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mercredi, 16 mai 2012

Gurgaon, ville privée à l'indienne

Le Monde daté d'hier consacre une pleine page à Gurgaon, cette ville "privée" de plus de 1,5 millions d'habitants située à une trentaine de kilomètres de Delhi.

Premier extrait :

"Le modèle de Gurgaon symbolise cette nouvelle urbanisation de l'Inde, menée par les seuls promoteurs immobiliers, sans planification, à l'écart de toute gouvernance publique. "L'Inde est dans ses villages" avait coutume de dire Gandhi. Depuis son indépendance, le pays n'a jamais fait de la politique de la ville sa priorité. Mais avec la deuxième plus forte croissance économique du monde, les agglomérations sont devenues incontournables. D'après les prévisions du cabinet McKinsey, le pays devrait compter, d'ici 2030, 68 villes de plus d'un million d'habitants, soit le double de l'Europe".

Second extrait (interview du géographe Frédéric Landy) :

"Les riches font sécession : ils se coupent de la société, de la vie démocratique. Ils se contentent de gouvernements technocratiques, les promoteurs assurant les fonctions de municipalité. Ainsi, ils ne font plus pression sur les pouvoirs publics pour forcer l'amélioration des autres quartiers. C'est grave, car l'histoire du développement des villes en occident, au XIXè siècle, s'est faite par la pression des bourgeois sur l'Etat pour obtenir des progrès sanitaires, et ainsi les protéger des épidémies".

Nous avions visité Gurgaon, fin 2009, dans le cadre d'une mission prospective pour PSA sur les villes indiennes. Cette visite, suivie notamment de celles d'Hyderabad et de Mumbaï (Bombay), nous avait conduit à publier une tribune dans le Monde : "Grand Paris ou grand écart : la ville de l'après-Kyoto ne doit pas être celle de l'avant-Mumbaï" (téléchargeable ici) :

"Avec ses enjeux urbains exacerbés, Mumbai fonctionne comme un miroir grossissant de l'évolution des plus grandes villes mondiales, et nous ramène à... Paris. En premier lieu, Mumbai nous montre que la qualité du cadre de vie peut ne pas être la finalité première des politiques urbaines. Là-bas, le développement urbain est d'abord un outil de développement économique. Selon "Mumbai vision", le plan de développement élaboré par la société de conseil McKinsey pour le compte de l'autorité métropolitaine, il doit permettre d'inscrire la capitale économique indienne dans la compétition internationale entre villes ; il faut "embellir" la ville, réduire les "slums" (bidonvilles), la rendre attractive pour les entreprises et les cadres, notamment étrangers, et résoudre les problèmes de congestion automobile et d'insuffisance énergétique qui l'empêchent de fonctionner."

Gurgaon

Cela nous avait aussi conduit à nous interroger (dans un texte non publié) sur la place de l'urbaniste. Nous écrivions alors - mais cela est encore plus vrai aujourd'hui : "La ville change. Les mécanismes de production urbaine sont aujourd’hui en plein bouleversement sous l’effet de trois phénomènes conjugués : recomposition des acteurs publics et privés, nouvelles logiques du développement durable et développement des nouvelles technologies. Dans ce contexte, l’urbaniste voit sa place se modifier au point d’être menacé de décrochage : la plupart de ceux qui font la ville aujourd’hui ne sont pas « urbanistes ». Qu’on en juge. Avant, Le Corbusier dessinait la ville nouvelle de Chandigarh, maintenant ce sont des promoteurs privés (DLF à Gurgaon), des entreprises technologiques (Cisco à Bengalore) ou des cabinets de conseil en stratégie (McKinsey à Mumbai) qui conçoivent les villes indiennes. C’est également le cas en France : le quartier des Berges du Lac à Bordeaux est piloté par Bouygues, les Docks de Saint-Ouen par Nexity, Unibail influence fortement le projet du Forum des Halles à Paris… Cette évolution s’explique pour deux raisons. D’abord, l’urbaniste se limite souvent à une approche spatiale de la ville. Or, celle-ci n’est pas forcément la plus adaptée, qu’il s’agisse de résoudre les problèmes des quartiers sensibles (« pour casser les ghettos, il faut s’occuper autant des gens que des lieux » ) ou de rendre le territoire compétitif sur le plan économique. De plus, le rôle de l’urbaniste se situe habituellement, en amont du projet urbain, auprès de la collectivité locale ou de l’aménageur public. Mais le processus de fabrication de la ville est de moins en moins séquentiel et résulte désormais d’un système d’acteurs complexe : de nouveaux « intégrateurs urbains » font leur apparition, qui rentrent dans le champ de l’urbain par la gestion de l’énergie (Veolia, Suez, Siemens), par les systèmes d’information (IBM, Google) ou par le financement (promoteurs et investisseurs immobiliers)". (...)

