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La nouvelle valeur des espaces publics

“Ici, une « reconquête » des espaces publics au profit des piétons et des mobilités douces, avec un motif de santé publique. Là, des permis de végétaliser qui permettent à des habitants de cultiver des tomates sur un trottoir. Partout, une multiplication des usages sportifs et ludiques de la rue, avec des manifestations éphémères subventionnées par des marques de sport. Egalement, un major du BTP qui propose un marquage dynamique de la voirie, en temps réel.  Ou encore, un contrat global confiant à consortium privé la réalisation et la gestion pendant douze ans d’un poste de pilotage connecté des équipements de l’espace public comme les candélabres ou les feux de signalisation…. Sans oublier, l’été dernier, des squares qui ont dû être interdits aux chasseurs de Pokemon.

Et si ces évolutions, a priori très disparates, témoignaient d’un changement de la nature des espaces publics ? Avec une tarification invisible des espaces publics ? Et, demain, l’apparition d’opérateurs « clés en mains » de l’espace public comme on a des opérateurs du stationnement ou du traitement des déchets ?”.

Ce petit texte est à la fois le “teasing” de notre prochaine intervention au Colloque International organisé par la Société Française des Architectes sur “L’espace public” (les 25 et 26 mai 2018) et le sujet de notre article dans le dernier numéro de la Revue Foncière (co-écrit avec Clément Fourchy et Nicolas Rio).

Extraits :

Bien-sûr, pour un même espace public, ses qualités n’ont jamais été uniformes : tel côté de la rue plus ensoleillé que l’autre favorise le fait de s’y asseoir ; telle partie de la rue équipée de mobilier urbain confortable sera plus accueillante. Mais les différentes qualités de l’espace public étaient attachées à telle ou telle particularité du lieu ; désormais, elles deviennent attachées à la particularité de l’individu qui les fréquente.

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La polémique sur la publicité sur les trottoirs qui a surgi fin décembre 2017 est à cet égard révélatrice. Alors qu’un décret publié au Journal officiel avait autorisé les villes de Lyon, Bordeaux et Nantes à expérimenter le marquage publicitaire éphémère sur les trottoirs (publicités qui ne doivent pas diminuer l’adhérence du sol, rester plus de dix jours ni excéder 2,50 mètres carrés), deux des trois municipalités concernées ont exprimé de fortes réserves. Ceci renvoie à l’idée que, pour certains, la gratuité de l’espace public doit être « absolue », autrement dit ne pas être financée par de la publicité, qu’elle soit sur le trottoir, via de l’affiche publicitaire trop présent, ou via du « naming ». Le président du groupe écologiste de Paris (D. Belliard) écrivait ainsi en décembre 2017, à l’occasion de la révision du règlement publicitaire de la ville de Paris : « Malgré la pression financière, l’espace public ne peut pas se réduire à un simple actif générateur de revenus. Si nous voulons des villes ouvertes à chacune et chacun, nous devons nous battre pour que les espaces publics restent vraiment publics. Et donc y recréer des lieux de gratuité absolue, sans contrepartie publicitaire ou autres. Remettre des toilettes publiques, des bancs, du mobilier urbain pour y faire du sport, mieux partager l’espace ou encore en finir avec la publicité constituent autant d’étapes pour refaire de la gratuité un axe essentiel du vivre ensemble ».

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Il est à noter que la frontière entre « facturation » de l’espace public et facturation d’un usage lié l’espace public peut devenir extrêmement ténue. On se souvient des débats qui avaient eu lieu à San Francisco au sujet de l’application « Monkey Parking » : cette start-up proposait aux automobilistes garés sur une place de parking qui s’apprêtent à partir de mettre aux enchères l’information indiquant qu’ils libèrent leur place et que quelqu’un d’autre peut la réserver. La municipalité de San Francisco a interdit cette activité en estimant qu’il est illégal de vendre une place de parking public ; la société a répondu en arguant qu’elle ne vend pas des places de parking mais « seulement une information exclusive pour savoir où un emplacement va se libérer ».

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Cette hypothèse rejoint celle que nous faisons sur l’apparition d’une nouvelle figure, celle du gestionnaire de quartier. Cette figure émerge en effet autour principalement de gestionnaires énergétiques locaux, qui s’ouvrent progressivement à de nouveaux services urbains, en lien notamment avec les dispositifs de places de stationnement mutualisés ou d’espaces privés partagés. On pense notamment à Cordees sur Clichy-Batignolles, Eureka Confluence et Lyon Living Lab à Lyon, Grenoble Ecocité.

 

L’intégralité de l’article peut être lue dans la Revue Foncière (numéro 21 – janvier-février 2018) : ici.

Nous continuons par ailleurs d’approfondir ce sujet dans le cadre de notre étude sur les Nouveaux modèles économiques urbains.

 

Pour aller plus loin :

– Le projet Coord de Sidewalk Labs (Google) ou l’amorce d’une réglementation des trottoirs en temps réel : ici

– L’article de David Belliard : “Non, Madame Hidalgo, l’espace public n’est pas à vendre” : ici

– L’article du Parisien : “Paris, 1630 “sucettes” sans pub depuis le 1er janvier 2018″ : ici

– Le film de présentation du projet de gestion connectée de l’espace public à Dijon : ici

 

A lire également nos précédents billets :

Pseudo-espaces-publics et Birmingham

Les espaces publics à l’heure de Pokemon Go

Jouons ! ou les nouveaux espaces publics

Les espaces publics dans la ville intelligente