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Financiarisation de la ville

Fil des billets

mercredi, 10 février 2016

Financiarisation de la ville : le modèle Chicago

Grande première ! Avec ce billet, nous inaugurons la publication de billets rédigés par des personnes extérieures à ibicity, avec qui nous partageons une même passion pour les sujets de la fabrique urbaine et, en particulier, du lien entre financement de la ville et formes urbaines. Ce billet a ainsi été rédigé par Louise Auffray, étudiante à Sciences Po, qui s’apprête à approfondir ces sujets aux Etats-Unis à la rentrée prochaine. Dans ce billet, il sera notamment question des impacts urbains du fameux outil de financement des projets urbains, le TIF (Tax Increment Financing), sujet polémique s’il en est aux Etats-Unis, comme l’ont montré il y a quelques jours encore de nouvelles manifestations à Chicago (cf. ici)

tif
TIF signs

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mardi, 9 février 2016

De l'influence des grands investisseurs sur les entreprises

L'article des Echos de ce jour sur la banque d'affaires Lazard permet d'éclairer l'influence des grands investisseurs sur les entreprises.

Blackrock

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mercredi, 26 août 2015

La skyline de New-York dessinée par les abattements fiscaux

The Economist s'intéresse au projet de réforme de l'article 421-a du code des impôts de la Ville de New-York (cf. Towering silliness - The Economist - 15/8/2005) et montre "how the city's skyline is shaped by tax breaks".


tax break

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jeudi, 18 septembre 2014

"Des immeubles formatés par leur modèle économique"

Pour ceux qui comme nous s'intéressent à l'impact des logiques financières sur les formes urbaines, il faut lire l'article de Catherine Sabbah paru ce jour dans les Echos.

Extrait :

Depuis des décennies, les choix constructifs n'ont pas varié. Aux structures poteaux-poutres encore fréquentes jusque dans les années 1970 ont succédé les voiles de béton, ces murs porteurs qui figent les espaces. Les milliers de mètres carrés vides et difficilement recyclables qui encombrent le marché tertiaire font partie de cette génération.

Autre travers, la fameuse trame de 1,35 mètre, le plus petit module de façade de l'immeuble, qui définit la surface d'un bureau fermé : 2,70 mètres (deux trames) de large sur 5 mètres de profondeur. A l'heure des plateaux les plus ouverts possible, a-t-elle encore un sens ? La forme des immeubles découle pourtant très directement de ce nombre d'or calqué sur le droit du travail. Douze mètres de large permettent d'implanter des bureaux, exposés à la lumière du jour de part et d'autre d'un couloir. Lorsque l'immeuble s'étale sur 18 mètres, il est possible de rajouter une « tranche » de salles de réunion ou d'espaces techniques au milieu.

Le parallélépipède, plus ou moins large, sur 6 à 7 niveaux est donc bien le plus économique : pas de perte de terrain, des bâtiments compacts donc moins gourmands en énergie, moins de mètres carrés de façade (les plus coûteux). La forme idéale, en somme, du « produit financier liquide » que l'immeuble tertiaire est devenu depuis une quarantaine d'années. Financé par des investisseurs qui sont les vrais décideurs, il doit convenir à tout type de locataire, pouvoir être divisé si besoin, et revendu.


image cartonspleins

Source : "Des immeubles formatés par leur modèle économique" - Les Echos - 18 septembre 2014 - Catherine Sabbah

A lire également : la notice "finance/financiarisation" du Dictionnaire historique de la Défense (Editions Parenthèses), ici

et le billet "Argent : en parler ou pas ?", ici.


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lundi, 5 mai 2014

La ville des promesses tient-elle les siennes ?

Collages, la revue des urbanistes suisses, nous a demandé d'introduire son dernier numéro consacré à la question : "Qui finance la ville ?".

couv collages

Extraits :

Un premier risque est le décalage entre la ville produite et les besoins urbains. En France, le mécanisme de défiscalisation Scellier, mis en place fin 2008, s’est ainsi traduit par une surproduction de logements dans des zones où la demande locative est faible.