Sources : ''Gurgaon, symbole terni des villes privées indiennes" - Le Monde - 15 mai 2012 "Grand Paris ou grand écart : la ville de l'après-Kyoto ne doit pas être celle de l'avant-Mumbaï" - Isabelle Baraud-Serfaty - LeMonde.fr - 26 novembre 2009''

lundi, 30 avril 2012

"Demain, on sera tous brandés"

A lire dans Usbek & Rica de ce printemps 2012, une interview de Ludovic Houplain, cofondateur de H5, auteur de Logorama, ce film d'animation oscarisé qui a donnée vie à quelque 3000 logos.

photo logorama

Il explique en particulier que leur prochaine exposition, à la Gaîté Lyrique à Paris, montrera "comment, aujourd'hui, l'entreprise tend vers l'Etat et l'Etat vers l'entreprise. En gros, dans les années 1930-1940, les dictatures étaient dans la propagande et les entreprises faisaient leur boulot. Maintenant, les entreprises veulent s'insérer dans la société contemporaine, faire de la démocratie participative, alors que l'Etat veut être toujours plus rentable".

vendredi, 9 mars 2012

Un nuage de capitaux volants ?

Forcément, c'est avec beaucoup d'intérêt que nous avons lue l'interview de Ludovic Halbert parue dans les Echos d'hier, qui fait écho à "la ville des promesses" que nous évoquions dans notre billet précédent.

Extrait :

"Les investisseurs financiers renvoient l'image d'acteurs qui refusent d'être ancrés quelque part. A quelques exceptions près, ces acteurs immobiliers ne semblent pas souhaiter participer explicitement aux grands débats sur le développement urbain alors qu'ils en sont devenus, dans les faits, des acteurs de premier plan. Pour autant, le nuage de capitaux volant d'une ville à l'autre au gré des cycles immobiliers ne reflète qu'une partie de la réalité, d'ailleurs entretenue par la profession elle-même. Le marché tertiaire d'Ile de France est le second en Europe, les grands investisseurs n'ont d'autre choix que d'y être présents s'ils veulent appliquer le principe de diversification géographique des investissements. Ceci peut encourager les collectivités locales à s'organiser pour négocier avec eux plutôt que de subir leurs exigences. Aujourd'hui, ils sont en position pour faire « leur » marché, n'hésitant pas, parfois, à jouer de la concurrence entre des communes qui pourraient les accueillir. Ces acteurs savent s'organiser en lobbies pour préserver leurs intérêts. Ils sont moins prompts semble-t-il à intervenir collectivement dans le débat public, notamment sur le Grand Paris, alors que la place qu'ils occupent dans certains territoires le justifierait".

Téléchargez ici l'interview complète. "Les investisseurs ne prennent en compte qu'une partie des besoins" - Interview de Ludovic Halbert - Les Echos - 8 mars 2012

Ci-dessous, un stand russe au MIPIM, mars 2012.

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vendredi, 17 février 2012

De la crise du logement au défi de la ville

Tel est le titre de l'article que nous publions sur la toile à l'invitation du site Débat & Co.

"Le logement s’est invité dans la campagne présidentielle. On ne peut que s’en réjouir, tant ses enjeux sont cruciaux, et toutes les idées bonnes à débattre. Mais, paradoxalement, cette focalisation sur le logement rend encore plus manifeste la grande absente des débats politiques : la ville.

Cette absence de la ville peut s’expliquer pour plusieurs raisons. D’abord, l’élection présidentielle est nationale et pas locale. Sans doute peut-on également y voir une spécificité culturelle : Olivier Mongin, dans Télérama (numéro du 18 au 31 décembre 2010), soulignait ainsi que « Toute notre vision est centralisée. Rappelons la distinction de Fernand Braudel : l’Italie, focalisée sur la ville, est en manque d’Etat. La France, focalisée sur l’Etat, est en manque de ville. L’urbain n’y a jamais été que le prolongement de l’Etat. Cela s’est vu avec la construction des grands ensembles, puis avec la « politique de la ville » en direction des banlieues, et plus récemment avec le projet du Grand Paris ». Nombreux également sont ceux qui considèrent qu’il n’y aurait pas une spécificité du fait urbain et que, par exemple, les problèmes sociaux seraient d’abord sociaux avant d’être urbains.

