ibi blog

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Mot-clé - Eau

Fil des billets

jeudi, 29 décembre 2011

L'entreprise en paradoxes

Tel est le titre du dernier Mook (Book +Magazine) que viennent de publier les éditions Autrement.

Mook couverture

"Ce Mook est bâti autour de quatre oppositions dialectiques qui sont autant de zones de frottement et de lignes de tension qui "travaillent" l'entreprise comme la société : croissance-développement durable ; court terme - long terme ; fermé-ouvert ; individuel-collectif".

A l'intérieur du thème "développement durable", on y trouvera notre article "La ville durable n'est pas gratuite".

Mook

Extrait :

"Pour illustrer mon propos, je te propose un cas pratique, celui d’une zone industrielle d’environ trois cent hectares, en bordure de Seine, à moins de cinq kilomètres du périphérique parisien, et qui sera demain formidablement desservie par les transports en commun, et notamment le futur métro du Grand Paris. Tout le monde s’accorde à considérer que cette zone est idéale pour réaliser plusieurs dizaines de milliers de logements – dont il y a aujourd’hui un besoin crucial. Problème : le coût initial pour transformer cette zone industrielle en une zone mixte avec du logement est très élevé : la puissance publique doit acheter les terrains pour recomposer une armature viaire urbaine, il faut dépolluer, relocaliser quelques grandes emprises industrielles, construire des ouvrages de franchissement de la Seine et des voies ferrées pour améliorer sa desserte. Qui doit financer ce processus de transformation cher mais hautement durable ?

La plus-value immobilière (qui correspond à la différence entre le prix de vente des logements ou des bureaux et le prix d’achat des terrains) peut sembler une source attrayante. Mais, en France, l’importance du droit de propriété explique que l’achat des terrains au propriétaire initial se fait à un prix élevé, alors même qu’on ne peut majorer indéfiniment le prix de sortie des logements ou des bureaux, sauf à se retrouver hors marché ou à n’attirer que les clientèles les plus solvables. Le risque est alors, en matière d’habitat, d’entraîner un phénomène de gentrification (« embourgeoisement »), qui se traduit par le départ des populations initiales les moins solvables – d’où des enjeux pour les populations les plus démunies mais aussi de paupérisation des classes moyennes ; et, en matière d’activité, de chasser en lointaine couronne les PME-PMI industrielles qui ne pourront guère supporter des niveaux de loyer plus élevés que ceux d’aujourd’hui – ce qui soulève des problèmes de temps de transport, d’emploi et d’efficience des filières de production.

Le financement par l’impôt est aussi une option, mais se heurte à des questions d’acceptabilité sociale et d’échelle territoriale : in fine, est-ce à l’habitant-contribuable local de la commune d’implantation de le financer ? Au contribuable régional ? Au contribuable national ? Aux contribuables des autres communes de l’Ile-de-France ? Ou bien, est-ce aux contribuables les plus riches de payer pour les plus pauvres, par exemple aux bureaux de payer pour les activités industrielles ? Enfin, le financement peut se faire en faisant payer les usagers (des ponts sur la Seine et sur la voie ferrée, du futur métro du Grand Paris), mais là aussi l’acceptabilité sociale n’est pas évidente. Cet exemple illustre en tout cas que penser le financement de la ville durable, c’est faire des arbitrages qui sont certes financiers mais avant tout politiques. C’est aussi permettre de vérifier, a posteriori, que les choix politiques qui ont été faits au nom de la ville durable permettent effectivement une telle ville. On peut multiplier les exemples (...)".


Voir aussi le billet sur "la ville durable doit être rentable"

Retourner sur le site ibicity

jeudi, 28 avril 2011

Qui délégue l'eau ?

Après Paris, qui a remunicipalisé son service de l'eau en 2009, plusieurs grandes collectivités vont être prochainement amenées à se prononcer sur le mode d'exploitation de leur service d'eau : Marseille en 2012, Lille en 2014 ou encore Lyon en 2015.

C'est l'occasion pour Les Echos de donner un état des lieux des principaux modes de gestion de la production et de la distribution d'eau.

Eau potable - Les Echos

En France, 73% de l'eau potable est facturée par des opérateurs privés ou des sociétés d'économie mixte, comme le montre le tableau ci-dessous.

Tableau Suez

Source : document de présentation par Suez Environnement de ses résultats annuels 2010 - 9 février 2011.


