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Le sanglier des villes

Preuve que lorsqu’on veut montrer qu’on est en ville, il suffit de donner à voir un trottoir :

Cette photo illustre un des articles du très riche numéro que la revue Billebaude consacre à la “ville sauvage” (numéro 20 – Printemps-été 2022) en contrepoint de l’exposition “Incursions sauvages” qui se tient en ce moment dans le si délicat et facétieux Musée de la Chasse et de la Nature à Paris.

A découvrir notamment “Le sanglier des villes” (peinture acrylique avec rehauts de crayons de couleur sur papier collé), de Nadège Dauvergne (voir ici ses oeuvres sur le renard). “Espèce en pleine expansion, le sanglier prend peu à peu place dans l’espace urbain et périurbain, créant de nombreuses controverses”, écrivent Eric Baubet et Raphaël Mathevet.

“Nadège Dauvergne sait déplacer les murs. Entretenant la confusion d’une dedans-dehors, elle introduit l’atmosphère de la rue en invitant ses crépis tachés, tagués, craquelés. Le sanglier naturalisé du musée s’en trouve prisonnier, battant désormais le pavé plutôt que les sentiers”. (livret “Parcours de l’exposition”).

En temps habituel :

De la même artiste, “Le cerf des villes”, nous avait quant à lui échappé. On connaissait le cerf de la Salle du cerf, mais c’est seulement en relisant le livret “Parcours de l’exposition” que nous avons repéré le changement de sol : “C’est ici le cerf naturalisé du Musée qui est mis sur le carreau. Nadège Dauvergne a reconstitué en trompe-l’oeil un trottoir avec ses bandes podotactiles et ses mégots. Par ce simple déplacement du sol, elle recrée le contexte urbain dans lequel évolue désormais l’animal dont on pourrait entendre résonner le bruit des sabots”.

Ci-dessous, dans l’antichambre, “Le retour de la faune”, de Ruben Carrasco.

“L’exposition « Incursions sauvages » s’inscrit dans l’actualité. Elle est née de l’observation, durant le récent confinement, de la porosité manifeste des frontières entre la nature et la ville et de la vision, partout sur la planète, de nombreux animaux sauvages égarés en milieu urbain, des sangliers, des cerfs et des renards en Occident, plus spectaculaire, des félins en Inde, des ours et des éléphants en Chine. La confrontation est désormais fréquente et ce qui semblait à nos yeux incongru, est devenu commun.

Ainsi, le Musée de la Chasse et de la Nature a choisi sept street artistes pour investir ses salles et réaliser des œuvres qui interrogeront notre cohabitation avec un monde animal perturbé.

Si les artistes urbains font du bestiaire une source d’inspiration de leur travail, dans la continuité de leurs ainés, c’est pour pointer les préoccupations de nos sociétés contemporaines. Traversés par les questions environnementales relatives à la sauvegarde de l’espèce animale et à sa cohabitation avec l’homme, ils abordent ici l’arrivée impromptue, telle qu’elle s’est récemment produite, d’un bestiaire sylvestre dans la ville – cerfs, sangliers ou blaireaux… En construisant la cité, l’homme a défini son propre territoire dans lequel il règne presque sans partage. A l’extérieur, la campagne constitue un monde sauvage, où vivent ensemble animaux partiellement domestiqués et toute une faune indomptée, mise à mal par les actions et les comportements des hommes. Au-delà du seul propos environnemental, l’exposition se veut également une métaphore de l’art urbain qualifié de sauvage à l’origine qui, le temps de l’exposition, investit le musée ; un art engagé, témoin et lanceur d’alerte.

Incursions sauvages est organisée en diptyque avec l’exposition Plongées en eaux troubles au Centre d’art urbain, Fluctuart. Cette exposition en miroir interroge cette fois l’intrusion de l’homme dans l’écosystème de la Seine, bouleversant à son tour ses occupants. Les artistes sont là invités à s’emparer de la faune aquatique de la Seine : silure, anguille ou brochet… mais aussi à en imaginer les avatars mythologiques ou leurs mutations biologiques : sirènes, tritons ou monstres hybrides.

Sur les deux sites, c’est donc un large panorama de la scène street art qui se dévoile dans la diversité de ses techniques (spray, pochoir, collage ou installation) et de ses styles (graphique, fantastique ou hyperréaliste) au travers des œuvres d’une quinzaine d’artistes internationaux. Une rare opportunité de suivre la trace puis de s’immerger dans la faune du street art”. (Présentation de l’exposition sur le site internet du musée)

 

 

Ceux qui rateraient l’exposition “Incursions sauvages”, visible jusqu’au 12 septembre, pourront toujours retourner au musée plus tard pour découvrir les collections permanentes et revoir, ou plutôt ré-écouter le “Pupitre à sons” qui propose une expérience auditive de la forêt (avec les sons de la chouette effraie, du chevreuil, de la mésange bleue, du TGV, d’une éolienne…) :

… ou aussi les extraits de l’inventaire de la salle des armes :

 

A revoir également la conférence avec Eva Jospin et Pierre Wat qui avait eu lieu en décembre 2021 : ici.

Le paysage n’est pas la nature. Il n’existe que pour l’homme et ce dernier cherche à y inscrire sa propre trace ». Pierre Wat Lauréat du prestigieux prix d’histoire de l’art Pierre Daix en 2018 , Pierre Wat, écrivain et historien de l’art contemporain à l’Université Panthéon-Sorbonne a répondu à l’invitation d’Eva Jospin pour parler de son livre intitulé “Pérégrinations : Paysages entre nature et histoire” (Editions Hazan) dans lequel l’auteur développe, chefs-d’œuvre à l’appui, une lecture nouvelle et personnelle de l’histoire du paysage en peinture et en photographie, aux XIXe et XXe siècles“.