Pourtant, la ville (entendue au sens large de vaste territoire urbain) est le lieu où s’incarnent aujourd’hui la plupart des grands défis contemporains.

Le premier défi, c’est celui du développement durable, et plus exactement, celui de la ville durable, les villes concentrant les principales émissions de gaz à effets de serre. Pour autant, il s’agit de ne pas se réduire au seul prisme énergétique, mais bien tout autant de traiter du défi de la densité qui est l’une des principales réponses à l’étalement urbain – qui est bien souvent, pour reprendre l’expression de Vincent Renard, un « étalement des pauvres », avec des conséquences sociales qui risquent d’être bientôt dramatiques avec l’envolée des prix du pétrole.

Le deuxième défi, c’est de penser un système de gouvernance adapté à la métropolisation, c’est à dire à ce phénomène de concentration autour des polarités principales, qui, s’il est le gage d’une certaine attractivité, emporte un risque significatif de fragmentation sociale et spatiale.

Enfin, le troisième défi, c’est celui de la privatisation de la ville, avec l’intervention d’acteurs privés de plus en plus concentrés et financiarisés, qui obligent les collectivités locales à réinventer leur rôle comme leurs moyens d’actions, dans un contexte financier public de plus en plus contraint.

Qu’on y prenne garde : les révoltes du Printemps arabe étaient d’abord des révoltes urbaines, et, en France, les très forts taux d’abstention aux dernières élections dans les banlieues « sensibles » doivent inviter à la plus grande vigilance. Certes, la fabrique de la ville est complexe et ne peut appeler de réponses univoques. Pour autant, « quelle ville voulons-nous, collectivement » est une question qui mériterait presque un référendum".

dimanche, 15 janvier 2012

La ville des promesses

Dans le cadre de son séminaire sur "les professionnels interpellent la recherche", qui s'est tenu le vendredi 13 janvier, l'ADEF nous a demandé d'intervenir sur la financiarisation de la ville. On trouvera ici le support de notre intervention : "La financiarisation de la ville entre recherche et pratique".

La citation :

« Faisant commerce de promesses, la finance est donc un lieu où se confrontent des « visions » de l’avenir. Les acteurs de la finance n’agissent qu’en fonction d’ « anticipations ». (…)

La question est donc : quelle est la nature de cette pensée de l’avenir qui détermine les actes sur les marchés financiers ? Comment se forme-t-elle ? S’enracine-t-elle dans l’observation du passé ? N’en est-elle qu’une simple extrapolation ? Ou a-t-elle une plus large autonomie ? Si c’était le cas, alors cette pensée serait agissante. La pensée de l’avenir façonnerait l’avenir. »

Pierre-Noël Giraud, Le commerce des promesses – petit traité sur la finance moderne - Points - 2009

Bonne année 2012

meilleurs voeux 2012

dimanche, 8 janvier 2012

"L'urbanisme mondialisé à la française"

Françoise Fromonot avait publié en 2005 un petit livre absolument passionnant sur le projet des Halles (La campagne des Halles - Editions La Fabrique - 2005)

campagne des halles

S'appuyant cette fois-ci sur l'opération d'aménagement des terrains Renault à Boulogne-Billancourt, elle publie dans la revue "D'A" de décembre dernier un article très stimulant sur "L'urbanisme mondialisé à la française". Elle y analyse notamment les évolutions de la fabrique urbaine et la nouvelle place des architectes-urbanistes dans ce contexte.

EXTRAIT :

"Ces opérations sont menées depuis des décennies par les mêmes aménageurs, qui embauchent des urbanistes en chef venus des mêmes horizons et puisent, pour remplir leurs plans-masses, leurs architectes dans les écuries habituelles. (...)

