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Mot-clé - Ville durable

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vendredi, 17 février 2012

De la crise du logement au défi de la ville

Tel est le titre de l'article que nous publions sur la toile à l'invitation du site Débat & Co.

"Le logement s’est invité dans la campagne présidentielle. On ne peut que s’en réjouir, tant ses enjeux sont cruciaux, et toutes les idées bonnes à débattre. Mais, paradoxalement, cette focalisation sur le logement rend encore plus manifeste la grande absente des débats politiques : la ville.

Cette absence de la ville peut s’expliquer pour plusieurs raisons. D’abord, l’élection présidentielle est nationale et pas locale. Sans doute peut-on également y voir une spécificité culturelle : Olivier Mongin, dans Télérama (numéro du 18 au 31 décembre 2010), soulignait ainsi que « Toute notre vision est centralisée. Rappelons la distinction de Fernand Braudel : l’Italie, focalisée sur la ville, est en manque d’Etat. La France, focalisée sur l’Etat, est en manque de ville. L’urbain n’y a jamais été que le prolongement de l’Etat. Cela s’est vu avec la construction des grands ensembles, puis avec la « politique de la ville » en direction des banlieues, et plus récemment avec le projet du Grand Paris ». Nombreux également sont ceux qui considèrent qu’il n’y aurait pas une spécificité du fait urbain et que, par exemple, les problèmes sociaux seraient d’abord sociaux avant d’être urbains.

Pourtant, la ville (entendue au sens large de vaste territoire urbain) est le lieu où s’incarnent aujourd’hui la plupart des grands défis contemporains.

Le premier défi, c’est celui du développement durable, et plus exactement, celui de la ville durable, les villes concentrant les principales émissions de gaz à effets de serre. Pour autant, il s’agit de ne pas se réduire au seul prisme énergétique, mais bien tout autant de traiter du défi de la densité qui est l’une des principales réponses à l’étalement urbain – qui est bien souvent, pour reprendre l’expression de Vincent Renard, un « étalement des pauvres », avec des conséquences sociales qui risquent d’être bientôt dramatiques avec l’envolée des prix du pétrole.

Le deuxième défi, c’est de penser un système de gouvernance adapté à la métropolisation, c’est à dire à ce phénomène de concentration autour des polarités principales, qui, s’il est le gage d’une certaine attractivité, emporte un risque significatif de fragmentation sociale et spatiale.

Enfin, le troisième défi, c’est celui de la privatisation de la ville, avec l’intervention d’acteurs privés de plus en plus concentrés et financiarisés, qui obligent les collectivités locales à réinventer leur rôle comme leurs moyens d’actions, dans un contexte financier public de plus en plus contraint.

Qu’on y prenne garde : les révoltes du Printemps arabe étaient d’abord des révoltes urbaines, et, en France, les très forts taux d’abstention aux dernières élections dans les banlieues « sensibles » doivent inviter à la plus grande vigilance. Certes, la fabrique de la ville est complexe et ne peut appeler de réponses univoques. Pour autant, « quelle ville voulons-nous, collectivement » est une question qui mériterait presque un référendum".

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jeudi, 29 décembre 2011

L'entreprise en paradoxes

Tel est le titre du dernier Mook (Book +Magazine) que viennent de publier les éditions Autrement.

Mook couverture

"Ce Mook est bâti autour de quatre oppositions dialectiques qui sont autant de zones de frottement et de lignes de tension qui "travaillent" l'entreprise comme la société : croissance-développement durable ; court terme - long terme ; fermé-ouvert ; individuel-collectif".

A l'intérieur du thème "développement durable", on y trouvera notre article "La ville durable n'est pas gratuite".

Mook

Extrait :

"Pour illustrer mon propos, je te propose un cas pratique, celui d’une zone industrielle d’environ trois cent hectares, en bordure de Seine, à moins de cinq kilomètres du périphérique parisien, et qui sera demain formidablement desservie par les transports en commun, et notamment le futur métro du Grand Paris. Tout le monde s’accorde à considérer que cette zone est idéale pour réaliser plusieurs dizaines de milliers de logements – dont il y a aujourd’hui un besoin crucial. Problème : le coût initial pour transformer cette zone industrielle en une zone mixte avec du logement est très élevé : la puissance publique doit acheter les terrains pour recomposer une armature viaire urbaine, il faut dépolluer, relocaliser quelques grandes emprises industrielles, construire des ouvrages de franchissement de la Seine et des voies ferrées pour améliorer sa desserte. Qui doit financer ce processus de transformation cher mais hautement durable ?