"Les villes maîtrisent mieux leur choix entre le réseau d'eau public et privé" - Les Echos - 21 avril 2011

jeudi, 30 septembre 2010

La voiture électrique, symbole de la fabrique de la ville durable ?

Avec l’ouverture du Mondial de l’Auto, la voiture électrique est cette semaine sous les feux des projecteurs. Renault, Peugeot et les principaux constructeurs y présentent leurs nouveaux modèles, accréditant ainsi l’idée que le chamboulement que représente le véhicule électrique se limiterait au domaine de l’automobile.

Une Liberation

En réalité, la voiture « branchée » nous semble témoigner d’une révolution beaucoup plus large, au cœur de la transformation de nos villes : l’énergie devient une des composantes clés de la ville durable et bouleverse les manières de la fabriquer.

Trois constats

Premier constat : l’énergie s’invite au cœur des problématiques urbaines

Les principaux projets de villes durables ou d’écoquartiers témoignent du fait que, parmi les trois fameux piliers du développement durable (économie, social, environnement), la composante environnementale domine, avec, en son sein, une dimension énergétique qui prime souvent sur les problématiques de distribution de l’eau ou de traitement des déchets.

La principale raison en est que la protection de l’environnement s’incarne aujourd’hui principalement dans la lutte contre le réchauffement climatique. En témoigne le Protocole de Kyoto, qui met l’accent sur la réduction des gaz à effets de serre et qui n’a pas d’équivalent dans le domaine de l’eau ou des déchets. Les labels environnementaux (Minergie, Passivhaus, etc) traduisent cette priorité, qui privilégient la composante énergétique, notamment en ce qui concerne la construction des bâtiments. Et ce, d’autant plus facilement que la consommation d’énergie et les gains financiers que sa réduction génère sont facilement quantifiables. Parallèlement, les villes étant de plus en plus en première ligne de cette lutte contre le réchauffement climatique, elles sont incitées, dans la conduite de leurs projets d’aménagement, à privilégier l’exemplarité en matière de choix énergétiques.

La voiture électrique témoigne ainsi de l’irruption de l’énergie dans le domaine clé de la mobilité urbaine. Bien sûr, le pétrole était (est) aussi une énergie, mais les collectivités locales n’étaient pas parties prenantes dans son approvisionnement. Or, désormais, les villes sont mobilisées pour prendre en charge une partie des infrastructures de rechargement nécessaires.


Deuxième constat : l’énergie favorise l’arrivée de nouveaux acteurs dans le champ de l’urbain

L’importance de la dimension énergétique des projets conduit de nouveaux acteurs à apparaître dans des secteurs où ils n’étaient jusque là pas présents.

Là encore, l’exemple de la voiture électrique est significatif. Désormais la question de l’alimentation électrique et du rechargement des batteries est une des étapes clés dans la production d’un véhicule électrique. Ainsi, en France, EDF devrait annoncer demain des « offres de mobilité » avec Renault et PSA. En Allemagne, l’électricien RWE communique largement sur sa nouvelle stratégie en matière de mobilité électrique. La manière dont il se positionne dans la chaîne de valeur de la e-mobility (cf. ci-dessous) laisse imaginer des incursions possibles dans le secteur de l’exploitation des parkings ou des bâtiments.

RWE

Sur ce sujet, on consultera avec intérêt l’étude de Roland Berger, "Powertrain 2020 - The Future drives electric", qui analyse la recomposition des acteurs dans ce secteur.

Roland Berger

Troisième constat : ces acteurs « énergétiques » élargissent leur champ d’intervention

Les exemples de EDF ou de RWE témoignent de l’incursion renforcée des producteurs d’énergie dans le champ de l’urbain du fait des nouvelles problématiques énergétiques. Mais, plus encore, des acteurs spécialisés à l’origine dans l’énergie élargissent leur champ d’intervention, tels Siemens ou General Electric. Spécialisés à l’origine dans la production d’équipements technologiques et de solutions énergétiques, ces groupes se positionnent désormais sur le marché de l’eau, des transports, et plus largement sur l’ensemble des services aux collectivités locales.

