Google Maps, 15 ans… et un hackage

Google Maps fête ses 15 ans.

Le Parisien revient à cette occasion sur quelques dates-clefs.

Alors que la France découvre à peine les vertus d’un Internet plus puissant qu’un modem 56K, Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, commencent leurs emplettes pour proposer plus qu’un moteur de recherche performant. Ils jettent leur dévolu en août 2004 sur la start-up australienne Where 2 et sa technologie expérimentale de cartographie.

Il faut à l’époque toujours plusieurs dizaines de minutes pour afficher le plan d’une ville sur un navigateur web mais la nouvelle puissance financière de Google, tout juste cotée au Nasdaq, va accélérer le projet. Tout comme l’acquisition fin 2004 d’une autre start-up californienne prometteuse, Keyhole.

Sa particularité ? Créer des cartes interactives en 3D en fusionnant des images satellites avec des prises de vues aériennes. Les utilisateurs peuvent ensuite zoomer dans des adresses comme s’ils se trouvaient dans la rue recherchée.

L’année 2005 marque le lancement commercial de Maps en février aux Etats-Unis et avec une première arrivée sur les téléphones portables de l’époque. Tout en étant une fonction supplémentaire du site de recherche, Google.com.

En 2006, Google Maps débarque en France et, belle ironie de l’histoire, nourrit ses cartes virtuelles des données de l’Institut géographique national (IGN), l’éditeur historique des cartes routières… qui tenaient, elles, dans un livre de plusieurs kilos.

Par son modèle économique et son aura, le service américain étouffe peu à peu les alternatives de l’époque sur Internet comme Mappy ou ViaMichelin. Il se vend encore à cette époque 1 million d’appareils de guidage par GPS par an. 30 marques se partagent alors ce marché très lucratif.

La fonction Street View fait son apparition en 2007 et couvre d’abord à peine 5 villes américaines avant que les célèbres voitures Google avec appareils photos embarqués sillonnent les artères du monde entier pour compléter la collection.

Le service s’enrichit la même année d’une fonction de mesure en temps réel de la circulation avec l’ambition de combattre les bouchons. Concurrencé sur cette promesse par la jeune pousse israélienne Waze, le géant de Mountain View finit par racheter l’application de navigation par GPS social pour près d’un milliard d’euros en juin 2013.

Cette même année marque le début de l’effondrement des ventes de GPS de Garmin ; Mio ou TomTom, vendus jusqu’à 500 euros et plombés par les applis de navigation rémunérées par la publicité et la collecte des données.

Si les deux applications du groupe Alphabet (ex-Google) cohabitent toujours, Maps intègre de plus en plus les fonctionnalités de Waze et s’inspire aujourd’hui d’innovations testées notamment sur son application sœur.

« C’est devenu un vrai moteur de recherche pour trouver des informations à jour susceptibles de sauver des vies sur des catastrophes naturelles comme les incendies en Australie », explique Gilles Dawidowicz, géographe et responsable commercial de Google Maps en France.

« Maps est désormais capable en 20 secondes de proposer des itinéraires alternatifs lors de l’effondrement d’un pont » assure ce spécialiste de la cartographie.

Pour ses 15 ans, le logo a été repensé et des fonctionnalités ajoutées à la nouvelle application téléchargeable depuis jeudi. La célèbre icône rouge en forme d’épingle cède sa place aux couleurs historiques de Google. L’application mise à jour comporte cinq nouveaux onglets. Ils proposent d’explorer un restaurant ou une salle de concert (Découvrir), de choisir le meilleur itinéraire lors de ses déplacements (Trajets) et de mieux enregistrer ses lieux favoris (Enregistré). Mais aussi de partager des informations avec les autres utilisateurs en tant que guide local (Contribuer) et enfin de consulter des lieux à la mode (Actualités). Enfin à partir de mars, Google Maps intégrera la température, l’accessibilité ou la sécurité à bord des transports publics.

Les Echos reviennent également sur les nouvelles fonctionnalités de Google Maps, et, même s’ils n’utilisent pas le terme, évoquent le nouveau rôle d'”agrégateur” joué par la plate-forme.

Offrir toujours plus de services pour continuer de faire la course en tête : c’est l’objectif de la nouvelle version de Maps, l’application gratuite d’itinéraires de Google. Disponible le jeudi 6 février dans le monde entier, sur les smartphones Android et les iPhone de son concurrent Apple, cette nouvelle version vient couronner quinze ans de domination sans partage.

Sur le plan graphique, l’évolution est minime. Les cartes et les trajets ne changent pas d’aspect, et la principale amélioration concerne les usages : Google Maps donne accès à un nombre toujours croissant de fonctions, qui nécessitaient jusqu’à présent de passer par plusieurs applications.

La nouvelle version, dévoilée mercredi à New York, permet ainsi de réserver directement une table dans un restaurant, de prendre un rendez-vous chez un coiffeur ou de se faire livrer un repas. Dans certaines grandes villes, les horaires de transports en commun sont indiqués et les bus s’affichent en temps réel sur la carte, à la façon d’un VTC. Objectif : remplacer la plupart des applications de mobilité urbaine et de tourisme, comme Citymapper ou TripAdvisor .

L’audience est en effet au coeur du modèle économique de Google Maps, qui la monétise à travers des publicités personnalisées et géolocalisées, des mises en avant payantes dans les listes de réponses, et en touchant un pourcentage sur certains services extérieurs. Longtemps gratuit, l’affichage des cartes et itinéraires sur des applications et des pages Web externes à Google est payant depuis 2018.

Le groupe n’indique ni le nombre d’utilisateurs de Maps, ni son chiffre d’affaires, qu’il agrège avec ceux de Google Search et de YouTube. Mais sa domination est incontestable : aux Etats-Unis, la part de marché de Google Maps atteignait 67 % en 2018 (soit 154 millions de personnes) , loin devant le numéro deux, Waze (12 %)… lui aussi propriété d’Alphabet, la maison mère de Google.

 

A lire également, l’article des Numérique qui revient sur le « pied de nez » fait à Google Maps, quelques jours avant de souffler les 15 bougies, par l’artiste berlinois, Simon Weckert. Celui-ci s’est amusé à créer un embouteillage virtuel dans les rues de la capitale allemande… en tractant dans un chariot pour enfant 99 smartphones, tous connectés à Google Maps !

Sur son site, il cite notamment un texte de Alhert Moritz sur “le pouvoir des cartes virtuelles” : “Google’s simulation-based map and world models determine the actuality and perception of physical spaces and the development of action models”.

 

A lire aussi notre précédent billet sur Google Maps : ici.

Nous reviendrons prochainement sur Google Maps, et sa fonction d’agrégateur qui doit interpeller les collectivités locales, dans un article à paraître dans la revue “L’économie politique” (“Les maires au défi des plates-formes numériques”) et un autre à paraître dans Futuribles (“Le trottoir, nouvel actif stratégique”).

 

Sources :

Comment Google Maps a laissé GPS, cartes et concurrents sur le bord de la route – Damien Licata Caruso – 8 février 2020

Google Maps fête en fanfare quinze ans de domination sans partage face à Apple – Benoît Georges – Les Echos – 6 février 2020

Un nouveau logo pour les 15 ans de Google Maps et quelques fonctionnalités – Erick Fontaine – Les Numériques – 8 février 2020