Des mutations de taille sont pourtant intervenues en trente ans. Si la mondialisation a entraîné une demande croissante d'icônes architecturales, elle a surtout réorganisé l'économie de l'immobilier et du bâtiment dans le sillage du capitalisme financier. En France, le secteur du BTP se résume maintenant à trois majors (Bouygues, Eiffage, Vinci) qui se partagent le plus gros des marchés de la construction, d'autant mieux qu'ils ont ramifié leur activité vers l'immobilier. Les déductions fiscales instaurées par l'Etat pour l'investissement dans le logement locatif neuf ont fortement stimulé la construction d'habitat, transformant celui-ci en produit financier aussi attractif qu'abstrait. L'offre des nouveaux quartiers tend à se calquer sur la commande de plans standardisés, anonymes, où leurs acquéreurs ne vivront pas. La crise énergétique et ses conséquences, l'obligation d'inscrire le développement durable à l'agenda de l'architecture et de l'urbanisme - favorisée par l'industrie de la construction, qui en convoite les débouchés, et par les promoteurs qui, surfant sur l'idéologie ambiante, font de l'écologie un argument de vente -, toutes ces évolutions ont dramatiquement accu les prescriptions auxquelles doivent se conformer les projets".

Fromonot

A lire également dans ce numéro de D'A un intéressant dossier sur : "L'attractivité des métropoles, nouveau sport ?"

jeudi, 29 décembre 2011

L'entreprise en paradoxes

Tel est le titre du dernier Mook (Book +Magazine) que viennent de publier les éditions Autrement.

Mook couverture

"Ce Mook est bâti autour de quatre oppositions dialectiques qui sont autant de zones de frottement et de lignes de tension qui "travaillent" l'entreprise comme la société : croissance-développement durable ; court terme - long terme ; fermé-ouvert ; individuel-collectif".

A l'intérieur du thème "développement durable", on y trouvera notre article "La ville durable n'est pas gratuite".

Mook

Extrait :

"Pour illustrer mon propos, je te propose un cas pratique, celui d’une zone industrielle d’environ trois cent hectares, en bordure de Seine, à moins de cinq kilomètres du périphérique parisien, et qui sera demain formidablement desservie par les transports en commun, et notamment le futur métro du Grand Paris. Tout le monde s’accorde à considérer que cette zone est idéale pour réaliser plusieurs dizaines de milliers de logements – dont il y a aujourd’hui un besoin crucial. Problème : le coût initial pour transformer cette zone industrielle en une zone mixte avec du logement est très élevé : la puissance publique doit acheter les terrains pour recomposer une armature viaire urbaine, il faut dépolluer, relocaliser quelques grandes emprises industrielles, construire des ouvrages de franchissement de la Seine et des voies ferrées pour améliorer sa desserte. Qui doit financer ce processus de transformation cher mais hautement durable ?

La plus-value immobilière (qui correspond à la différence entre le prix de vente des logements ou des bureaux et le prix d’achat des terrains) peut sembler une source attrayante. Mais, en France, l’importance du droit de propriété explique que l’achat des terrains au propriétaire initial se fait à un prix élevé, alors même qu’on ne peut majorer indéfiniment le prix de sortie des logements ou des bureaux, sauf à se retrouver hors marché ou à n’attirer que les clientèles les plus solvables. Le risque est alors, en matière d’habitat, d’entraîner un phénomène de gentrification (« embourgeoisement »), qui se traduit par le départ des populations initiales les moins solvables – d’où des enjeux pour les populations les plus démunies mais aussi de paupérisation des classes moyennes ; et, en matière d’activité, de chasser en lointaine couronne les PME-PMI industrielles qui ne pourront guère supporter des niveaux de loyer plus élevés que ceux d’aujourd’hui – ce qui soulève des problèmes de temps de transport, d’emploi et d’efficience des filières de production.

Le financement par l’impôt est aussi une option, mais se heurte à des questions d’acceptabilité sociale et d’échelle territoriale : in fine, est-ce à l’habitant-contribuable local de la commune d’implantation de le financer ? Au contribuable régional ? Au contribuable national ? Aux contribuables des autres communes de l’Ile-de-France ? Ou bien, est-ce aux contribuables les plus riches de payer pour les plus pauvres, par exemple aux bureaux de payer pour les activités industrielles ? Enfin, le financement peut se faire en faisant payer les usagers (des ponts sur la Seine et sur la voie ferrée, du futur métro du Grand Paris), mais là aussi l’acceptabilité sociale n’est pas évidente. Cet exemple illustre en tout cas que penser le financement de la ville durable, c’est faire des arbitrages qui sont certes financiers mais avant tout politiques. C’est aussi permettre de vérifier, a posteriori, que les choix politiques qui ont été faits au nom de la ville durable permettent effectivement une telle ville. On peut multiplier les exemples (...)".