En effet, les synergies entre l’énergie et des secteurs proches sont importantes, en particulier sur le plan technologique : nouveaux systèmes de freinage des trains qui restituent de l’énergie (cf. Alstom), valorisation des déchets pour produire de l’énergie, infrastructures de dessalement de l’eau de mer… En quelque sorte, l’énergie est le plus petit dénominateur commun de nombre de projets locaux. De plus, les collectivités locales, comme les grands clients industriels, sont de plus en plus demandeuses d’offres globales et de solutions intégrées qui combinent l’ensemble des services de gestion environnementale : traitement et distribution d’eau potable et d’assainissement, gestion des déchets, services énergétiques.

Les grands groupes d’utilities se positionnent ainsi comme des intégrateurs puissants, quitte à sous-traiter une partie de leurs activités à des opérateurs spécialisés.

De ce point de vue, l’approche de la mobilité électrique par Siemens est, à nouveau, significative.

Siemens VE

Quelles conséquences pour les collectivités locales ?

Première conséquence : remontée des opérateurs de l’énergie en amont des décisions

L’importance de l’énergie dans la construction de la ville durable entraîne une remontée des « exploitants » du quartier plus en amont du processus de décision. Comme le souligne Taoukik Souami dans son excellent ouvrage sur les « Ecoquartiers, secrets de fabrication » (Editions les Carnets de l’info), cette remontée s’explique par le fait que, « sur le plan technico-organisationnel, cette association semble indispensable pour conduire les actions souhaitées par les responsables de projets durables dans les domaines environnementaux : nouveaux dispositifs, nouvelles facturations, nouvelle répartition des charges et des responsabilités dans chacun des domaines (eau, énergie, déchets, etc.). En résumé, les procédures, habitudes, traditions, codes et coutumes qui permettaient de régler explicitement et implicitement ces aspects sont en partie invalidés dans les quartiers durables. Dans un projet classique, les concepteurs traçaient le réseau de distribution de l’électricité en ayant une connaissance des modes d’installation et de gestion de l’entreprise d’énergie. Cette dernière n’intervenait qu’à la fin du projet pour installer et mettre en œuvre (parfois en l’ajustant) le tracé de l’urbaniste ou de l’architecte. Dans un projet urbain intégrant des panneaux photovoltaïques ou des installations de cogénération, les conventions implicites n’opèrent plus. Le concepteur ne peut pas se fier à des normes établies et encore moins à des habitudes de travail réglées. Il doit préciser l’emplacement et le fonctionnement de ces nouvelles installations. Pour cela, l’entreprise de distribution de l’énergie s’avère un partenaire indispensable, et ce, dès le début de la réflexion ».

Cette remontée s’explique aussi pour des raisons financières (nécessité pour les collectivités locales de débudgétiser les coûteux investissements nécessaires) et de compétences techniques.

Deuxième conséquence : les collectivités locales sont-elles en train de perdre la maîtrise de leur territoire ?

Si les collectivités locales peuvent externaliser leur gestion environnementale à des grands groupes privés, elles peuvent aussi, aujourd’hui, en être les concurrents directs, via des exploitations en régie. Toutefois, « l’évolution des exigences réglementaires, les attentes croissantes des clients finaux et, par conséquent, la complexité et l’intensité capitalistique grandissantes des infrastructures et des services correspondants incitent les collectivités publiques à rechercher l’expertise et la collaboration des acteurs privés ». (Document de référence 2009 de Suez Environnement)

Ce recours accru à l’externalisation pourrait, dans certains cas, constituer une menace pour les collectivités locales. « Cette forte intégration des entreprises de services urbains dans les processus de décision et la délégation qui leur est confiée pour mettre en place ces nouveaux dispositifs ont présenté des risques notables. Dans les pays observés, ces délégations de pouvoir pour les services dans les quartiers durables sont intervenues dans un contexte de modification profond des secteurs de la distribution de l’eau et de l’énergie : changement de lois, privatisation, regroupements, interventions de nouvelles entreprises étrangères. Dans ces conditions, les collectivités locales ne peuvent que très rarement maintenir une politique de contrôle des engagements et de maîtrise des prix dans ces domaines » (Taoufik Souami).

En pratique, des outils, notamment contractuels, existent. Mais il convient que les collectivités sachent et puissent s’en saisir.


Troisième conséquence : quelle péréquation financière ?

Enfin, la voiture électrique souligne que le développement durable et les « circuits courts » qu’il promeut peuvent bousculer les pratiques et les certitudes en matière d’équité territoriale.