Un deuxième risque tient à la concentration d’un secteur dans les mains d’acteurs financiers, qui, a fortiori s’ils sont étrangers, seront moins enclins à faire des arbitrages sur la base de critères non financiers. On peut faire l’analogie avec le secteur de la santé où la concentration des cliniques privées a fait craindre que si les fonds américains jugeaient un jour la rentabilité des cliniques insuffisante, ils ne se désinvestissent et provoquent «un chaos dans l’organisation régionale et nationale des soins» .

Une troisième menace est le décalage entre la valeur de marché des actifs et leur valeur «réelle». L’exemple de la Saur, troisième acteur français du marché de la distribution d’eau, est éclairant. En 2004, son actionnaire principal, Bouygues, l’avait vendue au fonds PAI Partners dans le cadre d’un LBO, qui l’avait ensuite revendue en 2007 au consortium Hime. Cette vente, sous la forme également d’un LBO, s’était faite dans le contexte à la fois d’une euphorie sur les marchés des LBO et d’une surenchère avec le fonds australien Macquarie, ce qui avait conduit à une valorisation très élevée (les associations d’élus s’étaient mobilisées pour éviter une prise de contrôle étrangère). Or cette valorisation est apparue d’autant plus surévaluée que le marché de l’eau a subi une forte pression sur les prix dans un contexte de remunicipalisation de la distribution de l’eau. En 2013, la Saur a failli constituer la plus grande faillite française.

Enfin la métropolisation, qui représente en quelque sorte la traduction spatiale de la financiarisation, est un défi majeur tant le décalage s’accentue entre les territoires «prime» et les autres. Par exemple, dans le secteur de l’immobilier d’entreprises en Ile-de-France, la demande en 2013 n’a porté «que sur les actifs les plus sécurisés et valorisés. ... Le prix des choses est révélateur en la matière. Et notamment, celui des plus belles choses: ce qui est cher l’est plus encore qu’auparavant. Les taux de rendement “prime” sur la cession des meilleurs actifs du quartier central des affaires de Paris (Paris QCA) se sont en effet encore contractés de 10 points de base au cours de l’année écoulée.» (Knight Frank, 2013)

(...)

Il faut aller au-delà et s’engager dans une véritable recherche-action. Dans un contexte où le défi du financement de la production urbaine est majeur, l’enjeu est désormais de concevoir une finance au service de la ville. Deux axes de travail sont clé : le risque et la valeur. Pour un investisseur, c’est moins la rentabilité qui compte que le couple rendement/risque: autrement dit, tout facteur de nature à limiter son risque est susceptible de faciliter son intervention. Or, ce travail sur la maîtrise des risques et sur la manière de les évaluer et de les répartir n’est pertinent que lorsque tout le monde est autour de la table. Les collectivités locales peuvent en particulier jouer un rôle décisif pour limiter le risque des acteurs privés, et donc leur exigence de rendement – en les incitant à agir dans le sens des intérêts publics –, notamment en s’engageant sur des stratégies urbaines à long terme. Il y a là, nous semble-t-il, un axe de travail majeur, qui doit structurer la coproduction public-privé de la ville.

Le second axe de travail est la mesure de la valeur. Aujourd’hui, la mesure de la rentabilité se fait encore trop souvent par le seul prisme de la rentabilité financière mesurable. Or, par exemple, les bénéfices en termes de cohésion sociale, de qualité de vie, d’efficacité économique, d’un pont sur des voies ferrées ou du maintien de PME-PMI en cœur de métropole sont avérés même s’ils sont difficilement «monétisables»; ils apparaissent donc comme un coût sans contrepartie de recettes pour les collectivités locales qui pourraient les financer. Si l’on veut favoriser la ville durable, il est urgent de donner enfin à la dimension économique et sociale sa juste valeur, et de cesser de se limiter, de fait, à la seule dimension énergétique.


