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Quartiers sensibles

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vendredi, 19 août 2011

Emeutes urbaines anglaises

Assurément, les émeutes urbaines qui ont eu lieu début août dans plusieurs grandes villes anglaises nous rappellent que la France doit ériger la lutte contre le malaise des banlieues en priorité majeure. Ce défi est aussi celui du Grand Paris : comment permettre une métropolisation "inclusive", qui se fasse au profit de l'ensemble des populations, y compris les plus vulnérables ?

Cartes émeutes The Economist Source : The fire this time - The Economist - August 13th 2011

Pour en revenir à la situation anglaise, elle nous interpelle sur plusieurs points.

1) Premièrement, à nouveau, ces émeutes sont des émeutes urbaines. Cette caractéristique avait été soulignée au sujet du Printemps arabe dans un article très intéressant d'Eric Verdeil dans Métropolitiques : "Villes arabes en révolution : quelques observations".

Cette spécificité urbaine accrédite l'idée - développée ici - que la loupe urbaine devient la plus appropriée pour analyser les phénomènes sociaux et économiques.

Certes, cette spécificité urbaine n'est pas inédite. Comme le rappelle l'économiste Philippe Chalmin : "En 1848, comme aujourd'hui dans les pays arabes, ce sont les urbains qui se révoltent au nom de la vie chère" : en 1848, "le pouvoir appartient aux rues des villes. Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, avec le développement du suffrage universel, que le pouvoir va revenir aux campagnes. Avant les mouvements de 1848, la tension sur les prix alimentaires affecte le prolétariat urbain. La situation est globalement comparable à celle de 1789 quand le peuple de Paris a faim." (Enjeux Les Echos - Juillet-août 2011 - pages 26 à 28)

2) Deuxièmement, il est notable que "les pires saccages de ces derniers jours ont eu lieu non pas dans les banlieues les plus déshéritées, comme en France il y a six ans, mais dans ces quartiers " mixtes " qui sont la norme à Londres et où se côtoient des communautés sociales et ethniques très diverses. Tout se passe comme si le creusement, parfois vertigineux, des inégalités sociales avait cruellement mis à nu les limites de cette cohabitation". ("Totenham-Clichy, les révoltés du "no future" - Editorial du Monde - 12 août 2011). Cela interroge ainsi sur le lien entre "proximité spatiale et distance sociale" (selon le titre du fameux article de Jean-Claude Champoredon et Madeleine Lemaire). Cela pose aussi la question de la pertinence des coupes budgétaires dans les dépenses publiques sociales, dans un contexte de crise économique.

Carte émeutes Le Monde

3) Enfin, la dimension technologique des révoltes interroge. The Economist évoque "the Blackberry riots". Dans le Monde, le professeur à la LSE Rodney Parker souligne que "les émeutiers d'aujourd'hui se sentent socialement exclus mais techniquement intégrés grâce aux nouveaux moyens de communication". Ce qui ouvre à des collaborations inédites entre la police anglaise et la société Research In Motion (RIM) qui produit le Blackberry.

The fire this time - The Economist - August 13th 2011
The Blackberry riots - The Economist - August 13th 2011
L'Angleterre craint de basculer dans un scénario d'affrontements ethniques - Le Monde - 11 août 2011
Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique - Le Monde - 11 août 2011

mercredi, 26 mai 2010

Rénover la rénovation urbaine

Alors que la situation des villes de banlieue est de plus en plus alarmante (cf. la "Lettre à ceux qui ignorent les banlieues", parue dans le JDD de ce dimanche ou encore l'entretien avec le député-maire de Saint-Denis, dans le Monde du 22 mai, qui estime que son département est « au bord de la crise de nerfs »), le gouvernement vient, ce jour, de repousser à 2011 la réforme de la politique de la ville.

©Jordi Colomer - Anarchitekton ©Jordi Colomer

Une telle décision est d’autant plus étonnante que la politique de rénovation urbaine, au cœur de l’actuelle politique de la ville, montre clairement ses limites. Il faut lire le rapport 2009 du Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU, paru début avril 2010, pour s'en convaincre. Le constat qu’il dresse est pour le moins sévère. Nous en reprenons ci-dessous les principales conclusions.

L’objectif principal de la rénovation urbaine, initiée en 2004 avec le programme national de rénovation urbaine (PNRU), est de favoriser la mixité sociale en construisant des logements différents des logements sociaux antérieurs : nouvelles morphologies (immeubles bas, regroupés en îlot et à l’architecture différente des barres et tours) et nouveaux statuts (logements locatifs libres, logements en accession à la propriété,…) visent à favoriser l’installation d’une nouvelle population et à banaliser les quartiers. Cet objectif n’a pas été atteint. L’une des raisons est le décalage temporel entre les opérations de démolition et de reconstruction de logements sociaux - qui s’accroît et qui, dans un contexte de crise du logement, risque d’ailleurs d’aggraver localement les tensions dans le secteur du logement social.

Mais les raisons vont au-delà de simples problèmes de mise en œuvre. Sont ainsi pointés du doigt : le manque d’articulation entre les politiques sociales et les politiques urbaines - qui a été paradoxalement renforcé par le PRNU ; le phénomène de zonage et l’absence d’une gouvernance globale d’agglomération qui expliquent que le transport urbain et le développement économique local soient largement déconnectés de la rénovation des quartiers ; l’insuffisante prise en compte du volet commercial.

C’est ainsi, fondamentalement, la finalité même de la rénovation urbaine qui est remise en cause. La banalisation des quartiers est certes nécessaire mais pas suffisante pour améliorer de façon décisive la vie des habitants, et rares sont les projets qui ont permis de redonner une attractivité au territoire.

Ce manque d’ambition est d’autant plus regrettable que le PNRU représente près de 40 milliards d’euros d’investissement pour la période 2004-2013 (dont 12 milliards d’euros financés par l’ANRU, et le solde financé par les collectivités locales et les bailleurs sociaux) et que la pérennité des investissements réalisés dans ce cadre n’est pas assurée.

lundi, 4 janvier 2010

Leurs centres-villes sont nos banlieues !

Dans son premier numéro de l'année, Business Week s'intéresse aux fonds d'investissements dédiés aux entrepreneurs des quartiers déshérités américains. Le sujet est passionnant, car il montre comment on peut chercher à concilier finalités sociales et rentabilité économique. C'est un axe de travail majeur, et nous aurons l'occasion d'y revenir. Mais l'autre intérêt de l'article est sémantique. Car les entrepreneurs ciblés par ces fonds sont les "inner-city entrepreneurs". Littéralement, le terme "inner-city" désigne l'aire centrale d'une grande ville ou d'une métropole. Mais comme aux Etats-Unis, ces localisations centrales étaient habituellement celles qui accueillaient les populations les plus pauvres, le terme est progressivement sorti de sa dimension strictement géographique pour désigner plus largement les zones déshéritées. "Centres-villes", "banlieues" : même combat ?!


"Helping Urban Startups Get Started", Business Week, December 28, 2009 & January 4, 2010.