La plus-value immobilière (qui correspond à la différence entre le prix de vente des logements ou des bureaux et le prix d’achat des terrains) peut sembler une source attrayante. Mais, en France, l’importance du droit de propriété explique que l’achat des terrains au propriétaire initial se fait à un prix élevé, alors même qu’on ne peut majorer indéfiniment le prix de sortie des logements ou des bureaux, sauf à se retrouver hors marché ou à n’attirer que les clientèles les plus solvables. Le risque est alors, en matière d’habitat, d’entraîner un phénomène de gentrification (« embourgeoisement »), qui se traduit par le départ des populations initiales les moins solvables – d’où des enjeux pour les populations les plus démunies mais aussi de paupérisation des classes moyennes ; et, en matière d’activité, de chasser en lointaine couronne les PME-PMI industrielles qui ne pourront guère supporter des niveaux de loyer plus élevés que ceux d’aujourd’hui – ce qui soulève des problèmes de temps de transport, d’emploi et d’efficience des filières de production.

Le financement par l’impôt est aussi une option, mais se heurte à des questions d’acceptabilité sociale et d’échelle territoriale : in fine, est-ce à l’habitant-contribuable local de la commune d’implantation de le financer ? Au contribuable régional ? Au contribuable national ? Aux contribuables des autres communes de l’Ile-de-France ? Ou bien, est-ce aux contribuables les plus riches de payer pour les plus pauvres, par exemple aux bureaux de payer pour les activités industrielles ? Enfin, le financement peut se faire en faisant payer les usagers (des ponts sur la Seine et sur la voie ferrée, du futur métro du Grand Paris), mais là aussi l’acceptabilité sociale n’est pas évidente. Cet exemple illustre en tout cas que penser le financement de la ville durable, c’est faire des arbitrages qui sont certes financiers mais avant tout politiques. C’est aussi permettre de vérifier, a posteriori, que les choix politiques qui ont été faits au nom de la ville durable permettent effectivement une telle ville. On peut multiplier les exemples (...)".


Voir aussi le billet sur "la ville durable doit être rentable"

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lundi, 3 octobre 2011

"La ville durable doit être rentable !" (impertinence)

Sous ce titre volontairement provocant, nous poursuivons notre réflexion sur les conditions de production de la ville durable. Cette communication vient d'être primée par la Fondation Prospective et Innovation et, à ce ce titre, est publiée avec dix autres contributions par la Documentation Française.


Impertinence

EXTRAIT :

"C’est désormais sur un modèle hors subvention qu’il va falloir aider les opérateurs privés à rendre rentables leurs projets « verts ».

En particulier, un axe essentiel à travailler est celui du risque. Chacun sait que, pour un investisseur (qu’il soit un investisseur institutionnel ou un « petit » investisseur individuel personne physique), c’est moins la rentabilité qui compte que le couple rendement / risque : autrement dit, tout facteur permettant de limiter son risque est de nature à faciliter son intervention.

Or ce travail sur la maîtrise des risques, la manière de les évaluer et de les répartir, n’est pertinent que lorsque tout le monde est autour de la table. Les collectivités locales peuvent en particulier jouer un rôle décisif pour limiter le risque des acteurs privés – dans le sens de les inciter à agir dans le sens des intérêts publics –, notamment en s’engageant sur une stratégie urbaine favorisant la requalification d’un quartier.

Le fonds d’investissement Gingko, lancé récemment par la Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque européenne d’investissement pour recycler des friches urbaines polluées, constitue un bon exemple d’une telle démarche"


Impertinences 2011 - Fondation Prospective et Innovation / Cercle des entrepreneurs du futur - La Documentation française - 2011

Pour télécharger l'article, cliquer ici


Voir aussi le billet sur "la ville n'est pas gratuite"

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jeudi, 30 juin 2011

Qui doit payer la ville durable ?

C'est ce 30 juin que se sont tenues à Lille les premières Assises nationales du foncier, organisées sous l'égide de l'ADEF.

Atelier

IBICITY a eu le plaisir d'introduire l'atelier sur le thème "Qui doit payer la ville durable ?".
En voici le support de présentation.

Atelier slide 1


Slide 1 bis

Atelier slide 2
Atelier slide 3
Atelier slide 4
Atelier slide 5
Atelier slide 6

mardi, 5 avril 2011

Finance jetable ou durable ?