L'article est téléchargeable ici

A lire également les contributions de Thierry Teurillat, Antoine Fleury, Verena Schäffer-Veenstra, Philipp Klaus, Matthias Gerth.


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dimanche, 23 juin 2013

« La main discrète. La finance globale dans la ville ».

La stimulante revue de prospective du Grand Lyon, M3, publie dans son dernier numéro un article de Dominique Lorrain, Directeur de recherche au CNRS, qui est sans doute un des plus fins observateurs de la financiarisation des villes. Son texte « L’industrie de la finance et la ville » est une synthèse de son article sur « La main discrète. La finance globale dans la ville ». Eclairant.

globe dollar

Extrait :

"La ville, comme d'autres objets, n'échappe pas au phénomène de financiarisation de l'économie sous deux formes différentes. L'une, visible, s'exprime par la privatisation des "briques" qui composent la ville. L'autre, beaucoup plus diffuse et indirecte, réside dans le pouvoir informationnel de la finance globale, qui lui permet d'évaluer et de comparer la valeur des projets urbains aux quatre coins de la planète.

(...)

Comme le mentionnent Anton Brender et Florence Pisani dans leur ouvrage sur la finance globale, sa première contribution est de mettre en relation des épargnes disponibles en certaines zones du monde et des projets localisés ailleurs. Pour ce faire, elle a élargi le métier traditionnel de banquier, fondé sur des relations personnelles, en mettant au point des nouveaux instruments qui ont libéré les marchés de leurs conditions locales et démultiplié les transactions possibles. Pour rendre possible l'émergence des marchés globaux, elle a contribué à mettre au point et à diffuser des institutions formelles : respect des droits de propriété, existence d'un système comptable appliquant des normes internationales, transparence de ces documents, existence d'un système juridique indépendant et efficace assurant la mise en oeuvre des contrats à un coût faible.

(...)

La finance peut être qualifiée de globale parce qu'elle est capable de comparer des actifs différents et d'intervenir, quel que soit le secteur et dans un grand nombre de pays. Par-delà le poids des contingences, elle est capable de mettre en équivalence une centrale de production électrique en Grande-Bretagne, un réseau de transport de gaz au Texas, un réseau câblé à Taïwan, une autoroute en France, des aéroports en Italie, des grands blocs de logements dans les villes allemandes et à Tokyo, des centres commerciaux à Shangai, etc. Ces actifs urbains peuvent également être comparés à des investissements dans d'autres secteurs. Le pouvoir de la finance découle ainsi du fait qu'elle est la seule à détenir ce pouvoir d'information".


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jeudi, 11 avril 2013

La ville à l'heure du capitalisme artiste

S'inscrivant notamment dans le sillon des réflexions de Luc Boltanski et Eve Chiapello sur "Le nouvel esprit du capitalisme", le dernier livre de Gilles Lipovetski et Jean Serroy nous livre une réflexion fort stimulante.

Son argument est le suivant :

"L'essor du capitalisme financier contemporain n'exclut aucunement la montée en puissance d'un capitalisme de type artiste en rupture avec le mode de régulation fordien de l'économie. Par là, il ne faut pas entendre un capitalisme qui, moins cynique ou moins agressif, tournerait le dos aux impératifs de rationalité comptable et de rentabilité maximale, mais un nouveau mode de fonctionnement exploitant rationnellement et de manière généralisée les dimensions esthétiques-imaginaires-émotionnelles à des fins de profit et de conquête des marchés.

Il s'ensuit que nous sommes dans un cycle nouveau marqué par une relative dé-différentiation des sphères économiques et esthétiques, par la dérégulation des distinctions entre l'économique et l'esthétique, l'industrie et le style, la mode et l'art, le divertissement et le culturel, le commercial et le créatif, la culture de masse et la haute culture : désormais, dans les économies de l'hyper-modernité; ces sphères s'hybrident, se mêlent, se court-circuitent, s'interpénètrent".

