Les actes des dernières Rencontres des agences d'urbanisme viennent d'être publiés dans la revue Urbanisme (ici).

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Pour retranscrire notre intervention, on a essayé d'éviter un langage trop technique, et cherché à privilégier un texte simple... Pas si simple ! Le voici en tout cas.

Jean vient d’acheter un logement libre neuf dans une opération d’aménagement au coeur d’une métropole régionale. Il paye à la fois plus et moins que le coût de production de son seul logement. Moins, car une partie du coût est financée par le contribuable, local et national, qui finance les subventions versées tant au niveau de l’opération d’aménagement que sous forme de mesures de défiscalisation (lesquelles concernent chaque année plus ou moins la moitié des ventes des promoteurs). Plus, car ces recettes conjuguées (prix d’achat plus subventions) servent aussi à financer une partie des espaces et équipements publics, ainsi que la mixité sociale et fonctionnelle. C’est le principe même d’une opération d’aménagement que d’être une plate-forme de péréquation entre des programmes plus rentables et des programmes qui le sont moins.

Que se passera-t-il alors demain si les sub­ventions publiques se réduisent massivement sous l’effet du mouvement de contraction des budgets publics locaux et nationaux ? Plusieurs scénarios sont envisageables : s’il en a les moyens, Jean pourra supporter un prix d’achat plus élevé (ce qui, à l’échelle macro, entraînera une hausse des prix des logements libres neufs dans les zones les plus attractives) ; ou bien, il achètera un logement plus petit ou cohabitera plus longtemps avec ses parents (impact macro baisse de la taille moyenne du logement ou augmentation du taux d’occupation du logement) ; ou bien il ira acheter dans du petit collectif dans une zone périurbaine, ce qui détériorera certainement son empreinte carbone (promis, il arrêtera de prendre des bains) mais ce qui, sur le plan strictement financier, lui coûtera moins cher (impact macro : choix de formes urbaines financièrement moins coûteuses mais générant des externalités négatives). Ou bien encore, peut-être ne s’en rendra-t-il pas tout de suite compte, le quartier dans lequel il va habiter comportera moins d’espaces et d’équipements publics, et ne comprendra que des logements et des bureaux, avec une population très gentrifiée (impact macro : fin de la mixité sociale et fonctionnelle).

Brigitte est urbaniste dans l’agence d’urba­nisme de la métropole. Elle voit ce qui se passe pour Jean et les centaines de milliers d’autres Jean. Elle comprend que c’est le modèle même d’une ville durable abordable pour tous qui risque de se trouver remis en cause. Ce raisonnement qui concerne les logements vaut aussi plus largement à l’échelle de la ville : alors que celle-ci était largement payée par le contribuable, un peu par l’acquéreur de programmes neufs, et très peu par l’usager, que se passera-t-il demain si les finances publiques, locales et nationales, sont de plus en plus contraintes ? Ira-t-on vers une ville low-cost avec une offre de services urbains publics réduite à l’essentiel et des services annexes contre supplément de prix ?

Un autre scénario est possible. Car nous sommes en 2017 et cela fait bien longtemps qu’a eu lieu la révolution numérique, cette nouvelle révolution industrielle qui se caractérise par l’émergence de la multitude (les habitants-usagers-consommateurs deviennent producteurs : d’énergie, de données, de places libres dans leur voiture ou leur logement) et l’hybridation entre les secteurs. Désormais, par exemple, la somme des voitures individuelles partagées devient une nouvelle infrastructure de mobilité, beaucoup plus économique et efficace que la construction de nouvelles lignes de transport en commun. Et les copropriétés qui revendent l’énergie produite sur leurs toitures et mettent en location les places de stationnement du parking commun ponctuellement inutilisées génèrent des recettes qui couvrent largement leurs dépenses. Brigitte est convaincue que les besoins vis-à-vis de l’action publique évoluent en même temps que les usages et que les opportunités sont ainsi nombreuses pour innover et inventer de nouveaux modèles économiques urbains qui permettent le financement d’une ville pour tous. Elle est aussi consciente des écueils (risque d’une trop grande complexité des systèmes techniques, risque de mainmise de certains opérateurs privés, risque d’une fracture plus forte entre les territoires « prime » et les autres). Surtout, elle sait que les collectivités, profondément chahutées par ces évolutions, doivent réinventer leur rôle dans ces nouveaux modes de fabrique et de gestion de la ville. Rapidement. Demain, Brigitte l’urbaniste ira parler de nouveaux modèles économiques urbains avec son maire.


A lire également :
- notre précédent billet sur ces rencontres : ici
- notre billet sur la ville low-cost : ici



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