mardi, 15 novembre 2011

La fabrique de la métropole

Tel est le thème d'un des axes du séminaire international "Paris, métropoles, le défi de la gouvernance" qui se tiendra les 1er et 2 décembre prochains, sous la houlette de Pierre Mansat.

defi gouvernance

A l'intérieur de cet axe, l'atelier 1, dont nous serons le rapporteur, s'intitule : "Métropole et équité territoriale". Partant du cas de la Ranstadt, aux Pays-Bas, il s'articulera notamment autour des deux questions suivantes :

- Qui sont les gagnants et les perdants de la métropole ?

- Quelle création, diffusion et partage de la valeur ajoutée métropolitaine ?

Les intervenants seront : Barrie Needham, Edward Soja, Géraldine Plieger, Sandra Moatti.

Ces ateliers feront l'objet d'une restitution ultérieure. En attendant on peut consulter le site dédié à l'évènement .

lundi, 3 octobre 2011

"La ville durable doit être rentable !"

Sous ce titre volontairement provocant, nous poursuivons notre réflexion sur les conditions de production de la ville durable. Cette communication vient d'être primée par la Fondation Prospective et Innovation et, à ce ce titre, est publiée avec dix autres contributions par la Documentation Française.


Impertinence

EXTRAIT :

"C’est désormais sur un modèle hors subvention qu’il va falloir aider les opérateurs privés à rendre rentables leurs projets « verts ».

En particulier, un axe essentiel à travailler est celui du risque. Chacun sait que, pour un investisseur (qu’il soit un investisseur institutionnel ou un « petit » investisseur individuel personne physique), c’est moins la rentabilité qui compte que le couple rendement / risque : autrement dit, tout facteur permettant de limiter son risque est de nature à faciliter son intervention.

Or ce travail sur la maîtrise des risques, la manière de les évaluer et de les répartir, n’est pertinent que lorsque tout le monde est autour de la table. Les collectivités locales peuvent en particulier jouer un rôle décisif pour limiter le risque des acteurs privés – dans le sens de les inciter à agir dans le sens des intérêts publics –, notamment en s’engageant sur une stratégie urbaine favorisant la requalification d’un quartier.

Le fonds d’investissement Gingko, lancé récemment par la Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque européenne d’investissement pour recycler des friches urbaines polluées, constitue un bon exemple d’une telle démarche"


Impertinences 2011 - Fondation Prospective et Innovation / Cercle des entrepreneurs du futur - La Documentation française - 2011

jeudi, 1 septembre 2011

Urbanisation rurale

EXTRAIT

L'"accroissement de l'espace urbain* est d'abord imputable à l'absorption de communes rurales et non à l'accroissement démographique des ensembles urbains existant déjà en 1999. Depuis cette date, 1.368 communes rurales sont ainsi devenues urbaines, soit parce que leur population a atteint 2000 habitants, soit parce qu'elles ont été intégrées dans l'agglomération voisine, les constructions nouvelles à leur frontière entraînant la continuité du bâti. Ce qui fait dire à l'INSEE que "la croissance du territoire urbain s'observe surtout dans la partie la moins dense de l'espace urbain".

*Un espace urbain est une zone de bâti continu, sans coupure de plus de 200 mètres et dans lequel résident au moins 2.000 personnes".

Source : Les Echos - La France urbaine s'étend, surtout par les petites villes - 30 août 2011

L'étalement urbain contre l'emploi

EXTRAIT

"Les pays où le taux de propriétaire est le plus élevé sont aussi ceux où le chômage est le plus élevé."

"La pression des coûts de l'immobilier a tendance à accroître les distances entre le domicile et le lieu de travail. En effet, une part croissante des salariés - notamment au sein des classes moyennes - et des personnes en recherche d'emploi ne peuvent plus résider dans les centres-villes des grands pôles urbains parce que les loyers y sont trop élevés ou parce que les prix d'acquisition des logements dépassent leurs capacités financières. Or, selon les données de l'INSEE, 77% des emplois restent concentrés dans les pôles urbains. C'est une des raisons pour lesquelles, ces dernières années, les temps de transports entre le domicile et le travail ont eu tendance à augmenter, concomitamment à l'étalement urbain.