"Paradoxe : plus s'impose l'exigence de rationalité chiffrée du capitalisme et plus celui-ci donne une importance de premier plan aux dimensions créatives, intuitives, émotionnelles". (pages 12-13)


couverture lipovetski


S'ensuivent plusieurs analyses sur l'évolution des villes. Si elles ne sont pas nouvelles (la muséification des villes, leur marchandisation...), ces analyses ont toutefois l'avantage d'être mises en perspective et en lien avec l'évolution du capitalisme.

"Dans ces cités protégées, toute laideur se veut exclue ; mais c'est une beauté léchée, fade, désubstantialisée, une esthétique du propret, du confort, de la tranquillité, dans un espace privatisé et lyophilisé : une "privatopia en marche". Mais à rebours de ce qu'est une ville. Le paradoxe ultime du capitalisme en matière d'urbanisme n'est-il pas d'engendrer à la fois des villes tentaculaires qui, par leur démesure même, échappent au contrôle et déversent leurs horreurs, mais où la vie grouille, et des cités artificielles, répondant au désir de beauté et de plaisir, mais figée dans leur esthétique de confection et où la vie est absente ?" (page 353)

Le livre évoque également la mondialisation de la beauté (page 371), dont L'Oréal en Chine est un bon exemple (cf. ici).


L'esthétisation du monde - vivre à l'âge du capitalisme artiste - Gilles Lipovetski et Jean Serroy - Gallimard - 2013


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dimanche, 10 juin 2012

L'aménagement métropolitain sous contrainte financière

Tel est le titre de l'article que nous publions dans le dernier numéro de la Revue Urbanisme, dont le dossier est consacré à "la ville financiarisée".

Extrait

Mais ces nouvelles pratiques doivent également interpeller l’Etat et les collectivités sur le fait que, s’ils n’y prennent pas garde, une politique urbaine qui se contenterait d’additionner des grands projets urbains en abandonnant toute vision d’ensemble risque d’avoir des effets pervers. En particulier, ce qui est en jeu ici, c’est la question de l’équité territoriale et de l’échelle à laquelle elle s’opère. Car, lorsque l’Etat et les collectivités locales assignent des objectifs, louables, de mixité à l’échelle de la ZAC, mais ne participent pas au manque à gagner financier que représente cette mixité, ils incitent de fait l’aménageur, ou bien à rogner sur la qualité des espaces publics, ou bien à équilibrer ce manque à gagner par l’augmentation des charges foncières – et donc des prix de sortie – sur les programmes qui peuvent supporter des valeurs d’autant plus élevées que leur localisation métropolitaine rejoint les souhaits de polarisation des investisseurs. Ainsi, ils contribuent paradoxalement à accentuer la fracture, au sein d’un même futur quartier, entre les futurs acquéreurs à hauts revenus (logements en accession, bureaux) et les futurs acquéreurs à « faibles » revenus (bailleurs sociaux, PME-PMI). Ce raisonnement est bien sûr schématique, mais il montre que d’une certaine manière, plus l’opération d’aménagement prétend être inclusive, plus, paradoxalement, elle est exclusive, dans le sens où elle accentue les écarts.

urban

(...)

La contrainte financière est aujourd’hui l’un des principaux déterminants de la conduite des grandes opérations d’aménagement (...). Il est urgent de se saisir de cette question de la dimension économique de la production de la ville pour chercher à résoudre les enjeux et les paradoxes soulevés plus haut. Un premier axe de travail est celui de la création de valeur urbaine et de sa mesure. Un second axe est de faire évoluer les cultures des milieux de l’urbanisme, et en particulier de permettre de penser le « processus » plus que le projet. Car – et c’est là un paradoxe heureux - la contrainte financière, loin de marginaliser le rôle du concepteur urbain, rend son intervention encore plus décisive, pour autant qu’il sache s’adapter aux nouvelles modalités de la fabrique urbaine.