« La finance jetable doit être ringarde » a déclaré hier la Ministre de l’Ecologie en recevant le rapport sur "Le financement de la croissance verte" rédigé par une quinzaine d’économistes du Conseil économique pour le développement durable (CEDD).

Face à un budget de l’Etat sous forte contrainte, ce rapport explore ainsi plusieurs manières de mobiliser « l’argent frais privé » alors même que les investissements nécessaires sont de long terme et fortement risqués. Il appelle notamment à permettre l’implication des investisseurs de long terme et le développement de véhicules financiers innovants. Il étudie en particulier plusieurs modèles, qui existent déjà, qui répondent partiellement à ces objectifs : partenariats public-privé dans les infrastructures, obligations de projets, tiers-investissement, fonds ISR.

Tiers investissement CDC Schéma extrait du document CDC sur le tiers investissement

Sur ce sujet, on se reportera également avec intérêt au rapport du Conseil d’Analyse Economique « Investissements et investisseurs de long terme » (Glachant, Lorenzi, Quinet, Trainar, 2010), où l’on retrouve certains des économistes du CEDD.

Typologie des investisseurs de long terme

Schema investisseurs de long terme

Source : Rapport "Investissements et investisseurs de long terme".

« La croissance verte en quête « d’argent frais » », Les Echos, 5 avril 2011


Infrastructures et villes

Nous avions eu l’occasion d’évoquer ici la mutation stratégique d’un acteur comme Siemens et son positionnement désormais affirmé comme partenaire des villes. Cette évolution stratégique vient de franchir une nouvelle étape, avec la création, annoncée lors d'une conférence de presse le 29 mars dernier, d’une nouvelle division opérationnelle, la quatrième, qui prend le nom d’ « infrastructures et villes ».

Cette nouvelle division regroupera la filiale dans l’éclairage Osram, les technologies dans le bâtiment, le ferroviaire et la branche énergie dans les réseaux d’électricité. Elle devrait représenter 29% du chiffre d’affaires total du groupe.

siemens 1

Siemens 2

siemens 3

Télécharger ici le support de présentation de la conférence de presse.

« Siemens mettra Osram en Bourse à l’automne 2011 », Les Echos, 29 mars 2011

dimanche, 6 mars 2011

Ville durable cherche modèle économique

Malgré l'abondante littérature existant sur la "ville durable", force est de constater que la question du modèle économique est rarement abordée. Elle est pourtant déterminante.

Couverture etudes foncieres

Extrait de l'article paru dans le dernier numéro de la revue Etudes foncières

Cette triple mutation des processus de production de la ville soulève de nombreux enjeux. De nouvelles formes de gouvernance sont ainsi nécessaires. Mais surtout, elle induit de nouvelles réponses à la question « qui paye quoi ? », qui est essentielle, non seulement sur le financement de la production urbaine mais aussi pour penser l’équité territoriale. Le principal enjeu, c’est d’éviter le risque d’une ville à deux vitesses. Ce risque est, bien-sûr, inhérent à une certaine financiarisation de la ville – cf. la géographie sélective des investisseurs, non seulement entre les villes mais au sein des villes elles-mêmes. Mais – paradoxalement – ce risque découle aussi de la « ville durable ». Nous prendrons deux exemples.

Le premier exemple, c’est celui du financement des logements sociaux, tel qu’il s’effectue depuis la loi Solidarité et renouvellement urbain (dont le nom indique bien l’ambition d’œuvrer pour une certaine vision de la ville durable), les aménageurs demandent de plus en plus aux promoteurs d’intégrer des logements sociaux dans leurs programmes de logements. (…) Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs (si ce point n’est pas pris en compte par la collectivité locale), la péréquation s’exerce au niveau de la seule opération d’aménagement. Et ce, alors que cette nécessaire solidarité pourrait légitimement être mise en œuvre par une population plus large socialement (sans se limiter aux acquéreurs de logements neufs) et géographiquement (sans se limiter à cette opération d’aménagement). Au-delà de la question politique (à quelle échelle la solidarité nationale doit-elle s’exercer ?), ce phénomène conduit donc à majorer le prix des logements neufs, et rentre ainsi en contradiction avec la volonté du gouvernement de favoriser l’accès à la propriété au plus grand nombre.

Les circuits courts constituent un deuxième exemple. Promus par le développement durable, ils peuvent bousculer les pratiques et les certitudes en matière d’équité territoriale. (…)

I. Baraud-Serfaty, "Ville durable cherche modèle économique"
Etudes foncières - n°149 - Janvier-février 2011