Le souhait de limiter ces temps de transport est pourtant au coeur arbitrages en matière de logement (NDLR : en matière d'emploi plutôt).

(...)

On comprend mieux les réticences de la population à accroître la durée de leurs trajets quotidiens. 51% des actifs occupés déclarent notamment qu'ils refuseraient l'opportunité d'un meilleur emploi si cela devait se traduire par une augmentation de 30 minutes du temps de transport pour se rendre à leur travail. Il reste des marges de manoeuvre puisque 77% accepteraient un allongement de 15 minutes, mais on perçoit bien les limites de l'étalement urbain et les risques, en termes d'emploi, d'une poursuite de la hausse des coûts du logement dans les centres villes". (page 9)

Source : La flambée des prix de l'immobilier freine la mobilité professionnelle et l'emploi - Les Echos - 28-29 août 2011
Etude CREDOC pour le MEDEF à télécharger : ici

vendredi, 19 août 2011

Emeutes urbaines anglaises

Assurément, les émeutes urbaines qui ont eu lieu début août dans plusieurs grandes villes anglaises nous rappellent que la France doit ériger la lutte contre le malaise des banlieues en priorité majeure. Ce défi est aussi celui du Grand Paris : comment permettre une métropolisation "inclusive", qui se fasse au profit de l'ensemble des populations, y compris les plus vulnérables ?

Cartes émeutes The Economist Source : The fire this time - The Economist - August 13th 2011

Pour en revenir à la situation anglaise, elle nous interpelle sur plusieurs points.

1) Premièrement, à nouveau, ces émeutes sont des émeutes urbaines. Cette caractéristique avait été soulignée au sujet du Printemps arabe dans un article très intéressant d'Eric Verdeil dans Métropolitiques : "Villes arabes en révolution : quelques observations".

Cette spécificité urbaine accrédite l'idée - développée ici - que la loupe urbaine devient la plus appropriée pour analyser les phénomènes sociaux et économiques.

Certes, cette spécificité urbaine n'est pas inédite. Comme le rappelle l'économiste Philippe Chalmin : "En 1848, comme aujourd'hui dans les pays arabes, ce sont les urbains qui se révoltent au nom de la vie chère" : en 1848, "le pouvoir appartient aux rues des villes. Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, avec le développement du suffrage universel, que le pouvoir va revenir aux campagnes. Avant les mouvements de 1848, la tension sur les prix alimentaires affecte le prolétariat urbain. La situation est globalement comparable à celle de 1789 quand le peuple de Paris a faim." (Enjeux Les Echos - Juillet-août 2011 - pages 26 à 28)

2) Deuxièmement, il est notable que "les pires saccages de ces derniers jours ont eu lieu non pas dans les banlieues les plus déshéritées, comme en France il y a six ans, mais dans ces quartiers " mixtes " qui sont la norme à Londres et où se côtoient des communautés sociales et ethniques très diverses. Tout se passe comme si le creusement, parfois vertigineux, des inégalités sociales avait cruellement mis à nu les limites de cette cohabitation". ("Totenham-Clichy, les révoltés du "no future" - Editorial du Monde - 12 août 2011). Cela interroge ainsi sur le lien entre "proximité spatiale et distance sociale" (selon le titre du fameux article de Jean-Claude Champoredon et Madeleine Lemaire). Cela pose aussi la question de la pertinence des coupes budgétaires dans les dépenses publiques sociales, dans un contexte de crise économique.

Carte émeutes Le Monde

3) Enfin, la dimension technologique des révoltes interroge. The Economist évoque "the Blackberry riots". Dans le Monde, le professeur à la LSE Rodney Parker souligne que "les émeutiers d'aujourd'hui se sentent socialement exclus mais techniquement intégrés grâce aux nouveaux moyens de communication". Ce qui ouvre à des collaborations inédites entre la police anglaise et la société Research In Motion (RIM) qui produit le Blackberry.