Une version commentée de cet article figure sur notre site, ici


Voir aussi le billet sur "la ville dans la rareté".

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Source : L'aménagement métropolitain sous contrainte financière - Isabelle Baraud-Serfaty - Urbanisme n°384 - Mai-juin 2012

vendredi, 9 mars 2012

Un nuage de capitaux volants ?

Forcément, c'est avec beaucoup d'intérêt que nous avons lue l'interview de Ludovic Halbert parue dans les Echos d'hier, qui fait écho à "la ville des promesses" que nous évoquions dans notre billet précédent.

Extrait :

"Les investisseurs financiers renvoient l'image d'acteurs qui refusent d'être ancrés quelque part. A quelques exceptions près, ces acteurs immobiliers ne semblent pas souhaiter participer explicitement aux grands débats sur le développement urbain alors qu'ils en sont devenus, dans les faits, des acteurs de premier plan. Pour autant, le nuage de capitaux volant d'une ville à l'autre au gré des cycles immobiliers ne reflète qu'une partie de la réalité, d'ailleurs entretenue par la profession elle-même. Le marché tertiaire d'Ile de France est le second en Europe, les grands investisseurs n'ont d'autre choix que d'y être présents s'ils veulent appliquer le principe de diversification géographique des investissements. Ceci peut encourager les collectivités locales à s'organiser pour négocier avec eux plutôt que de subir leurs exigences. Aujourd'hui, ils sont en position pour faire « leur » marché, n'hésitant pas, parfois, à jouer de la concurrence entre des communes qui pourraient les accueillir. Ces acteurs savent s'organiser en lobbies pour préserver leurs intérêts. Ils sont moins prompts semble-t-il à intervenir collectivement dans le débat public, notamment sur le Grand Paris, alors que la place qu'ils occupent dans certains territoires le justifierait".

Téléchargez ici l'interview complète. "Les investisseurs ne prennent en compte qu'une partie des besoins" - Interview de Ludovic Halbert - Les Echos - 8 mars 2012

Ci-dessous, un stand russe au MIPIM, mars 2012.

>

Voir aussi le billet sur "la ville des promesses"

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dimanche, 15 janvier 2012

La ville des promesses

Dans le cadre de son séminaire sur "les professionnels interpellent la recherche", qui s'est tenu le vendredi 13 janvier, l'ADEF nous a demandé d'intervenir sur la financiarisation de la ville. On trouvera ici le support de notre intervention : "La financiarisation de la ville entre recherche et pratique".

La citation :

« Faisant commerce de promesses, la finance est donc un lieu où se confrontent des « visions » de l’avenir. Les acteurs de la finance n’agissent qu’en fonction d’ « anticipations ». (…)

La question est donc : quelle est la nature de cette pensée de l’avenir qui détermine les actes sur les marchés financiers ? Comment se forme-t-elle ? S’enracine-t-elle dans l’observation du passé ? N’en est-elle qu’une simple extrapolation ? Ou a-t-elle une plus large autonomie ? Si c’était le cas, alors cette pensée serait agissante. La pensée de l’avenir façonnerait l’avenir. »

Pierre-Noël Giraud, Le commerce des promesses – petit traité sur la finance moderne - Points - 2009

Voir aussi le billet sur "un nuage de capitaux volants"

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mercredi, 15 juin 2011

Financiarisation de l'immobilier d'entreprise

La revue Etudes Foncières publie la recension que nous avons faite du dernier ouvrage d'Ingrid Nappi-Choulet : L'Immobilier d'entreprise (2010, Paris, Economica, 256 p.). Extrait :