Une des innovations stratégiques en matière de véhicule électrique est en effet le « V2G », le « vehicule to grid ». Le principe est le suivant : en étant branchée à un réseau global de distribution-production d’énergie, la voiture au stationnement (ce qui est le cas au moins 90% de son temps) pourrait fournir de l’électricité excédentaire au réseau électrique global, rémunérant ainsi au passage son propriétaire. Ainsi, la voiture électrique ne serait pas seulement un consommateur mais aussi un producteur d’énergie.

Cela rejoint l’idée, de plus en plus fréquente, déjà évoquée ici, que le consommateur devient de plus en plus producteur. Surtout, cela renvoie à un nouveau modèle d’organisation des territoires dont les écoquartiers seraient l’incarnation : « Dans ce modèle, tout point du territoire est un lieu aussi bien de consommation que de production de l’énergie. Le territoire deviendrait énergétiquement un espace isotrope. Ce schéma n’est évidemment pas opératoire aujourd’hui : les réseaux énergétiques demeurent articulés autour de points nodaux de production, et les différents bâtiments construits sont loin de constituer des sources de production énergétique ». Or, « cette conception, qui se propage chez les concepteurs et les chercheurs, modifie profondément le schéma classique fondé sur un lieu de production central, origine de la distribution, et des espaces de consommation, destinations de la distribution énergétique. Désormais, les quartiers durables et d’autres réalisations tendent vers un schéma en réseau où il existe plusieurs points de production de l’énergie desservant une multitude de points de consommation, lesquels sont potentiellement mis à profit pour produire eux aussi de l’énergie » (Taoufik Souami).

Ainsi, l’émergence des circuits courts risque de bouleverser considérablement les modèles économiques des villes, en particulier les principes de fixation des tarifs des services publics locaux. L’habitant-énergétiquement-vertueux d’un écoquartier acceptera-t-il de financer la fourniture d’énergie dans un quartier d’immeubles vétustes et très mal isolés ? A quelle échelle doit se faire la solidarité environnementale ?

Primat de l’énergie, nouveaux acteurs urbains et élargissement de leurs champs d’intervention, opportunités et risques des circuits courts... la voiture électrique nous montre que de nouveaux processus sont… en route. Allons ! Tous au salon de l’automobile !

Retourner sur le site ibicity
Retourner sur le blog ibi blog

mardi, 15 juin 2010

Partage des eaux entre public et privé

Le secteur de l'eau est en pleine ébullition, comme en témoigne la riche actualité sur ce sujet : bouclage de la négociation entre Veolia et le SEDIF pour la distribution de l'eau en Ile-de-France, rachat d'Agbar - le numéro un de l'eau en Espagne (1200 municipalités et 13 millions de personnes desservies) - par Suez Environnement, reprise par Veolia de plusieurs activités de la première entreprise publique de la gestion de l'eau britannique...

Le cycle de l'eau - Extrait du rapport annuel 2009 de Suez Environnement

Dans ce contexte, on lira avec intérêt le rapport (en anglais) sur la Gouvernance des services d'eau et d'assainissement dans le monde, publié par Suez Environnement et UCLG, qui compare les modèles de gouvernance de l'eau et de l'assainissement dans les pays des cinq continents. C'est l'occasion de revenir sur les différentes formes et caractéristiques des partenariats public-privé.

Schéma PPP

Pour un panorama plus précis des acteurs dans le secteur de l'eau, on pourra se reporter aux documents de référence 2009 de Suez ou de Veolia. Il est ainsi significatif que les concurrents de groupes comme Veolia ou Suez soient, bien-sûr, les collectivités locales elles-mêmes (lorsqu'elles gèrent elles-mêmes le service ou le reprennent en régie) mais aussi, de plus en plus, des acteurs financiers tels que des fonds d'infrastructures (Macquarie) ou des fonds de "private equity". S'affirment également des sociétés intervenant dans des secteurs industriels voisins et cherchant à élargir leur offre aux services de gestion environnementale, comme les groupes de BTP ou des équipementiers tels Siemens ou General Electric.

La ville durable, selon General Electric Ci-dessus, la ville durable selon General Electric. Cf. également GE sustainable cities et exemples de bonnes pratiques.

GE est un autre... Cette évolution des acteurs de l'eau témoigne plus largement de l'arrivée de nouveaux ensembliers urbains, déja évoquée ici avec le cas de Siemens.


Suez Environnement boucle la prise de contrôle du champion espagnol de l'eau - Les Echos - Jeudi 10 juin 2010
Veolia Eau se renforce en Europe - Les Echos - Mardi 15 juin 2010