Le quotidien britannique The Guardian a poursuivi cet été son alerte sur la privatisation des villes, notamment anglaises. Son combat remonte à 2012, avec la publication du livre d’Anna Minton, Ground Control.

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Cette fois-ci, The Guardian va plus loin en démarrant une cartographie des POPS à Londres. Les POPS, ou « Privately owned public spaces » sont des espaces qui ont l’air public mais qui appartiennent à des propriétaires privés. Le quotidien britannique les qualifie également de « pseudo-public-spaces ».

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Légende : ici. A noter que les numéros 1 à 5 correspondent aux POPS de Kings Cross (1,7 hectares, détenus par un groupement Argent et Australian Super), et le numéro 26 à More London (4,35 hectares détenus indirectement par l’Etat du Kuwait).




Pour (entre autres) nous faire notre propre idée, nous nous sommes rendus à Brindley Place, à Birmingham, à la recherche des indices permettant de déceler, ou pas, le caractère POPS du lieu.

Premier indice ? L’ensemble s’étend sur 7 hectares, en bordure de canal, et comprend notamment deux places (Brindley Place Square et Oozells Square) bordées de dix immeubles de bureaux (un peu plus de 100.000 m2), des bars et restaurants (environ 10.000 m2 de surfaces commerciales avec un peu moins de 150 logements au-dessus), ainsi que le plus grand aquarium d’Angleterre, une galerie d’art installée dans un bâtiment de style « gothique ruskinien », 900 places de stationnement en parking silo,…

Deuxième indice ? Les enfants y sont tenus en laisse.

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Troisième indice ? On y trouve des casiers de location de vélos Brompton.

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Quatrième indice ? La zone est filmée et est non fumeuse.

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Cinquième indice ? L’une des places (Oozells Square) est plantée de cerisiers.

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Sixième indice ? Les plans de la place représentent les enseignes commerciales.

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Alors ? POPS or not-POPS ?

Réponse : POPS ! Brindley Place est l’un des plus grands POPS d’Angleterre ! Développé par le groupe Argent, également présent sur le projet de King Cross à Londres, il appartient désormais pour l’essentiel à HSBC Alternative Investments Limited (Hail).

Avouons-le : tous les « indices » ci-dessus n’en sont pas. On trouve des casiers du fantastique-vélo-pliable-Brompton dans d’autres quartiers de la ville, et tenir ses enfants en laisse est une pratique qui tient sans doute plus au caractère des parents qu’à la nature des lieux. Le quatrième indice n’en est plus un non plus depuis que la vidéo-surveillance s’étend. Et la photo du cinquième indice donne à voir des « espaces publics » d’une qualité certaine. C’est justement tout le trouble que l’on peut ressentir : hormis la forte densité de bureaux et surtout de restaurants (le dernier indice est sans doute le plus révélateur, avec beaucoup de chaînes), le lieu ne semble pas si spécifique. Certes, pour faire écho aux articles du Guardian, on n'y est pas a priori une personne indésirable, et on n’y a pas testé l’organisation d’une manifestation !

Le cas de Brindley Place est peut-être particulier. C’est un projet déjà ancien (il a démarré en 1989 et toutes les constructions étaient achevées en 2004), considéré comme une réussite : il a largement contribué au redéveloppement de Birmingham en tirant parti d’une stratégie de réutilisation des canaux (le nom du lieu renvoie d’ailleurs à James Brindley qui fut l’ingénieur à l’origine du développement des canaux au début du 18ème siècle) et de lien avec les autres parties de la ville.

Est-ce à dire que ce type de « pseudo-espaces publics » ne soulève pas de questions ? Il nous semble qu’il y a en a au moins deux. La première c’est la question de l’évolutivité dans le temps. La seconde est liée à la multiplication de ce type de lieux, et notamment à la multiplication de ces lieux très marchands et de consommation, et à leur articulation avec les autres parties de la ville. De ce point de vue, la multiplication des projets à Birmingham (New Street Station, Paradise, East Side....Voir photos ci-dessous) peut certes s’expliquer par la forte croissance de la population et l’arrivée prochaine de la ligne de train grande vitesse HS2 qui mettra Birmingham à 50 minutes de Londres. Elle n’en reste pas moins impressionnante. Rendez-vous dans dix ans !

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Pour continuer à jouer sur les POPS : le quizz du Guardian sur les POPS.

Pour aller plus loin :

- L'étude de cas de l'Urban Land Institute : ici
- Birmingham : faire la ville en partenariat - Sous la direction d'Ariella Masboungi - Editions Parenthèses - 2006
- Notre billet sur la fabrique de la skyline de Bath... au 18ème siècle : ici.
- Nos articles dans Futuribles (en 2006) sur les villes apatrides (ici) et dans Esprit (en 2011) sur la nouvelle privatisation des villes (ici).



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