Paris, dans l'ancien siège d'Areva. Le bâtiment de 12.000 mètres carrés accueillera 3.200 startuppeurs, free-lances, designers… Un deuxième suivra avant la fin de l'année, dans le Marais, rue des Archives (7.000 mètres carrés) (…) WeWork c'est une plate-forme à la fois physique et technologique dédiée aux créateurs, aux entrepreneurs et aux grandes entreprises. La première plate-forme mondiale du genre. (…) WeWork analyse les données d'usage de ses espaces par ses membres grâce à l'intelligence artificielle. Un algorithme d'apprentissage automatique peut assez précisément prévoir comment une disposition de salle et de bureaux sera utilisée avant même que la construction ne commence. WeWork est aussi un réseau en ligne qui permet à une communauté de plus de 100.000 personnes d'interagir au quotidien. Un entrepreneur français peut ainsi créer un lien direct en quelques minutes avec un partenaire en Chine, à Londres ou à San Francisco. 50 % de nos membres font du business ensemble, WeWork est donc un levier de croissance. (…) WeWork est une plate-forme, son premier revenu est donc l'abonnement des membres, qui inclut tous les services. Après, WeWork explore tous les types d'accord avec ses partenaires et les propriétaires. (…) Les entrepreneurs français sont parmi les plus innovants. Ils ont été les premiers à largement adopter des plates-formes, Facebook, LinkedIn, Twitter, qui ont changé le marketing, la publicité, la relation commerciale. Ils sont dans la même logique pour leur environnement de travail. Ils attendent une plate-forme qui va changer leur expérience au quotidien et modifier leur rapport avec l'environnement économique. Nous voulons offrir la meilleure expérience possible. (…) Nous allons nouer des partenariats avec les incubateurs et les principaux acteurs de l'écosystème des start-up à Paris. WeWork fait, par ailleurs, toujours appel à de très nombreuses start-up pour l'ensemble de ses services afin de faire travailler au maximum l'écosystème économique local.

« L’écosystème WeWork constitue un levier de croissance » - Interview de Séverin Naudet, directeur général de WeWork France – Les Echos – 20 mars 2017


Lorsque l’innovation saisit l’immobilier

Les proptech (pour « property technology ») débarquent en force au Mipim, le Salon de l'immobilier d'entreprise qui ouvre pour trois jours à Cannes : 300 start-up parmi les participants et une soixantaine d'exposants, soit 30 % de plus qu'en 2016. Le filon des proptech est profond : le monde de l'immobilier n'avait pas jusqu'alors la réputation d'être très aventureux. Mais il va devoir s'adapter, sous la pression des usagers, habitants ou salariés (en tout cas de leurs manageurs) obsédés par le covoiturage, le co-living, le co-working...

« L'innovation dans le secteur était surtout due aux fabricants de matériaux qui dépensent beaucoup pour en inventer de nouveaux, explique Thomas Le Diouron. La nouveauté vient des nouveaux usages qui utilisent l'économie numérique et ouvrent la porte à de tout petits acteurs. » Dans ce secteur, les bonnes idées courent les rues et ne coûtent pas forcément cher. La liste est longue et encore incomplète de la meilleure manière d'utiliser l'espace vide dans les bureaux ou les parkings, des plates-formes d'e-commerce ou de mise en relation dans des secteurs, comme le notariat, réclamant d'importantes garanties juridiques, entre acheteurs et vendeurs, occupants et gestionnaires d'immeuble. La consommation d'énergie, réelle et garantie, demeure aussi un sujet stratégique, comme le financement immobilier, voire urbain, via le crowdfunding. Le traitement des données pour qualifier ou identifier la demande, les visites virtuelles... est par ailleurs en plein essor.

« Les proptech en vedette au Mipim » - Les Echos – 15 mars 2017



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jeudi, 23 mars 2017

ibicity dans "On va plus loin" sur les maires et les villes

Hier, mercredi 22 mars, l'Association des Maires de France (AMF) avait invité les 11 candidats à l'élection présidentielle à venir présenter leurs projets. Avec deux sujets de préoccupation principaux : la baisse des dotations aux collectivités locales et l’accès aux services publics sur tout le territoire. Leurs interventions sont retranscrites ici.

A cette occasion, ibicity était l'invitée de l'émission "On va plus loin", animée par Sonia Mabrouk, sur Public Sénat, aux côtés notamment de Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire-général de l'AMF.

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La vidéo peut être visionnée ici (ou ici sur youtube).


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A voir également, notre intervention dans une précédente émission de "On va plus loin" : ici.



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