"Ce livre constitue, en quelque sorte, le prolongement du précédent ouvrage de l’auteur : Marketing et stratégie de l’immobilier (1999). La comparaison est intéressante, car les différences entre ces deux manuels dessinent, en creux, le portrait des principaux changements intervenus ces dix dernières années. Ainsi, le développement durable fait son entrée, principalement sous forme de rappel des principaux systèmes de certification existants. De même, l’émergence de services dédiés à l’immobilier au sein des entreprises est largement analysée.

recension I Nappi

Mais la principale mutation qui est décrite est celle de la financiarisation de l’immobilier : « la création massive à la fin des années 1990 de fonds d’investissements immobiliers qui considèrent l’immobilier comme une clase d’actifs parmi d’autres a financiarisé le secteur immobilier. La financiarisation de l’immobilier désigne plus généralement un phénomène mondialisé d’élargissement du périmètre de la finance à l’immobilier. Celui-ci se traduit à la fois par l’application de techniques financières de gestion d’actifs – appliquées couramment aux valeurs mobilières – aux actifs immobiliers et par le financement de l’immobilier sur le marché mondial des capitaux »".

Etudes foncières - Mai-juin 2011 - N°151

jeudi, 13 janvier 2011

L’Hôtel de la Marine, symbole de la financiarisation de la ville ?


« Quiconque éprouve encore un minimum de respect pour le passé national, pour les pierres chargées de symboles et d’une histoire qui touche tous les Français, ne peut qu’être révulsé à l’idée que l’Hôtel de la Marine soit alloué le 17 janvier (demain !) sans protestation aucune, affermé, disons le mot aliéné à un groupe financier international Alexandre Allard pour, derrière la façade inchangée, en faire un Barnum commercial assorti de suites de luxe ». Tel est début de l’appel au Président de la République lancé mardi dans le Monde par un collectif d’écrivains et d’historiens, dont Pierre Nora et Jacques Le Goff, pour qu’il ne « brade » pas l’Hôtel de la Marine, « lieu chargé d’histoire ».

L’Hôtel de la Marine vu par un photographe depuis la Place de la Concorde
Hotel de la Marine - Vue photographe

Au-delà de la polémique, cet exemple nous semble un indice supplémentaire d’un mouvement de financiarisation de la ville.

La financiarisation de la ville découle d’un double processus : d’une part en montée en puissance des acteurs financiers, y compris dans le domaine de la ville, d’autre part, le développement des techniques de financement (recours à l’hypothèque, endettement, titrisation, produits dérivés).

La première conséquence est que la ville est de plus en plus conçue comme produit financier : un bien est acheté pour ses caractéristiques financières plus que pour ses caractéristiques physiques.


L’Hôtel de la Marine vu par un investisseur financier Hotel de la Marine - vue investisseur

La deuxième conséquence est que, à l’image de la distinction entre économie réelle et économie financiarisée, il se produit une déconnection de plus en plus forte entre la ville produite et les besoins réels.

En France, un des exemples les plus caractéristiques nous est donné par les logements bénéficiant du dispositif de défiscalisation Scellier. On se rappelle que le dispositif Scellier a été voté fin 2008 afin de permettre la relance du secteur du bâtiment, fortement touché par la crise financière de 2007-2008. Or, ce dispositif soutient artificiellement une surproduction de logements dans des zones où la demande locative est faible. Voir par exemple : l’analyse de Jean-Michel Ciuch et l’étude de l’ANIL sur le marché du logement.

On lira à ce sujet avec intérêt le récent point de vue de Paul Fabra dans Les Echos du 7 janvier dernier (« De l’immobilier vendu comme un produit financier"). Il rappelle notamment qu’environ les deux-tiers des logements neufs sont aujourd’hui vendus comme des produits financiers, via le mécanisme Scellier, ce qui est l’une des explications principales de la progression des prix du logement.

Le sujet de la financiarisation de la ville est un de nos sujets de prédilection (cf. Vers la ville financiarisée - Le Débat – Janvier 2008) et nous y reviendrons. Si, jusqu’à présent, on peut considérer que la financiarisation s’est principalement faite contre les villes (par exemple, les subprimes aux Etats-Unis ou les « villes hallucinées du néocapitalisme » de Mike Davis), il nous semble qu’un des enjeux décisifs désormais, surtout en ces temps de finances publiques fragilisées, est de concevoir une finance au service de la ville.