The fire this time - The Economist - August 13th 2011
The Blackberry riots - The Economist - August 13th 2011
L'Angleterre craint de basculer dans un scénario d'affrontements ethniques - Le Monde - 11 août 2011
Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique - Le Monde - 11 août 2011

Les chiffres de l'été 2011

Le tableau de chiffres que nous avions publié dans Esprit sur "la nouvelle privatisation des villes" avait interpellé de nombreux lecteurs (cf. ci-dessous). Aussi, de la même manière, nous nous proposons de reprendre ici les chiffres marquants de l'été 2011 (entre le 15 juillet et le 15 août).

chiffres ette

sources chiffres

chiffres

jeudi, 18 août 2011

Microsoft se lance... dans le chauffage collectif

Alors que l'énergie est devenue le plus grand dénominateur commun de nombre d'activités (cf. ici), les frontières entre secteurs continuent à se brouiller. C'est ainsi que, selon la Tribune, "les chercheurs du numéro un des logiciels suggèrent d'utiliser la chaleur dégagée par les "data centers" des géants de l'Internet pour chauffer des immeubles d'habitation".

Case studies Caractéristiques des fermes de serveurs - Greenpeace - Mars 2010


Toujours selon la Tribune :

"Grands comme plusieurs terrains de football, les "data centers" (centres de données) de Google, Amazon, Microsoft et de l'ensemble des autres fournisseurs de services de "cloud computing", où sont stockées les données d'entreprises et de particuliers, ne représentent pas moins d'un quart de la facture d'électricité du secteur de la high tech, à l'échelle mondiale. Notamment en raison des systèmes utilisés par les "data centers" pour refroidir leurs milliers de serveurs, qui dégagent une chaleur considérable. (...)

Sur le plan technique, les énormes centres de données de fournisseurs de "cloud computing" seraient divisés en petits "data centers" comprenant quelques dizaines de serveurs. Lesquels seraient installés dans des immeubles de bureaux et d'habitation, et raccordés au système informatique du fournisseur de "cloud" par internet. "D'une température de 40 à 50 degrés, la chaleur rejetée par les serveurs est parfaite pour le chauffage collectif", assure l'étude".


"Microsoft veut se lancer dans... le chauffage collectif" - La Tribune - 3 août 2011 - Article ici
Rapport Microsoft "The Data Furnace : Heating Up with Cloud Computing" : ici


Concernant plus spécifiquement l'empreinte carbone du "cloud computing", on se reportera au rapport publié par Greenpeace en mars 2010 : "Make IT green". Greenpeace


Enfin, pour mieux visualiser ce que représente physiquement un centre de données, voici, ci-dessous, une image du projet de datacenter développé par Telehouse en 2009 à Magny-Les-Hameaux, à 30 kilomètres de Paris*.

Data center magny

  • source : http://datacenter.silicon.fr/telehouse-france-poursuit-le-developpement-de-son-troisieme-centre-de-donnees-925.html

jeudi, 21 juillet 2011

Bangkok ou le poids des gratte-ciel

Selon Le Monde, "une partie de la mégalopole thaïlandaise pourrait être submergée dès 2030". (...) "Même le poids des gratte-ciel, qui ne cessent de grimper dans cette cité en perpétuelle transformation, contribue à l'engloutissement progressif de Bangkok".

Bangkok

"Bangkok s'enfonce inexorablement dans la mer" - Le Monde - 19 juillet 2011

mardi, 5 juillet 2011

Villes intelligentes : qui fait quoi ?

Les Echos du 30 juin 2011 s'intéressent aux villes intelligentes et ... citent IBICITY.

Villes intelligentes
Pour télécharger l'article, cliquer ici.

Villes intelligentes : de nouveaux opérateurs entrent en scène - Les Echos - jeudi 30 juin 2011

jeudi, 30 juin 2011

Qui doit payer la ville durable ?

C'est ce 30 juin que se sont tenues à Lille les premières Assises nationales du foncier, organisées sous l'égide de l'ADEF.

Atelier

IBICITY a eu le plaisir d'introduire l'atelier sur le thème "Qui doit payer la ville durable ?".
En voici le support de présentation.