Pour aller plus loin :

Nous recommandons vivement l’article de Jean-Luc Gréau - Le rétablissement ou la rechute ? (Le Débat - Septembre-octobre 2010). Extrait :

« Le mécanisme de recours à une hypothèque comme gage réel des emprunts représente infiniment plus qu’une technique commode de garantie des sommes prêtés car il bouleverse la logique d’attribution, d’évaluation et de détention des prêts accordés. Dès lors que le prêt est assorti d’une garantie réelle sous la forme d’une hypothèque prise sur un logement ancien ou neuf, la nécessité de veiller à la solvabilité du prêteur cesse de s’imposer. Le risque mesuré cède la place à un pari que l’on prend sur la faculté que l’on aura, en cas de défaillance du débiteur, de faire jouer l’hypothèque et de saisir le bien pour le revendre à des conditions acceptables. Simultanément, les prêteurs réduisent ou suppriment les coûts qui découlaient du suivi des emprunteurs. Enfin, les prêts hypothécaires forment une base idéale pour la titrisation, opération par laquelle les prêteurs initiaux peuvent se défausser du risque d’insolvabilité en revendant leurs prêts, découpés au préalable en autant d’obligations représentatives, sur un vaste marché international du crédit où interviennent chaque jour des centaines de banques et de fonds de placement. Le recours à l’hypothèque libère le crédit de ses entraves, il en élargit les montants et en fait un instrument universel pour les opérateurs bancaires et financiers.


Hypothèque au Monopoly

Enfin, les prêts assortis d’hypothèques, titrisés et négociés sans cesse sur les marchés du crédit, tout comme les actions côtées ou les emprunts d’Etat, se transforment en actifs dont la valeur est appréciée au jour le jour par les acheteurs. Quel est alors le critère déterminant pour la fixation de cette valeur ? Celui de la garantie sous-jacente fournie par l’hypothèque. Or, c’est la chose la plus aisée à comprendre, la valeur nominale de l’hypothèque évolue en parallèle avec le prix du mètre carré ou le prix du pied carré sur les marchés immobiliers correspondants. Cette valeur n’a cessé, tout au long de la période d’euphorie immobilière, en Californie, ou en Floride, en Espagne ou au Royaume-Uni, de s’élever, ce qui renforçait la confiance des détenteurs d’un crédit qui apparaissait de plus en plus sûr, lors même que les débiteurs, tout spécialement ceux entrés les plus récemment sur le marché, devenaient de plus en plus fragiles. Le crédit appuyé sur des hypothèques suit une trajectoire circulaire : il se développe avec aisance, contribue à la prospérité des marchés immobiliers du neuf comme de l’ancien, concourt à la hausse continue des prix, valorise par ce biais les hypothèques et les titres qui le représentent. Le dénouement s’opère lorsque les défauts de paiement se manifestent à grande échelle, comme aux Etats-Unis durant l’automne de 2006. »

Jean-Luc Gréau - Le rétablissement ou la rechute ? - Le Débat - Septembre-octobre 2010

Sauvons l’Hôtel de la Marine à Paris ! - Collectif – Le Monde – 11 janvier 2011

De l’immobilier vendu comme un produit financier – Paul Fabra – Les Echos – 7 janvier 2011

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jeudi, 17 décembre 2009

Menace sur la City de Londres

La taxation des bonus des banquiers risque d'entraîner l'exode de nombreux financiers. C'est ce que rapportent Les Echos de ce jour, qui rappellent que Londres compte environ 1 million de professionnels de la finance et que son attractivité est aussi liée à sa situation géographique (entre les fuseaux horaires asiatique et américain) et à sa langue, la langue des affaires.