Atelier slide 1


Slide 1 bis

Atelier slide 2
Atelier slide 3
Atelier slide 4
Atelier slide 5
Atelier slide 6

mercredi, 29 juin 2011

Villes du futur

Sous la houlette de Jean-Pierre Sueur, le Sénat vient de publier un riche et ambitieux rapport sur "Les villes du futur" On y trouvera notamment des interviews de Christian de Portzamparc, Saskia Sassen et Julien Damon. Sont également mentionnés 15 défis, dont le défi économique et financier. Extrait (pages 131-132).

page garde ville du futur

"L’évolution urbaine des dernières décennies a été souvent marquée par le désinvestissement des collectivités territoriales dans la construction de l’espace public au profit de la multiplication des espaces collectifs privés*. C’est une tendance lourde qui remonte au début des années 90 et qui ne semble pas devoir s’infléchir à court ou à moyen terme. Cela concerne à la fois les centres-villes et les banlieues résidentielles. Le système repose sur l’établissement de relations contractuelles entre les collectivités locales et les fournisseurs privés de logements et de services collectifs propres aux copropriétés, centres d’affaires ou centres commerciaux.

S’agissant des centres-villes, c’est aux États-Unis qu’est né le système des partenariats public-privé (PPP) à l’époque de l’administration Reagan qui faisait une forte pression en faveur de la diminution des dépenses fédérales pour réduire le montant des impôts sur le revenu. La ville de New- York a ainsi été la première grande conurbation a autoriser des dérogations en matière d’urbanisme (par exemple un dépassement des coefficients de construction) au profit de promoteurs privés s’engageant, en contrepartie, à fournir des prestations sociales, culturelles ou d’urbanisme (comme la réalisation d’espaces verts, l’installation de mobiliers urbains, la construction de logements sociaux ou la fourniture d’aide à domicile pour certaines catégories de population). Cette phase de co-financement de la ville par les acteurs publics et les acteurs privés est maintenant, dans nombre de situations, dépassée par une nouvelle forme de fabrication totalement privée de la ville par l’application des nouveaux outils de la finance anglo-saxonne.

Dans une analyse particulièrement pertinente**, Isabelle Baraud- Serfaty souligne les effets de la présence de plus en plus forte des investisseurs privés dans le phénomène urbain, présence qui ne peut que s’accentuer dans les prochaines décennies du fait la montée de l’endettement public. (...)

Cette évolution semble d’autant plus probable dans les prochaines décennies que les tendances technologiques poussent à l’entrée de nouveaux acteurs privés dans la fabrication de la ville, par exemple dans le domaine de l’énergie avec la création des réseaux électriques intelligents (Smarts Grids) sur la base de synergies entre la distribution classique de l’électricité et l’exploitation de l’information fournie par des capteurs de différents types. Ces nouveaux outils technologiques, que seules les grandes compagnies peuvent fournir, s’imposent aux villes qui veulent rester attractives pour le développement de la voiture électrique en libre service, pour l’offre d’informations aux usagers sur les flux de transports multi-modes, pour la réduction des émissions de carbone dans le cadre de projets complexes de récupération de l’énergie ou de la chaleur".

1 La production privée des espaces publics, Renaud Le Goix, Céline Loudier-Malgouyres, Les annales de la recherche urbaine

2 La nouvelle privatisation des villes, Isabelle Baraud-Serfaty, Esprit, mars-avril 2011

mercredi, 15 juin 2011

Financiarisation de l'immobilier d'entreprise

La revue Etudes Foncières publie la recension que nous avons faite du dernier ouvrage d'Ingrid Nappi-Choulet : L'Immobilier d'entreprise (2010, Paris, Economica, 256 p.). Extrait :

"Ce livre constitue, en quelque sorte, le prolongement du précédent ouvrage de l’auteur : Marketing et stratégie de l’immobilier (1999). La comparaison est intéressante, car les différences entre ces deux manuels dessinent, en creux, le portrait des principaux changements intervenus ces dix dernières années. Ainsi, le développement durable fait son entrée, principalement sous forme de rappel des principaux systèmes de certification existants. De même, l’émergence de services dédiés à l’immobilier au sein des entreprises est largement analysée.

recension I Nappi

Mais la principale mutation qui est décrite est celle de la financiarisation de l’immobilier : « la création massive à la fin des années 1990 de fonds d’investissements immobiliers qui considèrent l’immobilier comme une clase d’actifs parmi d’autres a financiarisé le secteur immobilier. La financiarisation de l’immobilier désigne plus généralement un phénomène mondialisé d’élargissement du périmètre de la finance à l’immobilier. Celui-ci se traduit à la fois par l’application de techniques financières de gestion d’actifs – appliquées couramment aux valeurs mobilières – aux actifs immobiliers et par le financement de l’immobilier sur le marché mondial des capitaux »".

Etudes foncières - Mai-juin 2011 - N°151

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